Place aux jeunes… vraiment?

L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois sur la scène politique québécoise dans les dernières semaines a suscité de toute part des commentaires à la fois positifs et négatifs. D’un côté, le parti Québec-Solidaire a vu ses membres officiels augmenter de 40% en 5 jours; de l’autre, on se plait à qualifier ce jeune fonceur d’écervelé, d’inexpérimenté et de « trop jeune » pour être député et diriger, éventuellement, un parti politique. C’est vrai, GND n’a que 26 ans. C’est vrai, GND a été reconnu coupable de désobéissance civile dans une situation, je vous le rappelle, assez délicate merci où plusieurs politiciens avaient encouragé les revendications étudiantes. C’est vrai, GND a peu d’expérience en politique. Malgré tout, peut-on lui laisser une chance? Peut-on lui laisser l’opportunité de faire ses preuves et d’acquérir son expérience? Je ne prendrai pas ma carte de membre de Québec-Solidaire et je ne voterai pas pour GND, néanmoins, je trouve admirable que dans le contexte actuel, un jeune de 26 ans veuille se lancer en politique active et soulève des interrogations sur la manière dont on fait la politique de nos jours. La société actuelle se donne bonne conscience en disant que les jeunes sont l’avenir et qu’il faut leur permettre de se réaliser pleinement, mais le discours est parfois tout autre quand nous arrive un jeune avec de l’ambition, un feu qui le pousse intérieurement à l’action et de nouvelles idées qui pourraient changer nos habitudes et nos manières de faire.

Cette situation, je constate qu’il est facile de la transposer dans la vie de l’Église. Que de peur, que de crainte quand vient le temps de faire une place aux jeunes. Pourquoi? Parce qu’un jeune ça ne pense pas comme nous. Parce qu’un jeune va vouloir changer certaines choses. Parce qu’un jeune va vouloir exposer son point de vu ou sa manière de voir certaines choses. Au fond, je pourrais résumer tout cela en une simple phrase : Les jeunes et leurs idées dérangent. Et pourtant, si on les écoutait un peu… J’ai été triste un jour d’entendre quelqu’un dire : « 27 ans, c’est trop jeune pour être curé, on en veut pas » Savez-vous combien de paroisses seraient heureuses d’avoir un jeune prêtre dynamique qui est tout feu tout flamme pour se réaliser pastoralement?

C’est à 25, 30, 35 et 40 ans qu’on a la force de mettre sur pied des projets, qu’on a l’audace de les réaliser et le courage de les rendre à terme. Dire qu’on ne veut pas d’un prêtre parce qu’il a 27 ans, parce qu’il n’a pas d’expérience ou parce qu’il veut trop se réaliser, c’est dire qu’on ne veut aucun changement dans notre petite vie confortable jusqu’à ce que le dernier qui sorte de l’église ferme la lumière et verrouille la porte. Quand allons-nous faire confiance aux jeunes pour leur confier des responsabilités? Quand allons-nous croire qu’ils sont capables de réaliser de grandes et belles choses? Ce ne sera pas parfait du premier coup. Ce ne sera pas fait à notre manière. Il y aura sans aucun doute des erreurs de parcours. Néanmoins, c’est par les échecs qu’on acquiert l’expérience. C’est par l’expérience qu’on acquiert la confiance. C’est par la confiance qu’on réussi à réaliser nos projets.

Je termine en rappelant quelques faits historiques : En 1209, François d’Assise fonde l’Ordre des franciscains, il a 28 ans. En 1428, Jeanne d’Arc dirige les armées de France, elle a 17 ans. En 1564, Charles Borromée est nommé archevêque de Milan, il a 26 ans et entreprend la plus grande réforme du temps dans son diocèse. En 1632, Paul Chomedey de Maisonneuve fonde la ville de Montréal, il a 30 ans. En 1759, le général James Wolf dirige les troupes britanniques et remporte la bataille des plaines d’Abraham, il a 32 ans. En 1837, Victoria de Kent devient chef de l’Empire britannique, elle a 18 ans. En 1976, Steve Jobs fonde la compagnie Apple, il a 21 ans. En 2004, Mark Zuckerberg fonde Facebook, il a 20 ans. Trop jeune? Sans expériences? Je ne saurais trop dire… Qu’en pensez-vous?

