Un pape qui n’a pas froid aux yeux!

ChalifouxAndréNotre pape François ne cesse pas de surprendre.  À preuve son message du 22 décembre dernier, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Noël « urbi et orbi »  (à la Ville et au Monde) où le pape poursuit la longue tradition de ses prédécesseurs de lancer un message spécial à l’occasion de chaque fête de Noël.

Cette fois le pape s’est adressé à un public très ciblé: les membres de la Curie romaine, sorte de gouvernement central de l’Église, donc formé du personnel du plus haut rang, dont il dit: « Il est beau de penser à la Curie romaine comme à un petit modèle de l’Église, comme à un « corps » qui cherche sérieusement et quotidiennement à être plus vivant, plus sain, plus harmonieux et plus uni, en lui-même et avec le Christ ». Si nombre de messages papaux ont pu être vite oubliés, celui-là a beaucoup fait jaser et n’a pas fini de susciter nombre de réactions, spécialement dans les chaumières ecclésiastiques.

 Le pape a dressé une liste de  quinze « maladies et tentations  pouvant affecter » – remarquons bien les mots utilisés – ses collaborateurs du Saint-Siège qu’il appelle lui-même des « maladies curiales ». Il n’y est pas allé de main morte.

Pour rappel, voyons cette liste : la maladie de celui qui se sent immortel ou immunisé ou tout à fait indispensable; le « marthaisme » ou l’activité excessive; la maladie de la pétrification mentale et spirituelle;…de la planification excessive et du fonctionnarisme; …de la mauvaise planification;…de l’Alzheimer spirituelle; …de la rivalité et de la vanité;…de la schizophrénie spirituelle;…de la rumeur, de la médisance et du commérage; …qui consiste à diviniser les chefs;…de l’indifférence envers les autres ;…du visage lugubre;…qui consiste à accumuler; …des cercles fermés;…du profit mondain et des exhibitionnismes. Et le pape prend le temps d’expliciter chaque cas.

On voit mal le président ou le premier ministre d’un pays s’adresser à ses principaux collaborateurs du plus haut niveau, au vu et au su du public mondial, en des termes aussi clairs et même durs. Le pape ne s’est pas embarrassé de diplomatie ou de langue de bois. Il s’est exprimé en langage clair et direct, sans nuance. Il a voulu être bien compris. Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre un jour : « Arrière Satan! » (Matthieu 4, 10).

Est-ce à dire qu’il n’y a pas à Rome d’ecclésiastiques de très haut rang qui soient fervents, à leur place, dévoués, sans ambition désordonnée? Certainement pas. Mais on peut penser que les situations que le pape énonce ou dénonce sont suffisamment nombreuses et profondément ancrées pour qu’il intervienne ainsi. On peut aussi penser qu’il veut faire une mise en garde préventive à l’intention de futurs responsables ou à de personnes qui aspireraient à de hautes fonctions.

On peut penser que le pape vise en plus très certainement les milieux ecclésiastiques de partout à travers l’Église catholique, et pas seulement les membres du clergé. Pour peu que l’on connaisse la petite ou la grande histoire des Églises particulières (diocèses), il est facile de voir que l’une ou l’autre de ces maladies ou tentations s’est appliquée et s’applique encore. Pas toutes chez le même individu, bien sûr. Chacun – et chacune- pourra faire son examen de conscience et mettre le chapeau qui lui fait.

Peut-être le pape se parle-t-il également à lui-même quand on connaît son heureuse propension à faire ce qu’il dit. Pour prendre une expression québécoise : ses bottines suivent ses babines. On se rappellera que le pape a parlé d’une Église pauvre pour les pauvres. Il tâche de vivre lui-même cette pauvreté. Et on l’a vu il y a quelque temps démettre de ses fonctions un jeune évêque allemand en train de faire construire un édifice de luxe pour les services du diocèse, au grand scandale des diocésains d’ailleurs. Inacceptable pour lui! Et pour l’Église!

Le pape devait avoir en tête et au cœur la parole de Jésus à l’occasion d’un questionnement entre les apôtres : « Celui d’entre vous qui veut être le plus grand, qu’il se fasse le plus petit » (Marc 9, 35) et «le serviteur n’est pas au-dessus de son maître » (Jean 13,16), invitant chacun à aligner sa vie sur celle de Jésus.

