Des repères chrétiens à redécouvrir !

Qui avait-t-il de particulier le 26 juillet? Autrefois, une réponse unanime et enthousiaste aurait jaillie d’un même cœur : la fête de la bonne Sainte Anne! De nos jours, la réponse s’avère bien loin d’un automatisme ancré dans les gênes de nos contemporains. Et qui est sainte Anne? Un simple sondage démontrerait une faible proportion de personnes la désignant comme la grand-mère de Jésus, et encore moins la mère de la Vierge Marie! Et même pour des chrétiens aguerris, je doute que d’aucuns sachent encore que sainte Anne est la patronne principale de la province civile du Québec!

Un jour que je visitais l’une des nombreuses boutiques installées sur le chemin du Roy tout près de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, où s’entassaient des milliers d’objets religieux éclectiques, une cliente me demande : « Cette statuette représente-t-elle saint Joseph? » Je lui réponds sans aucune hésitation : « Mais non, il s’agit de saint Jude! »; « Non, celle-là, c’est saint Antoine de Padoue!»; « Non, ce n’est pas encore celle-ci, il s’agit de saint Roch avec son chien! »… Et une longue rangée de figurines aux couleurs et aux formes diverses plus ou moins d’un goût douteux, me fit réciter devant la dame une litanie identifiant saint Pérégrin, saint François d’Assise, saint Jean-Paul II, saint Padre Pio, saint Curé d’Ars, saint Jean Bosco, et cela, sans compter toutes les figures féminines! Il fallut l’aide ultime du caissier qui nous informa que saint Joseph était en rupture de stock! Je conseillai donc à la dame d’aller visiter une autre boutique pour y dénicher le saint qu’elle cherchait désespérément. Cependant, après avoir démontré ma « culture » religieuse, la pèlerine me dit : « Vous êtes sûrement un curé pour connaître ainsi tous les saints! Mais surtout vous avez un de ces sourires qui touche le cœur!»

Croyez-le ou non, même le titre de « curé » ou de « prêtre » apparaît parfois comme un grand mystère. Un jour, une adolescente qui m’interrogeait pour un travail de classe, me demanda: « Vous me dites que vous êtes prêtre. Mais qu’est-ce qu’un prêtre? Quel est ce métier?», et je n’étais pas au-dessus de mes peines, quelques instants plus tard, elle me questionnait pour savoir à quoi pouvait bien servir l’armoire mystérieuse qui trônait sur l’une des tables de la chapelle!

En fait, la culture religieuse populaire connaît une chute sans précédent depuis quelques années au Québec… Je ne rapporte que des faits que j’ai observé, et ce bref portrait n’est que la pointe de l’iceberg, qui me semble aussi volumineux que le morceau de glace qui vient de se séparer de l’Antarctique ces dernières semaines… Entre une statue de Jésus crucifié ou sous forme de ressuscité, un Sacré-Cœur, ou l’image de Jésus miséricordieux : on ne distingue plus s’il s’agit de figurines montrant la même personne! Même réalité quant aux diverses icônes mariales.

Il est indéniable que nous vivons une époque charnière de sécularisation. Et cela explique en partie pourquoi les chrétiens qui ne sont plus enracinés dans leur être profond peuvent se sentir incompétents, menacés ou désabusés devant l’apparition d’autres religions ou courants religieux. Le danger subsiste aussi de tout mêler, de mettre tout sur le même pied ou encore faire une sorte de magasinage qu’on dénomme syncrétisme religieux. Saint Jude me dépanne en telle situation et Bouddha m’offre l’octuple chemin de la sérénité!

