En avant, marchons…, vers Sainte-Anne-du-Lac!

Aujourd’hui, mon blogue n’est pas vraiment un blogue mais plutôt un rappel et une invitation.

Les pèlerinages existent depuis très longtemps dans toutes les grandes religions et civilisations. Juifs de l‘Ancien testament et d’aujourd’hui, Grecs de l’Antiquité avec ses monuments  dédiés à de nombreux dieux, Musulmans à La Mecque, Chrétiens vers la Terre Sainte ou vers Rome ou sur le célèbre chemin de Compostelle en Espagne. Les pèlerinages en l’honneur de sainte Anne s’ajoutent à cette liste.

La dévotion à sainte Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus, débute au Moyen-Orient. Puis, marchands et soldats des grandes croisades au Moyen-Orient, rapportent en Europe des souvenirs de là-bas et établissent petit à petit un culte à sainte Anne. A partir de la France la dévotion  arrive en Amérique du nord, notamment à Beaupré depuis plus de 350 ans, est si importante que sainte Anne deviendra patronne de la province civile de Québec.

Proche de chez nous, dans notre diocèse, à Sainte-Anne-du-Lac, dès 1918, deux ans seulement après la fondation de la paroisse et cinq ans après la création du diocèse de Mont-Laurier, s’exprime déjà une dévotion à sainte Anne sans qu’il n’y ait encore de pèlerinage proprement dit.  Mais, presqu’aussitôt après son arrivée en 1932, le curé Anthime Sicotte organise ‘un vrai pèlerinage’ avec invitation pressante à toutes les paroisses du diocèse.  Avec le temps, d’anciens résidants ou des parents d’actuels résidants , viennent en pèlerinage d’un peu partout de l’extérieur du diocèse. Il y avait alors toute une effervescence dans la paroisse pour assurer l’animation des messes, les nombreuses confessions (je me rappelle que, tout jeune prêtre, j’ai confessé six heures en ligne!), les dévotions personnelles, la vente d’objets de piété, les repas des pèlerins, la visite qui se pointait chez plusieurs familles, et, certaines années, le feu d’artifice le soir venu: dimension religieuse proprement dite et chaleur humaine se conjuguaient alors à merveille.

Le livre des prônes du curé d’alors note l’organisation très détaillée du pèlerinage. Pas moins de douze comités se partagent les responsabilités, spécialement pour deux moments majeurs: la messe des pèlerins à 11h et la procession à 15h jusque sur la colline qui surplombe le village et le lac. Dans les meilleures années, entre 1940 et 1950,  le nombre de pèlerins atteint plus de 2000.  Ensuite, pour plusieurs raisons, baisse graduelle au point ou le pèlerinage cesse en 1971…   mais pour renaître en 1985 avec l’arrivée d’une équipe de prêtres responsables de paroisses regroupées incluant Sainte-Anne-du-Lac, ayant comme  prêtre modérateur l’abbé Marc Richer, actuel vicaire général du diocèse.  Et le pèlerinage se poursuit toujours.

Le besoin de se retrouver pèlerins, symboliquement en marche vers ce qui peut atteindre profondément l’âme humaine, et donc, pour le croyant, vers Dieu lui-même, se fait toujours sentir.  On utilise divers chemins mais on passe souvent par tel ou telle saint ou sainte considéré-e comme intermédiaire privilégié-e pour rejoindre Dieu.  Dans le cas de sainte Anne: la grand-mère de Jésus, capable de comprendre les soucis et les besoins de ses petits-enfants.

Le pèlerinage à Sainte-Anne-du-Lac  aura donc encore lieu cette année, le jour même de la fête de sainte Anne,  le mercredi 26 juillet. Pourquoi pas nous mettre en marche?

Note: à consulter:  Histoire de la paroisse de Sainte-Anne-du-Lac 1916-1976,   Eugène Demers , prêtre, 1982

André Chalifoux

Résurrections!

Vous avez bien lu: résurrections… au pluriel. Nous avons célébré à  Pâques la résurrection du Christ, événement central de la foi chrétienne.  Au plan liturgique nous sommes toujours dans le temps pascal, qui dure cinquante jours.  Mais il y a dans la vie des événements qu’on peut qualifier de résurrection.  C’est ce que je suis en train de vivre, et bien d’autres en même temps que moi.