 En même temps le pape a voulu en quelque sorte dédramatiser la situation en disant:  « J’ai lu un jour que les prêtres sont comme les avions:  il ne font la une que lorsqu’ils tombent, mais il y en a beaucoup qui volent », avant de terminer par un encouragement: « Seul l’Esprit Saint guérit toute maladie ».

André Chalifoux

Synode sur la famille. Que va-t-il en sortir?

ChalifouxAndréOctobre 2013. Convocation pour les 5-19 octobre 2014 d’un synode des évêques sur le thème : Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation. Un document de préparation est expédié à tous les évêques du monde avec questionnaire auquel répondre avant la fin de janvier 2014, avec « invitation à faire participer les paroisses afin d’obtenir une contribution de la base sur les thèmes et des réponses aux questions… » . Un délai bien court.

En pratique, les évêques n’ont pu procéder qu’à une consultation très limitée dans nombre de diocèses. Cas exemplaires : l’Allemagne et la Suisse, par exemple, où des dizaines de milliers de personnes ont été consultées. Et où surtout, le résultat de la consultation a été publié en majeure partie, alors que, semble-t-il, il était prévu au départ que le résultat au plan national ne devait pas être publié. Situation étrange où on consulte des croyants sur un sujet très important mais où on ne leur en donne pas le résultat. C’est le cas au Canada où, à ma connaissance, rien du résumé national n’a filtré. A-t-on eu peur des résultats? Des questionnements? Des prises de position contradictoires ou trop avancées? De différences marquées, par exemple, entre le Québec et d’autres provinces? En bout de ligne, est-ce que les réponses données ne risquent pas d’être noyées dans un tout indistinct ou en rester à de grands principes qui ne feront rien bouger?

Il faut bien dire que la situation n’est pas simple : comment les participants au synode, de quelque cent quarante pays, arriveront-ils à produire un document (disons plutôt des prises de positions ou des orientations) ajusté à toutes les Églises particulières quand il y a tellement de différences de culture, de pratiques, de tendances, de niveau ou de capacité d’éducation, non seulement d’un continent à un autre mais à l’intérieur même d’un seul pays, sinon d’un même diocèse? 

Au surplus, certaines questions posées dans le document de préparation laissaient place à de sérieuses ambiguïtés ou à d’impossibles réponses à apporter à moins d’être des super connaisseurs. Exemples : Là où l’enseignement de l’Église est connu, est-il intégralement accepté?   Quelle place occupe la notion de loi naturelle dans la culture civile, tant au niveau institutionnel, éducatif et académique, qu’au niveau populaire? Quel est l’apport spécifique que les couples et les familles ont réussi à donner quant à la diffusion d’une vision intégrale du couple et de la famille chrétienne qui soit crédible aujourd’hui?

Tantôt certaines questions semblent aller du côté d’une ouverture. Ainsi, à propos des unions entre personnes de même sexe : Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers les personnes qui ont choisi ce type d’union? Quel comportement pastoral tenir en vue de la transmission de la foi (aux enfants de ces couples)? Mais les réponses seront-elles ouvertes, elles? Tantôt d’autres questions semblent plutôt bloquées, par exemple au sujet de la doctrine d’Humanae vitae (célèbre document de Paul VI portant notamment sur la pilule comme moyen de contraception) qu’on semble vouloir reconduire telle quelle. Et on ne voit pas tellement transpirer la valeur et la dimension positive de la sexualité, toujours un peu suspecte, semble-t-il.

Il faudra pas mal de temps avant que ne soit publié pour l’ensemble de l’Église un document officiel, consécutif au Synode. Entretemps, j’apprécierais beaucoup savoir ce qui est ressorti de la consultation faite au Canada. Quelqu’un peut-il m’éclairer?

André Chalifoux

Humour…quel humour?

ChalifouxAndréPar les temps qui courent nous voyons à quel point les humoristes ont la cote, plus particulièrement en milieu québécois semble-t-il. Leurs spectacles affichent « complet » . Un exemple frappant chez nous : le spectacle « BROUE » ouvrira à la fin de novembre à la toute nouvelle salle Espace Théâtre à Mont-Laurier. La demande est telle que sept représentations sont maintenant à l’affiche dans cette salle de 700 places. Faites le calcul! Dans un petit milieu comme le nôtre, cela dépasse presque l’entendement. On peut supposer que des spectateurs viendront de loin étant donné la grande réputation de cette prestation.