Quelle est ma position, ou plutôt ma réaction, comme prêtre catholique, devant ce nouveau paradigme? Je vous avoue, en premier lieu, bien que cela puisse paraître surprenant, ne pas me sentir déstabilisé dans ma foi au Christ mort et ressuscité. Plus que jamais, mon adhésion à Jésus qui enveloppe et donne du sens à toute ma vie demeure plus dynamique que jamais. Je ne suis pas naïf par contre. Je discerne que ma mission en ces terres humaines affamées et assoiffées de spiritualité, d’un souffle neuf et surtout en recherche de sens et de bonheur, s’avère celle-ci : être tout simplement un témoin humain (et sacramentel par la grâce du sacerdoce) plus authentique du Dieu Père révélé par Jésus et qui respire en chaque être humain par son Esprit. C’est annoncer l’essentiel de l’Évangile : l’avènement du Royaume de Dieu! Dans l’étalage de la boutique aux nombreux souvenirs hétéroclites de Beaupré, j’ai su être juste moi-même avec la dame qui m’avait interpellé, démontrant une attitude d’accueil, de respect et de bienveillance, comme Jésus. Je ne me suis pas moqué d’elle : « Quoi, vous ne reconnaissez pas saint Joseph? »… Rappelez-vous que les appareils photos n’existaient pas à l’époque! Oui, je crois qu’il faut prendre les choses avec un peu d’humour et de réalisme. Dans les années 1960, beaucoup ont rejeté l’Église pour diverses raisons, et encore aujourd’hui, malheureusement, suite aux scandales et à la non-transparence de l’institution Église, certains claquent la porte. D’aucuns par contre sont en véritable cheminement, en quête de la vérité. Chaque époque, depuis Jésus, a eu ses hauts et ses bas. Sommes-nous pires ou moins pires qu’au Moyen-Âge? Je ne le crois pas. Il y a encore une grande partie de l’humanité qu’on peut désigner comme les hommes et les femmes de bonne volonté que Dieu aime dans sa miséricorde.

C’est la période estivale… De plus en plus, les guides de voyage présentent les sites religieux ou spirituels comme des attraits à découvrir. Le tourisme s’avère une avenue d’évangélisation parmi d’autres. Nos communautés chrétiennes accueillent aussi, à cette époque, à l’occasion des messes dominicales, des mariages, des baptêmes ou des funérailles, des tas de chrétiens qui ne fréquentent plus l’église. Comment les accueillons-nous? Comment leur donnons-nous le goût de rencontrer ou de redécouvrir le Christ dans ses témoins, sa Parole et ses sacrements? Si la célébration est bâclée, nous venons de manquer le bateau! Les jeunes générations recherchent l’authenticité. On me dit souvent lorsque je préside l’eucharistie : « Tu as l’air de croire, toi, en ce que tu fais… Tu sembles habité d’une présence quand tu célèbres… On te sent calme et en prière… Les mots de ton homélie m’ont rejoint…  J’ai l’impression d’avoir prié et vécu la messe! »…

De toute façon, dites-vous que ce n’est pas la fin du monde si vous ne saviez pas que sainte Anne est la patronne de la province civile de Québec… Ni si vous ne reconnaissez pas saint Joseph parmi les innombrables statues de plastique ou de plâtre… Ce qui compte, c’est l’authenticité avec laquelle nous vivons notre foi, notre espérance et notre amour pour Jésus et pour notre prochain. Je demeure convaincu que c’est ainsi que les gens retrouveront l’adresse des repères chrétiens dans leur vie… « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples. » (Jean 13, 35)

Michel Lafontaine

En avant, marchons…, vers Sainte-Anne-du-Lac!

Aujourd’hui, mon blogue n’est pas vraiment un blogue mais plutôt un rappel et une invitation.

Les pèlerinages existent depuis très longtemps dans toutes les grandes religions et civilisations. Juifs de l‘Ancien testament et d’aujourd’hui, Grecs de l’Antiquité avec ses monuments  dédiés à de nombreux dieux, Musulmans à La Mecque, Chrétiens vers la Terre Sainte ou vers Rome ou sur le célèbre chemin de Compostelle en Espagne. Les pèlerinages en l’honneur de sainte Anne s’ajoutent à cette liste.

La dévotion à sainte Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus, débute au Moyen-Orient. Puis, marchands et soldats des grandes croisades au Moyen-Orient, rapportent en Europe des souvenirs de là-bas et établissent petit à petit un culte à sainte Anne. A partir de la France la dévotion  arrive en Amérique du nord, notamment à Beaupré depuis plus de 350 ans, est si importante que sainte Anne deviendra patronne de la province civile de Québec.