A la suite d’une chute à l’extérieur de ma résidence le 26 septembre dernier je me suis retrouvé à l’Hôpital Sacré-Cœur de Montréal pour y être opéré d’urgence tout au haut de la colonne vertébrale.  Hospitalisé là 32 jours, incapable de me retourner dans mon lit, totalement dépendant du personnel soignant, affublé d’un collet cervical 24 heures sur 24, transféré ensuite au Centre de réadaptation Gingras  de Montréal durant près de deux mois où, grâce à un personnel très qualifié, on m’a remis sur pied petit à petit.  Retour à la maison le 19 janvier où je suis maintenant en mesure de voir moi-même à l’entretien ordinaire de la maison  – lentement –  avec poursuite de réadaptation par physiothérapie et ergothérapie au Bouclier de Mont-Laurier toutes les semaines. Totalement dépendant des autres pour mes nombreux déplacements pour rendez-vous d’ordre médical ou autre puisque je ne suis pas encore en mesure de conduire mon auto.

Si la résurrection du Christ s’est faite tout d’un coup dans la nuit de  Pâques, d’autres résurrections se font à petite dose si je peux dire. Elles n’en sont pas moins résurrections, mot qui signifie littéralement ‘relèvement’.   A l’hôpital et davantage au Centre de réadaptation j’ai vu autour de moi plusieurs résurrections de victimes de chutes sur des surfaces glacées, d’autres, surtout des jeunes, victimes de graves imprudences (activités sportives, travail sans mesure préventive) ou de victimes d’un AVC.

 Le personnel très qualifié  du Centre de réadaptation se trouve avoir agi à la manière de Jésus qui a dit au paralytique: ‘’Lève-toi et marche!’’  (Jean 5, 5-9) quand il s’est agi de passer du fauteuil roulant au lit, d’utiliser une marchette les premières fois, ou de monter un escalier de trois marches qui me semblait haut comme l’Everest, ou plus tard de marcher avec une canne puis sans canne.  Mais encore, pour guérir, faut-il le vouloir, vaincre les peurs de tomber, prendre les moyens pour y arriver, accueillir l’indispensable et motivant soutien du personnel spécialisé tout en acceptant d’y aller à petites doses cent fois répétées.  Il m’est arrivé plusieurs fois de dire aux membres du personnel traitant que, si je progressais, c’était grâce à eux.  Mais le personnel avait toujours la même réponse:  non, c’est vous qui vous guérissez.  Le fait est que, pour guérir, il faut le vouloir, s’astreindre aux démarches et exercices proposés, avoir foi au personnel qui, lui, fait confiance aux blessés sans jamais les juger et avec une patience remarquable.  Il faut une volonté et un désir de part et d’autre  pour provoquer, si je peux dire, une résurrection, comme on le voit d’ailleurs dans l’évangile où Jésus demande à un aveugle-né: ‘’Que veux-tu que je fasse pour toi?  Que je voie, Seigneur!’’  (Luc 18,41-42).

 André Chalifoux

Tu te souviendras de moi !

ChalifouxAndréLe 17 février dernier était sanctionnée à Québec la Loi sur les activités funéraires (loi 62) qui n’a pas fait grand bruit. Un groupe d’articles de la loi portait sur l’instauration d’un permis pour les entreprises funéraires et les thanatologues, un autre groupe sur la possibilité de séparer les cendres d’un défunt et un troisième sur l’ouverture aux pratiques modernes.

Passons sur le premier groupe pour nous arrêter aux deux autres. Depuis plusieurs années des citoyens, incluant les évêques, demandaient que les cendres d’un défunt se retrouvent en totalité rassemblées.  D’autres demandaient l’inverse. En fait, la loi 62 ouvre la porte à la possibilité de disposer les cendres selon son bon vouloir, d’autant plus que cette pratique ne représenterait aucun danger pour la santé publique.  Déjà on a vu les cendres d’un défunt être séparées en plusieurs contenants, notamment en médaillons à porter au cou, ou disposées dans de petites colombes creuses, ou bien être déposées au pied d’un arbre, ou répandues dans un lac, une rivière ou en pleine forêt.