Depuis vingt-cinq ans déjà une École nationale de l’humour a pignon sur rue à Montréal. Elle ne manque pas d’étudiants et peut ainsi nourrir un public toujours avide.

D’où vient donc ce besoin d’humour? Relaxer au milieu des pressions de toutes sortes? Dédramatiser la vie? Simple divertissement ou défoulement? On a certes besoin de rire. Cela fait partie du propre de l’être humain à ce qu’on dit. On ne se gêne heureusement pas pour l’utiliser tant en privé qu’en public.

Ce qui est frappant, hélas, c’est le trop fréquent bas niveau de contenu et de langage jeté à la face du public. On n’a pas toujours des Louis-José Houde ou Pierrre Légaré. Est-ce moralisateur de dire que l’humour présenté frappe souvent en bas de la ceinture, qu’il utilise un langage grossier sinon ordurier, qu’il se croit obligé de parsemer le tout de jurons et de « langage d’Église » à qui mieux-mieux (il faudrait plutôt dire : à qui pire-pire)? C’est à croire que plus c’est gros et gras, meilleur c’est. Et, plus profondément encore, il insulte et rabaisse souvent le public, qui rit à gorge déployée sans se rendre compte qu’il se fait copieusement humilier. Et qui paye pour cela. Rendu là, ça n’est plus drôle du tout, mais profondément triste et piteux. Quant à la langue parlée, on est à mille lieues du terrain gagné de 1977, adoption de la célèbre loi 101, à 1992 environ.

Étant donné la grande audience de cet humour, cette langue parlée se transpose partout. On n’a vraiment pas de quoi être fier. Nos humoristes sont très majoritairement des hommes. Rien pour les honorer. En plus s’est créée une mentalité où si tu n’es pas drôle (!) , tu ne passes pas la rampe, jusque dans les homélies. Ce n’est pas qu’il faille être toujours sérieux et froid comme un cadavre. N’a-t-on pas vu le pape Jean XXIII accueillir un important ministre aussi corpulent que lui, en lui disant, large geste à l’appui : « Mais, monsieur, j’ignorais que nous étions du même arrondissement!». Ou Joseph Folliet, prêtre, sociologue et écrivain français : « Heureux celui qui sait rire de lui-même; il n’a pas fini de s’amuser ».

Si l’humour fait rire, il peut tuer aussi. Faudrait-il en user comme des médicaments, avec posologie adaptée : à prendre avec précaution, tenir hors de la portée des enfants, garder à la noirceur, tenir compte des autres médicaments utilisés, etc., et sur prescription de médecins qui en connaissent la teneur et les effets de même que l’état de leurs clients . C’est tout un art.

Les lecteurs ne me trouveront sans doute pas drôle ici. Eh bien, riez de moi! Ce sera toujours autant de pris. Et vous pouvez toujours prendre mes propos comme un cachet (médicament) même si je ne touche pas de cachet (argent)!

André Chalifoux

La religion, une affaire privée?

ChalifouxAndréLa question de la laïcité, qui se pose depuis longtemps et dans un nombre croissant de pays, porte souvent avec elle une importante affirmation : « la religion est une affaire privée », qui doit s’exprimer chez  soi et rester à la maison.  Du moins c’est ce qu’on entend souvent dire.

Les grandes religions, pour se limiter à elles, se sont toujours exprimées publiquement.  Qu’il s’agisse des chrétiens, des juifs, des musulmans, des hindous, ou de croyants de toute autre dénomination, de tout temps les croyants ont employé des formes d’expression publique. Elles vont de la prière, du culte, des manifestations de foule, aux arts, aux bâtiments et aux formes de communications anciennes et modernes, comme autant de moyens d’affirmer clairement la foi en dehors du domaine privé.  C’est qu’une foi, réelle et sincère, qui doit d’abord être personnellement et privément bien intégrée chez un croyant, est toujours prégnante d’extériorisation et de partage.  Quelqu’un qui croit vraiment sera naturellement amené à partager sa foi, et, éventuellement, à convaincre d’autres d’y adhérer.  Elle devient passion bouillonnante qui tend à déborder.  Une foi s’exprime d’autant plus fortement, tant en public qu’en privé, qu’elle sera vraiment intégrée dans la vie personnelle.  C’est vrai pour un individu, c’est vrai pour un groupe.