Proche de chez nous, dans notre diocèse, à Sainte-Anne-du-Lac, dès 1918, deux ans seulement après la fondation de la paroisse et cinq ans après la création du diocèse de Mont-Laurier, s’exprime déjà une dévotion à sainte Anne sans qu’il n’y ait encore de pèlerinage proprement dit.  Mais, presqu’aussitôt après son arrivée en 1932, le curé Anthime Sicotte organise ‘un vrai pèlerinage’ avec invitation pressante à toutes les paroisses du diocèse.  Avec le temps, d’anciens résidants ou des parents d’actuels résidants , viennent en pèlerinage d’un peu partout de l’extérieur du diocèse. Il y avait alors toute une effervescence dans la paroisse pour assurer l’animation des messes, les nombreuses confessions (je me rappelle que, tout jeune prêtre, j’ai confessé six heures en ligne!), les dévotions personnelles, la vente d’objets de piété, les repas des pèlerins, la visite qui se pointait chez plusieurs familles, et, certaines années, le feu d’artifice le soir venu: dimension religieuse proprement dite et chaleur humaine se conjuguaient alors à merveille.

Le livre des prônes du curé d’alors note l’organisation très détaillée du pèlerinage. Pas moins de douze comités se partagent les responsabilités, spécialement pour deux moments majeurs: la messe des pèlerins à 11h et la procession à 15h jusque sur la colline qui surplombe le village et le lac. Dans les meilleures années, entre 1940 et 1950,  le nombre de pèlerins atteint plus de 2000.  Ensuite, pour plusieurs raisons, baisse graduelle au point ou le pèlerinage cesse en 1971…   mais pour renaître en 1985 avec l’arrivée d’une équipe de prêtres responsables de paroisses regroupées incluant Sainte-Anne-du-Lac, ayant comme  prêtre modérateur l’abbé Marc Richer, actuel vicaire général du diocèse.  Et le pèlerinage se poursuit toujours.

Le besoin de se retrouver pèlerins, symboliquement en marche vers ce qui peut atteindre profondément l’âme humaine, et donc, pour le croyant, vers Dieu lui-même, se fait toujours sentir.  On utilise divers chemins mais on passe souvent par tel ou telle saint ou sainte considéré-e comme intermédiaire privilégié-e pour rejoindre Dieu.  Dans le cas de sainte Anne: la grand-mère de Jésus, capable de comprendre les soucis et les besoins de ses petits-enfants.

Le pèlerinage à Sainte-Anne-du-Lac  aura donc encore lieu cette année, le jour même de la fête de sainte Anne,  le mercredi 26 juillet. Pourquoi pas nous mettre en marche?

Note: à consulter:  Histoire de la paroisse de Sainte-Anne-du-Lac 1916-1976,   Eugène Demers , prêtre, 1982

André Chalifoux

Le tournant missionnaire : travailler en équipe en étant unis (deuxième partie)

Tous les diocèses du Québec ont choisi de relever le défi de vivre le tournant missionnaire (TM) des communautés chrétiennes pour donner un souffle nouveau aux paroisses en impliquant tous les baptisés pour l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. En s’appuyant sur ce don précieux de notre baptême où nous sommes devenus des enfants bien-aimés de Dieu et avons découvert et expérimenté l’amitié du Seigneur, nous désirons et souhaitons ardemment que d’autres s’ouvrent et vivent la même expérience personnelle et spirituelle avec ce Dieu bon et miséricordieux. Tout naturellement, nous voulons partager notre trésor de foi aux autres. Pour relever ce beau défi : unissons-nous et travaillons ensemble!

Jésus nous donne l’exemple de travailler ensemble dans l’unité. Le Seigneur envoie ses amis annoncer la bonne nouvelle en petits groupes : « Il les envoya deux par deux en avant de lui dans toute ville et tout endroit où lui-même devait aller » (Lc 10, 1). Cette pédagogie est féconde : leur amour devient un lumineux témoignage de joie et d’entraide. À l’heure de l’épreuve, la fraternité permet plus facilement de surmonter les obstacles qui jalonnent notre mission de faire connaître Jésus aujourd’hui. Jésus y tient vraiment à l’unité de ses amis. Dans la dernière prière qu’il adresse à son Père avant de mourir pour nous sur la croix, il prie aussi pour nous : « Père, comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde… je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient UN. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 18.20-21).