J’ai un jour été témoin de cendres répandues sur le lot familial dans le cimetière paroissial plutôt qu’enfouies.  Le hasard a voulu que, juste au moment de répandre ces cendres, arrive un coup de vent qui a généreusement répandu les cendres sur la veuve et les proches du défunt…ce qui a failli provoquer une panique.

Il m’apparaît étonnant d’être aussi large que cette loi sur la disposition des cendres. Certes les cendres ou les corps disparaîtront un jour, même dans les cimetières les mieux entretenus.  Mais au moins il y a là un lieu de mémoire. Les membres décédés de nos familles sont-ils si peu importants qu’on n’en veuille plus garder aucune trace? D’autant plus que la loi 62 ne fait aucune obligation de signifier dans un registre le lieu d’inhumation ou de dispersion des cendres. Il me semble pourtant que nous avons un devoir de mémoire. Il est étrange que cette loi arrive alors que de nombreux citoyens s’adonnent à la généalogie, qu’ils font des pieds et des mains pour retracer leurs ancêtres et que c’est justement dans les registres paroissiaux ou civils ou dans les cimetières qu’ils arrivent à constituer leur généalogie.

On semble jeter par-dessus bord  la pratique chrétienne d’un grand respect pour les défunts et de la mémoire envers eux. Étrange que le Journal de Montréal du 13 mars dernier qui fait état de la loi 62 accompagne son article d’une photo d’un cimetière chrétien où apparaissent de nombreux monuments portant des croix au moment où on passe une loi qui s’en fiche totalement. Est-ce une provocation ou une nostalgie?

Quant à l’ouverture aux pratiques modernes, le ministre Barrette, de qui relève cette loi, mentionne que, par exemple, si un citoyen veut se faire embaumer et exposer assis sur une  bicyclette, cela pourra se faire. Je me demande bien à quelles dérives on pourra arriver; assis sur une motoneige, en train d’effectuer un plongeon ou de servir un repas au restaurant?

Me revient en mémoire une chanson d’amour québécoise:  « Tu te souviendras de moi quand tu ne m’auras plus« .  Vraiment?

André Chalifoux

L’aide médicale à mourir: un soin? (deuxième partie)

ChalifouxAndréLa loi québécoise a été adoptée. Elle est en vigueur. Et la loi, c’est la loi. Il est cependant important de faire ici la distinction entre ce qui est légal et ce qui est moral.  Pour prendre un exemple extrême, mais qui fait bien comprendre le propos, dans l’Allemagne nazie d’Hitler, il était légal et obligatoire de dénoncer tous les juifs, de les arrêter, de les enfermer dans des camps de concentration et de les exécuter dans les chambres à gaz.  Était-ce moral?  Évidemment pas.

De même, dans la population en général, il est assez fréquent de mêler « euthanasie » et « soins palliatifs », c’est-à-dire de prendre l’euthanasie pour des soins palliatifs. J’en été témoin à plusieurs reprises.  Certains ne semblent pas réaliser que « euthanasie » veut dire, au vrai sens du mot, provocation volontaire de la mort.  Que cette provocation se fasse par personne interposée ou non, elle n’en reste pas moins un meurtre (ou un suicide assisté).

Quant à l’encadrement qu’on dit très strict de la loi québécoise sur l’aide à mourir, je parierais qu’il faudra peu de temps avant qu’on y fasse des brèches.  La position du gouvernement fédéral, qui arrivera bientôt, ira plus loin que la loi québécoise, on le sait déjà.  Et l’Ontario attend la loi fédérale avant de se situer, elle aussi, au-delà de la loi québécoise.  Peut-on penser que le Québec restera à l’intérieur des balises actuelles?  Illusion, à mon avis. On sait que dans les pays où l’euthanasie a été légalisée, les lois ont été vite débordées.  C’est le cas en Belgique, en France, en Suisse. Quant aux Pays-Bas, l’euthanasie s’est progressivement étendue.  Elle inclut désormais des personnes souffrant de maladies non mortelles et des enfants en bas âge.  Et on a vu l’an dernier un couple canadien se rendre en Suisse recourir à l’euthanasie,   – qui a effectivement eu lieu – Monsieur étant sérieusement malade, mais non pas Madame, celle-ci ne se voyant tout simplement pas poursuivre sa vie sans son mari. On  pourrait faire un parallèle avec l’avortement (situé, lui, au début de la vie), d’abord limité à quelques catégories de cas, mais maintenant accessible à beaucoup de situations.  Un cas rare mais significatif: à Gatineau, il y a peu de temps, une fille de 16 ans s’est fait avorter trois fois au cours une seule année.

