Chronique d’un pays lointain !

jeanfrancoisDepuis octobre dernier, me voici au cœur d’une autre culture, dépaysé, privé de mes repères habituels. C’est parfois heureux; très heureux. C’est parfois difficile, et même parfois souffrant. Être déraciné de son pays n’est jamais une chose facile. Dans ma prière, je pense à tous ses immigrants qui quittent leurs pays dans des conditions épouvantables, leurs pays en guerre, en proie à la violence et aux troubles. Ils quittent leurs pays pour une terre inconnue, pour un monde inconnu, pour une culture inconnue. Ils quittent leurs pays souvent sans ressources, sinon avec la seule vertu qui leur reste : l’espérance. L’espérance d’une vie meilleure, l’espérance de vivre en sécurité, l’espérance que l’être humain porte en lui la dignité fondamentale d’être enfant de Dieu et de pouvoir vivre comme tel. Alors, devant Dieu, je baisse humblement la tête, dans la honte de lui avoir demandé : Pourquoi m’as-tu envoyé si loin? À ma grande surprise, voici que Dieu me répond. Non pas en me disant que je suis ingrat de me plaindre de la sorte, mais en ouvrant mes yeux à toutes les richesses que cette expérience m’apporte quotidiennement. Non pas en me disant que je manque de foi et de confiance, mais en ouvrant mon cœur à la réalité de l’universalité et de la pluralité de l’Église.

Comme tous les pays sud-américains, la Colombie est en grande mutation politique, idéologique et religieuse. Les débats éthiques, politiques et culturels que nous vivons au Nord, elle les vit également peu à peu, quotidiennement, au fur et à mesure qu’elle s’ouvre au monde : avortement, mariage de conjoints de même sexe, adoption d’enfants par des conjoints de même sexe, aide à mourir, laïcité. Les Colombiens sont-ils plus conservateurs sur ces questions? La réponse est non. Tout comme chez nous, la plupart des gens montrent une ouverture et un accueil plutôt favorable à ces idées modernes qui font peu à peu leur chemin. En ce cas, où donc est la différence entre eux et nous? Pourquoi les églises sont-elles remplies et pourquoi dit-on des Colombiens qu’ils sont un peuple de croyants? Tout simplement parce que les Colombiens n’abandonneront jamais l’Église même si elle pense différemment d’eux. Ils ne mettront jamais l’Église au banc des accusés parce que sa vision de la dignité humaine, du respect à la vie et de la famille est différente de la leur.

Le respect des idées va au-delà des débats éthiques et idéologiques, et même en ayant une divergence d’opinion avec l’Église, nous pouvons malgré tout célébrer notre foi. Les Colombiens regardent ce qui les unit, non ce qui les divise; et ce qui les unis par-dessus tout, c’est le Christ et le rassemblement dominical.

Depuis quelques mois, j’ai une nouvelle vision de l’Église, une nouvelle vision de son universalité, une nouvelle vision de sa diversité, une nouvelle vision de sa pluralité. Que me donne cette nouvelle vision? Elle me donne de l’espérance. Elle me donne de faire grandir cette seule vertu qui me reste quand je m’assois devant Dieu et lui demande : Pourquoi m’as-tu envoyé si loin?

Jean-François Roy

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