La Déclaration universelle des droits de l’homme affirme :   «Toute personne a droit à la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu’en privé… » . Non seulement cette Déclaration reconnaît-elle la légitimité et la normalité pour la religion d’être et de s’afficher publiquement, mais elle fait obligation à tous de respecter ce caractère public.  Cela s’applique autant aux tenants de la laïcité, même les plus intransigeants, qu’à toute autre personne. 

Quant aux chrétiens, Jésus lui-même leur ordonne : « Allez, de toutes les nations faites des disciples…. et apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé »  (Mt  28, 19-20).  Impossible de reléguer cet ordre au domaine privé, Jésus lui-même, exemplaire là-dessus,  ayant passé sa vie « ministérielle » à proclamer la Bonne Nouvelle tout autant, sinon davantage, en public qu’en privé.

La religion est une affaire privée… et publique !

Et dans ce cas, est-ce que l’État dans son entité fait partie de la sphère publique?  Oui… mais il doit être neutre. Comme disent les évêques du Québec, l’État ne fait pas la promotion de la religion, mais il ne doit pas non plus faire la promotion de l’athéisme: il est neutre!

André Chalifoux

La Charte québécoise !

ChalifouxAndréRappelons l’énoncé exact du projet de loi 60: Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement.

On est déjà épuisé d’en entendre parler alors que projet de loi n’est même pas encore déposé pour la première lecture à l’Assemblée nationale. D’ici à ce qu’il soit éventuellement adopté après étude en commission parlementaire, il s’écoulera encore beaucoup de temps.  Patience!

Un premier point agaçant.  Lorsque qu’on questionne les politiciens, les groupes sociaux, ou religieux ou autres, ou encore les individus,  on leur demande globalement : êtes-vous pour ou contre la charte? Et ils répondent à peu près toujours, globalement eux aussi : nous sommes pour ou nous sommes contre, sans faire de distinction entre les différentes parties de la charte qui comprend pourtant cinq volets. Il faudrait qu’on le dise clairement et dans la question et dans la réponse.  Car presque tout le monde est d’accord avec la plus grande partie de la charte, jusqu’à 85% du contenu selon certains. Là où il y a désaccord, c’est sur la question de la laïcité, et dans cette question, sur le port de signes religieux ostentatoires plus spécifiquement, et encore plus particulièrement sur le voile islamique, tous ces points portant à conséquence.

On sait que le parti québécois a durci sa position, le parti libéral l’a adoucie, se rapprochant de la CAQ  qui, elle, se rapproche beaucoup des recommandations de la Commission Bouchard-Taylor.  Saura-t-on faire les pas nécessaires ?

Pour y voir plus clair, bon nombre d’intervenants demandent au ministre responsable de rendre publiques les données concrètes sur lesquelles il base ses propositions, comme, par exemple,  le nombre de cas possibles de refus d’abandon des signes religieux ostentatoires. Il n’y a pas non plus d’études sur les conséquences des réformes proposées, qu’on pourrait prévoir très importantes. Là-dessus on reste dans le noir, en préférant s’en tenir, semble-t-il, à de  simples perceptions d’accueil – ou non – de la charte. En effet, selon les commentaires reçus par courriel, 47% sont favorables en général et 21% favorables avec modifications, pour un total de 68%.  Cela peut donner vite bonne conscience, mais est-ce suffisant?

Autre point.  On parle de la séparation de l’Église et de l’État, en sous-entendant souvent « Église catholique ». On devrait dire séparation des  Églises et de l’État et même, plus largement, « des religions et de l’État » comme le dit explicitement le projet de loi à l’article 15.4.  C’est plus juste.