Dans leur intervention, les évêques du Québec font évidemment appel à la foi, en plus de la liberté de conscience qu’ils réclament, appel à ce que les personnes vivent de plus intime. Ils se positionnent très clairement en reprenant les termes de la Conférence des évêques catholiques du Canada:  « Il faut continuer à demander avec insistance aux autorités politiques ainsi qu’aux organisations professionnelles de mettre en place des politiques et des directives qui respectent la liberté de conscience de tous les travailleurs et administrateurs de la santé qui ne voudront pas et qui ne pourront pas accepter le suicide comme une solution médicale à la souffrance et à la douleur. »  Ils insistent également sur « l’aide et le soutien spirituel qu’on peut offrir à l’approche de la fin de cette vie, une place tout spéciale revenant aux sacrements de la Pénitence et de la Réconciliation, de l’Onction des malades et de l’Eucharistie ».   Encore faudrait-il que nos chers catholiques soient mieux éduqués en particulier au sens de l’Onction des malades qu’on continue trop souvent à demander lorsque le malade est déjà inconscient.

Pour aller plus loin:  La bioéthique, repères d’humanité.  Mgr Bertrand Blanchet (évêque retraité, bachelier en biologie et docteur en sciences forestières).  Ed. Médiaspaul, 2009.

André Chalifoux

L’aide médicale à mourir: un soin? (première partie)

ChalifouxAndréLa loi 52 sur l’aide sur l’aide médicale à mourir fait beaucoup de vagues, tant chez les tenants de la loi que chez les opposants.  Émissions de radio et de télévision, journaux et revues, médias électroniques, prises de position, tantôt équilibrées, tantôt extrêmes, tout a concouru à publiciser la loi québécoise. Bien entendu les évêques du Québec sont de la partie. On les accuse d’intégrisme et de faire appel à la liberté de conscience des médecins pour que ceux-ci n’appliquent pas la loi.

Admettons que le sujet n’est pas facile. Il y va non seulement de soins mais de la vie elle-même. Les évêques du Québec ont pris position en assemblée générale et ont produit un document en date du 8 décembre dernier, intitulé « Approcher de la mort avec le Christ ». Ils y rappellent le caractère sacré de la vie, de son tout début jusqu’à sa toute fin.  Et ils font bien sûr référence à Dieu, à l’Évangile, à la foi, contrairement à beaucoup d’opinions, d’idées et de propositions qui ont cours dans le grand public.

Les évêques appuient les soins palliatifs et demandent même qu’ils soient intensifiés et garantis partout au Québec, sachant très bien que le gouvernement, par la Ministère de la santé, a encore pas mal de travail à faire là-dessus en certains endroits.  Mais ils indiquent bien que l’euthanasie n’est pas un soin, mais bel et bien le fait de mettre volontairement fin à la vie.  Ils y a en effet une énorme différence, et dans les faits et dans les intentions, entre donner des soins palliatifs qui peuvent éventuellement accélérer la fin de la vie et le fait de mettre carrément fin à la vie.

Là-dessus ils ont l’appui de nombreux médecins qui ont clairement affirmé leur opposition à l’euthanasie, que ce soit par leur opposition au projet de loi lorsqu’il a été présenté ou par leur intention de ne pas appliquer la loi une fois celle-ci votée. Rappelons que 59% des mémoires présentés à la Commission spéciale sur le projet de loi se prononçaient contre le projet et que plus de 600 médecins ont signé une pétition demandant le retrait du projet de loi. De plus, au moment du vote sur le projet, 22 députés ont voté contre, y compris le docteur Couillard, maintenant premier ministre, qui a depuis changé son fusil d’épaule.  Contrairement à ce que certains ont affirmé le projet n’a donc pas été adopté à l’unanimité.

