Dans le cadre de la Journée mondiales des malades le 11 février 2017 : Toucher thérapeutique… spirituel!

lafontainemichelJe m’adresse d’abord à vous Messieurs, non pas par sexisme, mais parce qu’il s’agit d’une matière absolument masculine : il vous est recommandé, autour de la cinquantaine, d’avoir un toucher, euh, disons thérapeutique, pour l’exprimer en termes pudiques, par votre médecin, pour prévenir le cancer de la prostate!

Vous voilà rassurées, Mesdames! Mais soyez confiants! Je ne transformerai pas, dans cette réflexion, ce toucher «thérapeutique» en symbolique spirituelle, tout de même! Il s’agit d’une réalité biologique, qui n’a rien à voir avec la spiritualité, sauf le fait de croire en nos professionnels de la santé que ce toucher préventif s’avère une bonne habitude à prendre pour demeurer en santé!

En ce qui concerne les soins physiques de la personne, en effet, le toucher, par le bout des doigts ou par la main entière, demeure une réalité normale, appropriée et c’est pourquoi nous acceptons de nous laisser toucher, même si cela nous plaît ou non, pour diverses raisons. Certaines personnes ont une sainte horreur qu’on les touche! Nous ne fermons pas les yeux sur les touchers qui assassinent… Néanmoins, le toucher médical accompli dans un contexte professionnel est positif et sert la vie.

Mais j’en viens à mon sujet à proprement dit… Comment qualifie-t-on le toucher dans les soins spirituels? Le toucher demeure, pour une part, un véritable contact physique : prendre la main, ou la déposer sur une épaule… Cependant, le toucher peut aussi acquérir une dimension plus symbolique… Par exemple, on peut toucher le cœur de quelqu’un par une parole appropriée, un mot de réconfort, d’encouragement, d’entraide, de compassion. Et ces deux types de touchers sont non seulement physique et spirituel, mais ils acquièrent par le fait même une dimension thérapeutique, car ces touchers font du bien, ces touchers restaurent quelque chose de brisé que l’on répare… Ils aident à retrouver la santé, ou du moins à se sentir mieux pendant quelques brefs instants ou une période prolongée.

Je pense à ce qui se passe, lorsque je célèbre l’onction des malades. Je touche avec l’huile bénie le front et les deux mains du patient, ce geste accompagné d’une parole rituelle, et chaque fois le «miracle» se reproduit… La personne malade semble s’apaiser… et même les proches qui sont présents se sentent « touchés» en leur être, sans qu’un frôlement, les touche physiquement!

Ce que je suis en train de démontrer n’est pas nouveau. La littérature médicale et théologique l’a déjà démontré plus d’une fois. Mais il est judicieux d’en reprendre conscience, à l’occasion de la Journée mondiale des personnes malades qui aura lieu le 11 février prochain. Cet événement instauré par le pape Jean-Paul II en 1992, nous aide à nous rappeler combien il est important d’être près de nos malades, de les toucher de notre présence, de notre affection, de notre amour. De réaliser aussi l’importance des soins médicaux prodigués dans une vision globale de la personne humaine. On ne soigne pas seulement un membre blessé, mais une « âme », un être « souffrant » dans son corps, et sûrement aussi à des niveaux insoupçonnés. La vie laisse des marques souffrantes sur divers plans : psychologique, physique, spirituel…

Les religions ont toutes créées des rituels de guérison, de libération, de « toucher » thérapeutique, et le christianisme n’y échappe pas. Au plafond de la chapelle Sixtine à Rome, une fresque évoque la création d’Adam : Dieu tend le bras vers l’homme qui, de sa main tendue, cherche à toucher son Créateur. Et en Jésus, Dieu a fait plus que nous tendre la main. Il est descendu vers l’être humain, il s’est fait homme. Il a littéralement touché (avec ses mains, ses doigts, ses paroles, son regard…) les malades qu’on lui apportait en grand nombre. Jésus avait un toucher de compassion pour les malades, les aveugles, les sourds, les muets, les paralysés, les lépreux… Il a touché le brancard où reposait un enfant mort, le fils unique d’une veuve, qu’il relève et remet à sa mère (Luc 7, 14).

Cette main qui a fondé la terre (cf. Isaïe 48, 13) a aussi créé l’être humain : «Tes mains m’ont formé et m’ont façonné… comme de l’argile», s’écrit Job (10, 8-9). Et elle continue de nous secourir, de nous délivrer… Jésus nous tend la main par celle des disciples qui ont à cœur la parole de Jésus : «c’est moi que vous avez visité» (Matthieu 25, 36), lorsqu’ils se déplacent pour « toucher » le cœur de leur frère ou de leur sœur malade. Jésus touche et se laisse toucher : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est moi-même! Touchez-moi et voyez…!» (Luc 24, 38-40). Le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus est la preuve indélébile de son amour. Soyons des témoins de cet amour lorsque nous prenons soins des malades, que nous les visitons, que nous les touchons de nos mains, de nos caresses et surtout de notre présence. Une présence humaine qui prend soin et devient Présence de l’Autre qui touche et qui guérit.

Lors de votre prochaine visite chez le médecin, pensez à cela lorsque ce dernier vous « touchera » une partie du corps… Un toucher thérapeutique qui peut, à l’occasion, se revêtir d’une connotation toute spirituelle! Le pape François écrivait d’ailleurs ces derniers jours : « Jésus est avec les malades, avec ceux qui ont des problèmes. Et c’est vrai. Je sais que quand on souffre, quand il y a des problèmes, c’est difficile à comprendre mais il ne s’agit pas de comprendre, il s’agit de sentir, de sentir les caresses de Jésus. Seulement cela. Et cela console. » (lors d’une visite des malades à la paroisse romaine Sainte-Marie à Setteville de Guidonia, le dimanche 15 janvier 2017).

Bonne Journée mondiale des malades 2017!

Michel Lafontaine

2 Responses to Dans le cadre de la Journée mondiales des malades le 11 février 2017 : Toucher thérapeutique… spirituel!

  1. Merci, Michel, pour cette belle réflexion sur un sujet plutôt rare; le toucher. Ce qui me « touche » le plus, c’est l’aspect humain ou spirituel. Oui, on peut rejoindre le cœur d’une personne simplement par une présence, un regard, un silence…, ou un mot bien senti, à l’occasion. Et cela libère, apaise. Et cela ressemble aux caresses de Jésus….

    Marie-Paule L.

    • Michel Lafontaine says:

      Merci Marie-Paule pour ton témoignage. En effet, on n’aborde pas souvent le toucher car il représente mauvaise presse lorsqu’on entend par là ces touchers qui tuent, qui assassinent, qui ôtent la dignité de l’autre, qui humilient, qui brisent la confiance… Mais cela ne doit pas nous empêcher de parler du toucher qui fait du bien, car dans toutes les pages de l’Évangile, le toucher est présent. Puisse-t-il toujours être libérateur, comme pour Syméon, qui prenant l’enfant dans ses bras, le caressa en disant: Tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, car voici que je non seulement je vois le salut attendu, mais je le touche en ce petit enfant Emmanuel. Pas d’incarnation, pas de salut sans le toucher!
      Michel Lafontaine

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