Où se situent les positions prises en milieu catholique? L ’Assemblée des évêques du Québec est d’accord avec plusieurs points majeurs de la charte, notamment la neutralité de l’État.  Mais sur la laïcité elle rappelle la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a droit … à la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »  Les évêques disent également : « Il ne faut pas de religion officielle, mais pas d’athéisme officiel non plus. »  Quant au crucifix à l’Assemblée nationale ils rappellent que « le crucifix est  bien plus qu’un objet patrimonial ou un symbole, il est l’expression d’une foi…  C’est aux élus de prendre la décision de le garder ou non, puisque ce sont les élus qui l’ont placé là. »

Pour sa part, un groupe de 38 communautés religieuses prend une position semblable à celle des évêques en précisant :  « Nous avons de sérieuses réserves sur l’interdiction aux personnes travaillant dans les garderies, les institutions d’enseignement, les institutions de santé et de services sociaux de porter des vêtements manifestant leur appartenance religieuse….  La charte empiète  sur un droit fondamental en risquant de faire perdre l’emploi qui leur permet justement de vivre un processus d’intégration à notre société ».

 Si les partis politiques n’arrivent pas à s’entendre sur la charte à cent pour cent, pourquoi ne pas  adopter tout ce sur quoi on s’entend : ce serait déjà un progrès  énorme, quitte à revoir plus tard la charte selon les expériences vécues.

André Chalifoux

Laïcité en éducation; petit retour en arrière avec un cas vécu!

ChalifouxAndréLe projet de charte des valeurs québécoises provoque une avalanche de réactions. Il  paraît bon de rappeler l’évolution de la laïcité dans le monde de l’éducation à partir de ce qui a été vécu dans mon petit milieu, pourtant semblable à beaucoup d’autres. 

Ordonné prêtre en 1962, j’ai connu le Concile Vatican II (1962-1965), le Rapport Parent sur la réforme du système scolaire au Québec (1963-1965), les grands changements sociaux, politiques  et économiques des années 1960 et 1970. J’aimerais seulement faire un petit retour en arrière à partir de quelques événements et regarder le climat dans lequel les changements se sont effectués.

La laïcité à partir de la propriété et du changement du contenu religieux dans l’éducation

Le croirait-on?  Déjà le Rapport Parent parlait de la possibilité d’écoles neutres au plan religieux.  Mais dans ces années-là, la déconfessionnalisation du nouveau « Ministère de l’éducation » et la grande réforme du système scolaire ont amené une évolution assez rapide sur certains points, qui ont ensuite influencé d’autres milieux. 

Je me souviens très bien de la vente à la Commission scolaire à l’été de1965 du Séminaire Saint-Joseph de Mont-Laurier, la première institution du genre au Québec à avoir été vendue à une commission scolaire, pour devenir école polyvalente secondaire. Très tôt la chapelle du Séminaire a été vidée de son contenu religieux pour devenir gymnase, plus tard converti en bibliothèque.  Et l’École normale des filles, tenue par les Soeurs de Sainte-Croix, a également été vendue en 1966 à la Commission scolaire pour devenir un centre d’éducation pour les adultes.

Les prêtres restés à la polyvalente pour assurer une présence religieuse vont passer du statut d’aumônier des étudiants à animateurs de pastorale, remplacés plus tard par des laïcs sous le titre d’agents de pastorale scolaire. En 1983, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec a demandé que la préparation immédiate aux sacrements passe de l’école aux paroisses. Enfin, au début de ce siècle, les commissions scolaires et les écoles (sauf exception) sont devenues non confessionnelles et l’enseignement religieux a été abandonné.

Abandon des signes religieux ostentatoires en milieu scolaire

J’ai entendu ces jours-ci plusieurs journalistes affirmer que le Concile Vatican II avait demandé aux prêtres et aux religieux et religieuses de ne plus porter d’habit religieux.  C’est tout à fait faux! 

Dans les faits, chez-nous, les prêtres restés à l’emploi de la Commission scolaire – j’étais du nombre – se sont demandé au moment de la rentrée scolaire de 1965: allons-nous encore porter la soutane ou l’habit clérical à la manière un peu laïque (le clergyman)?  Nous avons décidé unanimement d’abandonner la soutane. Les religieux frères, professeurs à la polyvalente, n’avaient de signe religieux que leur épinglette identificatrice fixée  au veston. Quant aux religieuses, elles avaient déjà commencé à modifier leur costume: raccourcissement de la jupe, abandon des cornettes et  des guimpes.  Restaient un bandeau sur le front, un voile court et une jupe qui identifiaient  telle communauté, avec leur épinglette-logo. Puis elles ont assez rapidement adopté un costume civil.