Le docteur Barrette, ministre de la santé, a tout récemment invité à réfléchir ceux des médecins qui entendent ne pas appliquer la loi en laissant entendre qu’ils avaient l’obligation de l’appliquer.  C’est très grave, car il s’immisce dans leur conscience, eux qui ont affirmé clairement que donner la mort n’est pas un soin et qu’ils ne donneraient pas le cocktail qui y mène directement…     (à suivre)…

André Chalifoux

Écolo…si, si, si!

ChalifouxAndréEn mai dernier, le pape François lançait son document Laudato si (Loué sois-tu) à la surprise générale. Avec tant de problèmes sociaux, politiques et religieux majeurs actuels, un pape n’a-t-il pas autre chose à faire que de parler d’écologie et d’environnement?

Depuis un certain temps, l’écologie prend une place de plus en plus importante dans nos sociétés. L’actuelle campagne électorale a dû en tenir compte, ne serait-ce qu’à cause du rejet dans le Saint-Laurent projeté ce mois-ci à Montréal de milliards de litres d’eaux usées non traitées . Et que dire de la monumentale tricherie de Volkswagen sur les émissions de gaz de ses autos qui a provoqué un véritable tsunami d’indignation mondiale.

Dans les années 1964-67, alors que j’étais directeur de bibliothèque, j’ai souvenir d’avoir vu pour la première fois le mot « écologie » dans un livre bien mince qui portait sur ce qu’on appelait à l’époque « les petites matières », nommément les sciences naturelles. J’ai dû recourir à mon dictionnaire pour savoir de quoi il s’agissait!

Plus tard j’avais trouvé pour le moins étonnant de retrouver mon confrère prêtre de Montréal, André Beauchamp, premier secrétaire en 1980 du ministère de l’environnement du Québec, puis membre d’importants organismes gouvernementaux ou universitaires en lien avec l’environnement. Exactement dans la ligne de Laudato si, mais bien avant lui. André Beauchamp considérait que l’avenir de notre planète, le sort de la création dans son état actuel constituait le signe des temps le plus fort de notre époque. Il plaide toujours pour le développement d’une véritable écologie chrétienne.

Et – encore peu de gens le savent – il existe un chantier pastoral nouveau, œcuménique, « Les Églises vertes », lancé à Montréal en 2009. À l’été 2011, Norman Lévesque, laïc théologien et environnementaliste, président de cet organisme depuis 2009, était venu rencontrer les autorités diocésaines à ce sujet. « Églises vertes » est maintenant reconnu par nos gouvernements comme organisme de bienfaisance en bonne et due forme. Mine de rien, l’écologie fait son chemin au sein même des diverses Églises chrétiennes de chez nous.

L’écologie, sans encore porter ce nom, existe pourtant depuis très longtemps, y compris dans le monde biblique ancien. Quelques versets : «  Pendant six ans, tu tailleras ta vigne et tu en ramasseras la récolte; la septième année sera un sabbat de repos pour la terre » (Lévitique 25,34). « Toute la faune périt à cause de la méchanceté de ses habitants » (Jérémie 12, 4). « Mais interroge donc les bestiaux, ils t’instruiront, les oiseaux du ciel, ils t’enseigneront. Cause avec la terre, elle t’instruira, et les poissons de la mer te le raconteront » (Job 12, 7-8). Ajoutons notamment les récits de la création du monde, l’histoire de l’arche de Noé, l’entrée dans la terre promise « où coule le lait et le miel », la parabole du semeur et les nombreuses références de Jésus à la nature.

Le pape François est particulièrement conscient des graves dangers qui guettent et attaquent déjà notre planète unique. Il les énumère longuement. Et il fait appel, à la lumière de la foi, à la justice entre les générations, au principe du bien commun, à la politique internationale, à la nécessité de modifier notre style de vie et à la nécessaire conversion écologique. Alors là, il a bien raison d’intervenir.

Comme disait le pape à une journaliste de Paris Match le 9 octobre dernier: « Le système mondial actuel est insoutenable. ». Et au sujet de la conférence internationale de Paris sur le climat de novembre prochain : « J’espère vraiment que ce sommet pourra contribuer à des choix concrets, partagés et visant, pour le bien commun, le long terme. Y contribuent de nouvelles modalités de développement afin que tant de femmes, d’hommes et d’enfants souffrant de la faim, de l’exploitation, des guerres, du chômage, puissent vivre et grandir dignement. Y contribuent de nouvelles modalités pour mettre fin à l’exploitation de notre planète. Notre maison commune est polluée, elle ne cesse de se détériorer. On a besoin de l’engagement de tous. Nous devons protéger l’Homme de sa propre destruction.».