Le pape François fait sien l’appel à travailler ensemble dans l’unité sous l’action de l’Esprit Saint. Dans son exhortation apostolique La joie de l’évangile, il écrit : « Être Église c’est être peuple de Dieu, en accord avec le grand projet d’amour du Père… L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la bonne vie de l’Évangile » (EG 114).  « Nous sommes appelés à un changement du cœur que l’Esprit saura nous inspirer », TM, p. 6, no 2.

Notre propre expérience confirme les bienfaits appréciables de la vie fraternelle dans un milieu. La joie et la paix y sont davantage visibles. La fraternité suscite des valeurs qui ensoleillent notre vie quotidienne et apportent du bonheur à nos relations humaines : l’accueil, le respect de l’autre, la compréhension, l’écoute attentive, l’entraide, le partage et le service. S’appuyant sur l’amour répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint (Rm 5, 5) , la fraternité nous permet d’éliminer la solitude qui mine bien des personnes, favorise le dialogue constructif et bienveillant et prépare au pardon qui libère et rétablit l’unité.

L’appel à vivre le tournant missionnaire en travaillant ensemble dans l’unité est un défi stimulant, exaltant et interpellant. Sommes-nous conscients que cette responsabilité est liée à notre engagement de baptisé? Avons-nous déjà vécu une belle expérience d’unité dans notre vie personnelle, notre vie matrimoniale, notre vie familiale, notre vie paroissiale? Avons-nous le goût de vivre cette belle expérience de fraternité?

Bon été !

Paul Lortie

25 ans de prêtrise: Credo sacerdotal !

Le mariage des époux est consommé dans l’amour… Un amour appelé à durer puisqu’il se définit sacrement de l’Amour de Dieu pour les époux eux-mêmes et l’humanité. Le prêtre devient lui aussi sacrement de l’Amour, après avoir été consumé par l’Amour trinitaire. «M’aimes-tu? M’aimes-tu vraiment? Est-ce que tu m’aimes?» «Mais oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime!» «Sois le pasteur de mes brebis!» Ces paroles du dernier chapitre 21 de saint Jean sont gravées non seulement sous mon calice doré, leg de mon défunt oncle l’abbé René Brault, mais elles sont inscrites en lettres de chair sur mon cœur et dans tout mon être! Quel mariage! Depuis 25 ans, jubilé d’argent, je suis consumé par l’Amour: “Amour pour Amour, jusqu’on don de soi-même/ S’offrir sans retour/ Est-il plus beau «je t’aime»?(chant de Robert Lebel).

Depuis les débuts de l’Église, c’est par l’imposition des mains par l’évêque, après une longue prière de consécration, qu’un nouveau prêtre advient. Comme la Vierge Marie, “l’Esprit me couvre de son ombre; me voici porteur de ton mystère”, dit un autre chant. C’est ce qu’écrit saint Jean-Paul II: «La première fidélité demandée à un prêtre est de continuer de croire à son propre mystère.» Ce mystère est celui de l’Amour. Un simple homme, par la grâce divine, devient signe et présence de Dieu appelé dans la bible: “Je suis Celui qui Suis”, “le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob” et celui que le Christ Jésus appellera familièrement “Abba!”, et dont il manifestera la bienveillance et la miséricorde dans ses actes et ses paroles.

Le prêtre devient, comme le dit saint Paul dans son discours aux anciens de Milet, ministre de l’Évangile de la grâce, qui signifie la Bonne Nouvelle du salut. J’aime beaucoup ce passage des Actes des Apôtres, chapitre 20, où l’Apôtres des Nations explicite, dans un testament spirituel, comment il a servi le Seigneur «dans les larmes et au milieu des épreuves», sans jamais rien négliger… Le terme “servir” utilisé ici ne désigne pas le service diaconal. «En effet, le verbe grec n’est pas diakoneuo, mais douleuo (“servir en esclave”)» (1). Mais attention, un service d’esclave qui aime son Maître: sa relation à Dieu est totalisante. Je suis tout entier au Seigneur, je lui appartiens dans toute ma personne! Dans l’Épitre aux Éphésiens (3,12), saint Paul ajoute qu’il a «été saisi par le Christ»… Et il a prêché, enseigné et exhorté les communautés chrétiennes dans ce don total de lui-même par amour. “Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime!”.