Une transition plutôt tranquille

Dans mon milieu tout cela s’est fait sans heurt particulier. Il y a bien eu un certain vent de laïcité particulier, aux alentours de 1970, lorsqu’un professeur de la polyvalente a fait pression pour que soit enlevée la statue de saint Joseph de sa niche située en haut de la grande tour de la polyvalente   – laquelle a toujours gardé le nom de « Saint- Joseph »  – sous raison qu’elle pouvait tomber sur la tête de gens. Ce n’était en fait qu’un prétexte.

Seuls les prêtres en paroisse ont mis plus de temps à enlever la soutane. Les prêtres du diocèse envoyés en mission au Brésil sans les années 1960 ne portaient pas d’habit clérical, non plus que les trois envoyés aux études en Europe en 1967 et 1968. Même les moniales bénédictines ont modifié leur habit à cette époque.

C’est dire que, dans mon petit milieu, l’évolution vers la laïcité s’est faite graduellement et sans heurt important au cours des cinquante dernières années. Sans doute y a-t-il eu quelques tensions entre générations et certaines critiques sur l’abandon de l’enseignement religieux dans les écoles.  Mais rien de majeur grâce à une grande dose de bonne volonté des diverses personnes concernées.

Le projet de charte des valeurs québécoises semble vouloir boucler la boucle d’une laïcité que, pour ma part, je souhaite ouverte.

André Chalifoux

La fraternité a gagné!

ChalifouxAndréDans le cadre des activités au programme du centenaire de notre diocèse, avait lieu à Rivière-Rouge le 6 juillet dernier, de 9h à 13h, le Brunch familial diocésain avec la participation de notre évêque, Mgr Paul Lortie.

 Plusieurs de ces activités étaient plutôt d’ordre liturgique. Celle du 6 juillet avait une tout autre couleur et nécessitait une organisation très différente pour vivre tout spécialement la dimension « fraternité » qui fait partie, comme on sait, des quatre pôles de la vie chrétienne. On oublie parfois qu’en pratique cette dimension rejoint ce que déjà les Actes des apôtres faisaient remarquer à propos des premiers chrétiens:  « Ils s’appliquaient fidèlement à vivre dans la communion fraternelle« . (Act 2, 42)  Et on oublie qu’être fraternel c’ est aussi chrétien que de prier. 

Pour le brunch familial, il s’agissait de faire se rencontrer, au nom de leur foi et de leur appartenance à une même communauté diocésaine, des fidèles des quatre coins du diocèse en y incluant spécifiquement des enfants. Ce n’était pas évident par une belle journée chaude d’été où la piscine ou le lac pouvait avoir beaucoup plus d’attrait que de se retrouver à l’intérieur d’un aréna à partager un simple repas avec, pour beaucoup, des inconnus. Car, par exemple, Gracefield est bien loin de Sainte-Agathe-des-Monts, et Notre-Dame-du-Laus de Sainte-Anne-du-Lac. Mais un lien unissait les participants : tous des catholiques d’un même du diocèse à répondre à l’appel du Comité du centenaire et particulièrement de l’évêque, qui, au cours du brunch, a su intervenir de façon très pastorale pour rappeler la dimension chrétienne de ce brunch. 

L’organisation de la journée a été  remarquable, notamment pour rejoindre les enfants. Tout a concouru à vivre la fraternité et à faire un franc succès de cette activité, grâce à l’implication d’une grande équipe sous l’excellente animation de Claude De Grandpré. Une telle activité nous fait aussi nous rendre compte que pour vivre la fraternité, il faut se donner de la peine, y mettre du temps, faire confiance, comme pour illustrer les autres aspects de la vie chrétienne. 

Les prévisions les plus optimistes du Comité du centenaire se chiffraient à 500 participants. Ce nombre a été heureusement dépassé, dont la participation remarquable d’une grande ribambelle d’enfants.  Les participants au brunch vont sûrement se rappeler de cette activité qui donne de l’espérance. Au-delà des difficultés rencontrées en cours de route pour l’organisation, au-delà des inquiétudes à propos du nombre de participants et d’un déficit financier prévisible, c’est la fraternité qui a gagné. Et avec elle, tout le diocèse. Cela n’a pas de prix!

André Chalifoux

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