Papaoutai ou les pelures de banane du pape François !

jeanfrancoisPapaoutai, ça vous dit quelque chose? Cette chanson de l’artiste belge Stromae a tourbillonné dans nos oreilles une bonne partie de l’été 2014, et je suis certain qu’elle vous est souvent restée dans la tête des journées entières. Quand on lit le titre de cette œuvre  on se demande où Stromae est allé chercher ce mot, mais on se rend compte assez vite, pendant la chanson, que le mot Papaoutai est utilisé en trompe-l’oreille pour dire : « papa où t’es ? » Stromae, un artiste qui pose des questions à la société dans une chanson qui traite de l’absence du père dans la vie de ses enfants.

À la fin du mois de janvier et au début du mois de février, le pape François a relevé le même problème lors des audiences publiques du mercredi. Il a évoqué les problèmes provoqués par l’absence du père dans la société : « Les enfants sont orphelins en famille, parce que les papas sont souvent absents, même physiquement de chez eux, mais surtout parce que, lorsqu’ils sont là, ils ne se comportent pas en pères. » Problème réel ? Sans doute que oui, vu le nombre d’enfants « sans père » que j’ai baptisés depuis mon ordination, il y aura bientôt 5 ans. Je ne juge pas, je constate ! En évoquant ce problème dans la société, le pape François ne s’attendait sans doute pas à glisser sur sa première grosse pelure de banane. C’est arrivé lors de sa deuxième catéchèse sur le sujet.

Tout le monde aime le pape François parce qu’il se fait proche des gens, qu’il les rejoint dans leur vie quotidienne, parce qu’il n’est pas timide et n’a pas peur de dire les choses, parce que rien ne semble formel avec lui, parce qu’il ne semble jamais faire de la haute théologie, parce qu’il sort souvent de son texte quand il parle aux gens… Et je suis sensiblement d’accord avec tout ça. Par contre, quand on parle au nom d’une institution, quand un simple mot a le pouvoir de chavirer le monde médiatique qui cherche toujours le moindre fil de couleur qui dépasse du vêtement blanc; très Saint-Père, il faut faire attention.

Ce jour-là, en sortant de son texte comme il le fait régulièrement, François a déclaré qu’ «un bon père sait attendre et pardonner, mais aussi corriger avec fermeté. Il n’est ni faible, ni laxiste, ni sentimental. Une fois dans une réunion, j’ai entendu un père déclarer: ‘je dois parfois frapper un peu mes enfants. Mais jamais sur le visage pour ne pas les humilier’. Cela, c’est beau, il a le sens de la dignité. Il doit punir, et le fait de manière juste ».

Il s’est fallu de peu de temps pour que la communauté internationale réagisse. D’abord l’Allemagne, puis le Royaume-Uni, jusqu’au chef d’État de l’Irlande qui a publié une lettre ouverte dans les journaux. Les arguments se tiennent : comment le représentant d’un État qui a signé la convention internationale sur la protection de l’enfance peut-il déclarer de pareilles choses ?

J’ai été un peu peiné de la situation, parce que je me dis qu’au cours des dernières années, l’Église a suffisamment été éclaboussée dans sa manière de voir et de gérer les choses dans ses relations avec les enfants. Ceci dit, cette pelure de banane me donne à réfléchir, puisque je pourrais moi-même, à tout moment, risquer de mettre le pied dessus par accident.

Dans la vie, du moment où chacune de nos paroles est en mesure de faire du tord à l’institution que nous représentons, je crois que nous avons le devoir moral de réfléchir et de peser chacune de nos phrases. Qu’on soit pape, évêque, prêtres, président d’un mouvement, chef d’État ou ministre, nous ne parlons jamais pour nous-mêmes devant les gens, mais au nom de l’institution que nous représentons. Souvenons-nous en toujours, c’est un principe à ne jamais oublier.

Jean-François Roy

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