Dans une lettre pastorale du cardinal Godfred Danneels, Messagers de la Joie (1990), ce dernier exhorte ses diocésains à dire aux prêtres ce qu’ils attendent d’eux. «Demandez-nous d’être des ‘hommes de Dieu’. (…) Demandez-nous de rechercher sans nous lasser la sainteté. (…) Que nous proclamions l’Évangile sans la falsifier et sans concession. (…) Demandez-nous les sacrements et un cœur qui soit à l’unisson avec tout ce qui est bon et beau, mais aussi avec toutes les souffrances. (…) Demandez-nous de ne pas rester à l’écart. Demandez qu’en missionnaires et évangélisateurs, nous sortions aussi du cercle intime des familiers dans la foi…» (déjà, bien auparavant, une expression familière du pape François).

Tout comme le sacrement du mariage est exigeant pour les époux, il en est de même du sacrement de l’ordre pour celui qui a reçu cet appel. Cette exigence, au fond, vient du baptême où nous avons été oints et reconnus comme fils et filles bien-aimés de Dieu. Vivre en fidèles et dignes enfants du Père demande cette même fidélité et le même amour, que Jésus aussi a vécu pour sa mission, devenu semblable à nous dans notre humanité. Sauf le péché!

Ne croyez pas que je suis un SuperMan. Depuis mon “oui” du 14 juin 1992, mon corps, mon esprit, tout mon être ont été consumés par l’amour, pas le mien, mais celui du Dieu de l’Évangile de la grâce. Mon corps quinquagénaire ressent quelques courbatures après ces 25 ans. Mais je continue de croire! Oui!

Pour ces souffrances consenties à travers ma santé fragile, pour cet abattement devant qui il en coûte, pour toutes les épreuves au travers de ma route, pour cette confiance en moi lorsque je doute… Je crois en toi! Pour cette exaltation à servir mieux mon roi, pour l’eau du baptême sur l’enfant qui vagit, pour ce couple amoureux que par moi tu unis, pour tous les moribonds que je mène à la vie… Je crois en toi! Pour mes mains consacrées sur le pain et le vin, viatique d’espoir pour qui a soif et faim, pour ta sainte présence au tabernacle saint… Je crois en toi! Pour ma mère l’Église, ma joie, mon refuge, pour mes bras élevés vers l’amour qui ne juge, pour ces trois “oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais!… Je crois en toi! Je crois en toi! Je crois en toi, mon sacerdoce, lié dans l’amour au Coeur du Bon Pasteur! (2)

Amour pour Amour!/ Tendresse pour tendresse…/ S’offrir sans retour/ Tant que l’amour nous blesse!(Robert Lebel).

Michel Lafontaine

1-Cardinal Carlo Maria Martini, Prêtres, quelques années après, Cerf, 1992, p.68.

2-Texte librement inspiré des strophes du Credo sacerdotal, par André Bisaillon, Prier la Vie, Novalis, 2011, p. 51ss.

Fatima

Ce mot, Fatima a une résonnance et une signification importante pour deux des grandes religions du monde : l’Islam et le catholicisme romain. Pour la première, ce nom réfère à la fille du prophète : «Considérée par Mahomet comme la reine des femmes du Paradis, il s’agit de l’un des personnages féminins les plus symboliques de la religion musulmane

