Écolo…si, si, si!

ChalifouxAndréEn mai dernier, le pape François lançait son document Laudato si (Loué sois-tu) à la surprise générale. Avec tant de problèmes sociaux, politiques et religieux majeurs actuels, un pape n’a-t-il pas autre chose à faire que de parler d’écologie et d’environnement?

Depuis un certain temps, l’écologie prend une place de plus en plus importante dans nos sociétés. L’actuelle campagne électorale a dû en tenir compte, ne serait-ce qu’à cause du rejet dans le Saint-Laurent projeté ce mois-ci à Montréal de milliards de litres d’eaux usées non traitées . Et que dire de la monumentale tricherie de Volkswagen sur les émissions de gaz de ses autos qui a provoqué un véritable tsunami d’indignation mondiale.

Dans les années 1964-67, alors que j’étais directeur de bibliothèque, j’ai souvenir d’avoir vu pour la première fois le mot « écologie » dans un livre bien mince qui portait sur ce qu’on appelait à l’époque « les petites matières », nommément les sciences naturelles. J’ai dû recourir à mon dictionnaire pour savoir de quoi il s’agissait!

Plus tard j’avais trouvé pour le moins étonnant de retrouver mon confrère prêtre de Montréal, André Beauchamp, premier secrétaire en 1980 du ministère de l’environnement du Québec, puis membre d’importants organismes gouvernementaux ou universitaires en lien avec l’environnement. Exactement dans la ligne de Laudato si, mais bien avant lui. André Beauchamp considérait que l’avenir de notre planète, le sort de la création dans son état actuel constituait le signe des temps le plus fort de notre époque. Il plaide toujours pour le développement d’une véritable écologie chrétienne.

Et – encore peu de gens le savent – il existe un chantier pastoral nouveau, œcuménique, « Les Églises vertes », lancé à Montréal en 2009. À l’été 2011, Norman Lévesque, laïc théologien et environnementaliste, président de cet organisme depuis 2009, était venu rencontrer les autorités diocésaines à ce sujet. « Églises vertes » est maintenant reconnu par nos gouvernements comme organisme de bienfaisance en bonne et due forme. Mine de rien, l’écologie fait son chemin au sein même des diverses Églises chrétiennes de chez nous.

L’écologie, sans encore porter ce nom, existe pourtant depuis très longtemps, y compris dans le monde biblique ancien. Quelques versets : «  Pendant six ans, tu tailleras ta vigne et tu en ramasseras la récolte; la septième année sera un sabbat de repos pour la terre » (Lévitique 25,34). « Toute la faune périt à cause de la méchanceté de ses habitants » (Jérémie 12, 4). « Mais interroge donc les bestiaux, ils t’instruiront, les oiseaux du ciel, ils t’enseigneront. Cause avec la terre, elle t’instruira, et les poissons de la mer te le raconteront » (Job 12, 7-8). Ajoutons notamment les récits de la création du monde, l’histoire de l’arche de Noé, l’entrée dans la terre promise « où coule le lait et le miel », la parabole du semeur et les nombreuses références de Jésus à la nature.

Le pape François est particulièrement conscient des graves dangers qui guettent et attaquent déjà notre planète unique. Il les énumère longuement. Et il fait appel, à la lumière de la foi, à la justice entre les générations, au principe du bien commun, à la politique internationale, à la nécessité de modifier notre style de vie et à la nécessaire conversion écologique. Alors là, il a bien raison d’intervenir.

Comme disait le pape à une journaliste de Paris Match le 9 octobre dernier: « Le système mondial actuel est insoutenable. ». Et au sujet de la conférence internationale de Paris sur le climat de novembre prochain : « J’espère vraiment que ce sommet pourra contribuer à des choix concrets, partagés et visant, pour le bien commun, le long terme. Y contribuent de nouvelles modalités de développement afin que tant de femmes, d’hommes et d’enfants souffrant de la faim, de l’exploitation, des guerres, du chômage, puissent vivre et grandir dignement. Y contribuent de nouvelles modalités pour mettre fin à l’exploitation de notre planète. Notre maison commune est polluée, elle ne cesse de se détériorer. On a besoin de l’engagement de tous. Nous devons protéger l’Homme de sa propre destruction.».

Laudato si!   Écolo, si, si, si!

André Chalifoux

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