Laudato si!   Écolo, si, si, si!

André Chalifoux

Bords de lacs et terres agricoles pour riches!

ChalifouxAndréDepuis quelques années une vague d’augmentation considérable de la valeur des maisons et des terres provoque un raz-de-marée financier. Autant certaines propriétés ont été et sont encore sous évaluées dans certains cas, autant  d’autres, et de plus en plus souvent, deviennent surévaluées simplement parce qu’elles sont situées sur la rive d’un lac ou d’une rivière.   Résultat: des propriétaires de résidences tout simples, bâties il y a longtemps à ces endroits, se retrouvent malgré eux étouffés par des taxes foncières qui ont explosé.

Phénomène particulier: des gens à l’aise achètent à très gros prix des chalets et des maisons de peu de valeur qu’ils s’empressent de transformer ou même de démolir ou de construire en mieux et plus cher, les faisant ainsi entrer dans une spirale de surenchère. D’autres offrent un prix démesuré pour un simple terrain non bâti, situé bien entendu au bord de l’eau. Résultat: certains propriétaires ne sont plus en mesure de payer leurs taxes ou cherchent à leur tour à les vendre au meilleur prix possible parfois « sous la table »  pour une bonne part, sachant très bien qu’en peu de temps ils pourront les revendre avec une large marge de profit, tandis que les enfants de certains propriétaires ne sont plus capables de les racheter à un prix qui conviendrait à leur bourse moins bien garnie. Résultat: la valeur des propriétés voisines monte en flèche, ajoutant encore à la spirale.

Je connais tel propriétaire qui a divisé son terrain au bord d’un lac pour en donner une partie à chacun de ses trois enfants. Mais voilà que depuis ce temps, pas si lointain, la valeur évaluée par la municipalité a été multipliée par huit. Les enfants se demandent vraiment s’ils vont garder la propriété… à cause des taxes municipales.

Les simples salariés, les retraités à faibles revenus, les jeunes qui n’ont pas encore pu faire des économies, si, même, ils ne sont pas déjà endettés, finissent par devoir se contenter de moins et s’appauvrir en bout de ligne, pendant que les riches continuent à s’enrichir. Et la spirale continue!

Il y a eu nombre de protestations individuelles et collectives. Rien n’y fait!  C’est le marché, dit-on. Vive la démocratie et l’équité!

Il me semble y avoir là une profonde injustice. Seuls les riches, avec le temps, pourront profiter de l’eau, s’il n’y a pas de changement d’attitude et d’habitude. Et encore!  Pour pouvoir pêcher en beaucoup d’endroits, il faut payer des frais démesurés. Les ZEC  (zones d’exploitation contrôlée) qui devaient démocratiser l’accès à de grands territoires de chasse et de pêche en sont rendus à demander de tels frais qu’on se retrouve presque au temps des Clubs privés, réservés aux riches, qu’on voulait pourtant, disait-on, rendre accessibles au plus grand nombre.

La situation est encore plus grave pour les terres agricoles, accaparées par des sociétés d’investisseurs. Des propriétaires privés, qui veulent agrandir leurs terres, ne le peuvent plus parce que le voisin a reçu une offre d’achat tellement alléchante et élevée qu’ils ne peuvent l’acheter. On se retrouve ainsi devant de grands propriétaires qui engagent des travailleurs agricoles à leur merci et qui ne possèdent plus rien. Finies les exploitations familiales.

Un article paru dans La Presse du 31 décembre dernier, sous la signature de Serge Genest se concluait ainsi:  « Avec l’acquisition de très grandes surfaces cultivables au Québec par des firmes d’investisseurs, nous retrouvons en quelque sorte le système de métayage des siècles passés: les paysans deviennent des travailleurs agricoles auxquels les grands propriétaires consentent l’utilisation d’une parcelle des terres pour la subsistance familiale. Difficile d’imaginer qu’une telle démarche signifie un quelconque progrès. »

André Chalifoux