Après la conquête arabe de la péninsule ibérique, incluant donc le Portugal, ce nom a été donné par les occupants à un petit village au centre du pays. Le territoire étant redevenu chrétien au 12e siècle, le nom est resté inchangé. La petite localité est devenue célèbre en 1917 par les apparitions répétées de la Vierge Marie à trois petits bergers : François et sa sœur Jacinthe et leur cousine Lucie. Les deux premiers sont décédés deux ans après ces manifestations extraordinaires : en 1919 lors de la terrible épidémie de grippe : appelée ‘Grippe espagnole’ qui fit plusieurs millions de morts à travers le monde. Leur cousine Lucie, est devenue religieuse et est décédée seulement en 2006 après avoir rencontré à quelques reprises le pape Jean-Paul II qui avait une très grande dévotion à la Vierge Marie ( on se rappelle le M de ses armoiries) et après l’attentat dont il a été victime en 1981, il a attribué sa survie à la protection de la Vierge de Fatima et plus tard, il a remis au sanctuaire portugais la balle qui s’est logé dans son corps en manquant de très peu un organe vital… Cette balle a été insérée dans la couronne offerte au sanctuaire par un groupe de femmes en 1942 pour remercier le ciel d’avoir protégé le pays lors de la deuxième guerre mondiale, dont le Portugal fut épargné. «Cette couronne réalisée gratuitement par 12 artisans joaillers a été officiellement déposée sur la tête de la statue de la Vierge le 13 mai 1946 par le cardinal Benedetto Aloisi Masella, légat pontifical de Pie XII. Cette couronne « de reine » fait référence à la décision du roi Jean IV du Portugal, en 1646, de proclamer la Vierge Marie « reine et patronne du Portugal » »… «L’évêque fait alors enchâsser la balle dans la couronne de la Vierge de Fátima, où, au dire du joailler, « elle s’insère parfaitement dans un espace resté libre (lors de sa réalisation en 1942) »

Le pape François s’est rendu à Fatima le 13 mai 2017, à l’occasion du centenaire de la première apparition : pour canoniser François et Jacinthe, qui avaient été béatifiés par le pape Jean-Paul II en l’an 2000.

Le petit village est devenu un lieu célèbre dans le monde entier et l’un des principaux centres de pèlerinage marial. Pour ma part, j’ai eu le privilège d’être ordonné prêtre à l’église Notre-Dame-de-Fatima de Ste-Agathe-des-Monts en 1988. Cette église est maintenant fermée au culte.

Le message principal qu’il faut retenir de Fatima est sûrement les appels de la Vierge :

1) à la prière intense et à l’adoration qui « transforme la foi en espérance et en amour » et qui fait référence à la prière de l’ange de Fatima « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne Vous aiment pas » et

2) à la pénitence pour la réparation des offenses faites au Créateur par des créatures qui ignorent ses bontés… «Cette réparation est un acte d’amour vécu non comme une imposition, mais comme « un acte libre d’amour de celui qui veut rendre heureux l’être cher, par qui il se sent infiniment aimé »

(Les citations ont été empruntées à un article de Wikipedia sous l’appellation : Notre-Dame-de-Fatima et qui sont souvent elles-mêmes empruntées aux Archives du Sanctuaire de Fatima)

Jean-René Sirois

Résurrections!

Vous avez bien lu: résurrections… au pluriel. Nous avons célébré à  Pâques la résurrection du Christ, événement central de la foi chrétienne.  Au plan liturgique nous sommes toujours dans le temps pascal, qui dure cinquante jours.  Mais il y a dans la vie des événements qu’on peut qualifier de résurrection.  C’est ce que je suis en train de vivre, et bien d’autres en même temps que moi.

A la suite d’une chute à l’extérieur de ma résidence le 26 septembre dernier je me suis retrouvé à l’Hôpital Sacré-Cœur de Montréal pour y être opéré d’urgence tout au haut de la colonne vertébrale.  Hospitalisé là 32 jours, incapable de me retourner dans mon lit, totalement dépendant du personnel soignant, affublé d’un collet cervical 24 heures sur 24, transféré ensuite au Centre de réadaptation Gingras  de Montréal durant près de deux mois où, grâce à un personnel très qualifié, on m’a remis sur pied petit à petit.  Retour à la maison le 19 janvier où je suis maintenant en mesure de voir moi-même à l’entretien ordinaire de la maison  – lentement –  avec poursuite de réadaptation par physiothérapie et ergothérapie au Bouclier de Mont-Laurier toutes les semaines. Totalement dépendant des autres pour mes nombreux déplacements pour rendez-vous d’ordre médical ou autre puisque je ne suis pas encore en mesure de conduire mon auto.

Si la résurrection du Christ s’est faite tout d’un coup dans la nuit de  Pâques, d’autres résurrections se font à petite dose si je peux dire. Elles n’en sont pas moins résurrections, mot qui signifie littéralement ‘relèvement’.   A l’hôpital et davantage au Centre de réadaptation j’ai vu autour de moi plusieurs résurrections de victimes de chutes sur des surfaces glacées, d’autres, surtout des jeunes, victimes de graves imprudences (activités sportives, travail sans mesure préventive) ou de victimes d’un AVC.

 Le personnel très qualifié  du Centre de réadaptation se trouve avoir agi à la manière de Jésus qui a dit au paralytique: ‘’Lève-toi et marche!’’  (Jean 5, 5-9) quand il s’est agi de passer du fauteuil roulant au lit, d’utiliser une marchette les premières fois, ou de monter un escalier de trois marches qui me semblait haut comme l’Everest, ou plus tard de marcher avec une canne puis sans canne.  Mais encore, pour guérir, faut-il le vouloir, vaincre les peurs de tomber, prendre les moyens pour y arriver, accueillir l’indispensable et motivant soutien du personnel spécialisé tout en acceptant d’y aller à petites doses cent fois répétées.  Il m’est arrivé plusieurs fois de dire aux membres du personnel traitant que, si je progressais, c’était grâce à eux.  Mais le personnel avait toujours la même réponse:  non, c’est vous qui vous guérissez.  Le fait est que, pour guérir, il faut le vouloir, s’astreindre aux démarches et exercices proposés, avoir foi au personnel qui, lui, fait confiance aux blessés sans jamais les juger et avec une patience remarquable.  Il faut une volonté et un désir de part et d’autre  pour provoquer, si je peux dire, une résurrection, comme on le voit d’ailleurs dans l’évangile où Jésus demande à un aveugle-né: ‘’Que veux-tu que je fasse pour toi?  Que je voie, Seigneur!’’  (Luc 18,41-42).

 André Chalifoux

« L’accompagnement spirituel jusqu’à l’euthanasie » !

Ces mots constituent le sous-titre de Vous me coucherez nu sur la terre nue (Éd. Albin Michel, 2015), ouvrage de Gabriel Ringlet, écrivain, prêtre et théologien, qui témoigne de son expérience en soins spirituels dans un centre pour malades en phase palliative en Belgique. Le titre principal est en fait une citation de saint François d’Assise qui confiait son souhait de reposer un moment “nu sur la terre nue”, à l’approche de sa mort… afin d’apprivoiser Sœur la Mort corporelle. Saint François manifeste le besoin de vivre comme un rituel, une sorte de célébration “de la vie” au moment de quitter Frère le Corps.

Au moment de lire ces lignes, vous éprouverez peut-être le besoin de ne pas aller plus loin. En voici un de plus qui veut nous parler de l’euthanasie, de l’aide médicale à mourir, et d’argumenter pour ou contre cette alternative comme beaucoup de personnes le font présentement… Ce sujet suscite son lot de controverses, et il “juste et bon”, je dirais, de réfléchir sur le besoin exprimé par des personnes précises de clore « ici et aujourd’hui » une vie ou une existence souffrantes, au plan individuel; et aussi, d’évaluer également les impacts d’une telle décision dans l’espace public et sur une plus vaste portion de notre humanité. L’Église exerce à bon droit son rôle de modératrice dans ce débat.

Or, l’objet de ma réflexion est inspiré par mon expérience « sur le terrain » en tant qu’intervenant en soins spirituels en établissement hospitalier de soins de longue et courte durée. J’ai été confronté, comme mes pairs, et aussi les autres professionnels de la santé, à la requête précise exprimée un jour par un patient de jouir légalement de ce droit de l’aide médicale à mourir…

Les propos de Gabriel Ringlet m’ont réconforté en telle situation: « Si on m’avait dit un jour que l’accompagnement de la mort et l’engagement en soins palliatifs me conduiraient “jusque-là” ! Imaginez un peu, voilà des années que je chante la fragilité, des années que j’invite à accueillir la précarité, habité par la certitude qu’une vie reste grande jusqu’au cœur de sa dégradation la plus insupportable – l’Évangile m’est un socle sur ce terrain-là. Cependant, la défense de la vie la plus ténue ne m’autorise pas à passer sous silence les situations d’impasse. La première exigence éthique consiste à le reconnaître. Il arrive, oui, qu’une muraille soit infranchissable, et qu’alors, en conscience, je sois confronté à la question de l’euthanasie.» (p. 117).

Ainsi, un matin, je fus interpellé par un patient en phase terminale que j’accompagnais depuis quelques plusieurs jours déjà. Un patient “pratiquant” catholique, qui avec, son épouse et ses enfants, m’ont demandé très tôt de célébrer l’onction des malades. La semaine suivante, le patient m’invite, en toute simplicité, comme saint François qui avait fait son testament de “reposer nu sur la terre nue”, de l’accompagner dans la mort, tel jour, telle heure… Comme tout intervenant du système de santé, j’aurais pu me retirer, pour respecter ma conscience. En de telles circonstances, comme le dit le pape François, sur un tout autre sujet, « Qui suis-je pour juger? »

Mais j’étais pris comme entre deux gravités, entre deux impasses: transgresser Tu ne tueras point, et continuer d’être pour ce patient l’image de Jésus miséricordieux qui ne juge pas et qui aime d’un amour inconditionnel. Ringlet affirme: « cette philosophie de vie m’accompagne depuis longtemps – il propose d’oser accueillir le tragique de l’existence. (…) Face à une demande d’euthanasie, ne pas refuser le tragique de l’existence cela veut dire concession au réel tel qu’il s’impose à moi et être donc, peut-être, moralement obligé de dépasser la frontière entre le permis et le défendu. L’interdit du meurtre ne me permet pas de pratiquer l’euthanasie, mais l’appel au secours d’un frère ou d’une sœur en humanité me conduit quand même à poser l’acte en l’absence d’alternative valable.» (p. 134)

Cette situation me rappelle l’époque, où à l’hôpital Sainte-Justine, j’accompagnais des parents dans l’impasse de choisir la vie ou l’arrêt de vie en cas de grossesses problématiques au plan médical… Je surnommais mon accompagnement, en de tels cas, de “pastorale de dentelles”, où les mots, les silences, les regards, l’attitude se devaient de refléter l’inconciliable entre le non jugement et l’amour inconditionnel. Qu’est-ce que le Christ aurait dit ou fait à ma place?

Je termine cette trop courte réflexion sur un sujet si grave en étant conscient que vous ne serez pas tous d’accord avec l’attitude pastorale que j’ai choisie. D’ailleurs, le patient qui avait requis en toute sérénité ma présence lors de son “départ préparé” avait eu droit, la veille, aux semonces “charitables” d’une chrétienne convaincue. Mais la lecture, plus tard, du livre de Gabriel Ringlet m’a conforté. Non seulement dans le besoin éventuel de créer un certain rituel pour accompagner des personnes qui choisissent l’aide médicale à mourir (ce pourrait être le sujet d’un autre blogue). Mais il est important aussi de réaliser que « malgré la transgression et à travers elle, l’acte posé fasse advenir quelque chose qui le dépasse. Même dans la lumière de l’accompagnement, l’euthanasie est un combat de nuit. Comme Jacob au gué de Yabboq (Genèse 32, 23-31). (…) Désormais, je vais devoir marcher, plus grand et plus vivant j’espère, mais blessé à la hanche.» (p. 136).

Pour conclure ce blogue, j’ai appris que le patient est décédé naturellement deux jours avant la date choisie. Sa requête a néanmoins suscité une réflexion saine et pertinente sur un sujet éthique difficile. Que ce malade puisse maintenant, comme saint François, reposer en paix “sur la terre nue”.

Michel Lafontaine