Jean-François Roy

Brian !

jeanfrancoisJe l’ai rencontré au coin de la rue Sainte-Catherine et de la rue Peel, en plein centre-ville, juste en face du magasin de musique et de films HMV. Il était assis par terre, en fait assis sur une boîte de carton démontée, le dos appuyé contre le mur de la boutique Roots Canada. Il avait une tuque bien enfoncée sur la tête, elle était verte. Il portait une couverture sur les épaules, vous savez ces petites doudous de molleton? Il tenait un verre de Tim Horton vide entre ses mains. Brian ne demandait rien. Brian ne disait rien. Brian ne regardait personne. Il avait les yeux fixés au sol, enveloppé dans la honte, je suppose. Dans la honte d’avoir perdu une partie de sa dignité humaine et de devoir mendier la charité pour manger. D’autres nous interpellent. D’autres nous demandent de l’argent. D’autres sont insistants. Lui, non. Brian attendait simplement que la bonté se manifeste au cœur d’un passant ou d’une passante. Il n’attendait rien et il attendait tout en même temps. Mendiait-il vraiment pour de l’argent? Pour manger? J’ai pensé qu’il mendiait d’abord pour le réconfort, pour la tape sur l’épaule ou encore pour un simple sourire. Brian est jeune. Je ne lui donne pas 25 ans. Il a des origines asiatiques. Si on s’était croisé tout bonnement dans la rue, je me serais passé la réflexion qu’il est un étudiant universitaire, qu’il doit être brillant et qu’il doit réussir tout ce qu’il entreprend. Brian était peut-être étudiant universitaire. Brian réussissait peut-être tout ce qu’il entreprenait. Puis un jour l’échec. L’échec scolaire? L’échec amoureux? L’échec de subir la pression des autres? L’échec de subir sa propre pression? L’échec de ses attentes personnelles trop élevées? L’échec de ses relations familiales? L’échec de l’échec peut-être?

Il faisait froid. J’avais froid. Il devait avoir froid, assis-là, par terre. Je lui ai fait un sourire. Il m’a regardé avec un air triste. De la douleur dans les yeux. De la douleur dans l’âme. Je suis passé tout droit. De la douleur dans les yeux. De la douleur dans l’âme. J’ai passé deux coins de rue. J’ai trouvé le premier Tim Horton. J’ai acheté un grand chocolat chaud et un muffin aux carottes, puis j’ai rebroussé chemin. Il était recroquevillé. La tête entre les jambes. La couverture par-dessus la tête. Il pleurait, je crois. Je lui ai mis la main sur l’épaule. Il a relevé la tête. Je lui ai souri, lui ai donné ce que j’avais acheté pour lui et suis reparti. Sans rien dire, comme lui. J’ai respecté son silence. J’ai respecté sa tristesse. J’ai respecté ce qu’il était.

Quelques jours plus tard, j’ai fait de même. Le même Brian. La même tuque verte. La même couverture de molleton. La même honte dans les yeux. Le même silence. Il regardait vers le sol. Il ne m’a pas vu passer. J’ai fait deux coins de rue. J’ai acheté un grand chocolat chaud et un sandwich, puis j’ai rebroussé chemin. Cette fois, il me regardait venir. Il m’a souri. Il m’a demandé mon nom. Je lui ai demandé le sien. Il m’a dit merci. Il m’a dit qu’il me reconnaissait. Il m’a dit qu’il était content de me revoir. Je lui ai mis la main sur l’épaule. Je lui ai dit d’être courageux. Je lui ai dit que j’allais repasser. Il m’a souri. Je suis parti. Je ne sais rien de son histoire. Je ne sais rien de lui. Je sais seulement qu’il est humain, et cela me suffit. Il ne sait rien de moi. Il ne sait pas que je suis prêtre. Il ne sait pas que je suis chrétien. Il ne sait pas que j’ai la foi. Il n’a pas besoin de le savoir. Il sait que je suis humain, et cela lui suffit. Nous sommes humains, cela ne pourrait-il pas toujours nous suffire?

Brian a disparu. Je ne l’ai pas vu depuis plus d’une semaine. Je ne le connais pas, et pourtant je suis inquiet. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais le revoir. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais lui parler. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais l’encourager. J’espère qu’il va bien. J’espère qu’il n’a pas de problème. J’espère qu’il est entre bonnes mains. Il est humain, et cela me suffit.

Jean-François Roy

Chronique d’un pays lointain !

jeanfrancoisDepuis octobre dernier, me voici au cœur d’une autre culture, dépaysé, privé de mes repères habituels. C’est parfois heureux; très heureux. C’est parfois difficile, et même parfois souffrant. Être déraciné de son pays n’est jamais une chose facile. Dans ma prière, je pense à tous ses immigrants qui quittent leurs pays dans des conditions épouvantables, leurs pays en guerre, en proie à la violence et aux troubles. Ils quittent leurs pays pour une terre inconnue, pour un monde inconnu, pour une culture inconnue. Ils quittent leurs pays souvent sans ressources, sinon avec la seule vertu qui leur reste : l’espérance. L’espérance d’une vie meilleure, l’espérance de vivre en sécurité, l’espérance que l’être humain porte en lui la dignité fondamentale d’être enfant de Dieu et de pouvoir vivre comme tel. Alors, devant Dieu, je baisse humblement la tête, dans la honte de lui avoir demandé : Pourquoi m’as-tu envoyé si loin? À ma grande surprise, voici que Dieu me répond. Non pas en me disant que je suis ingrat de me plaindre de la sorte, mais en ouvrant mes yeux à toutes les richesses que cette expérience m’apporte quotidiennement. Non pas en me disant que je manque de foi et de confiance, mais en ouvrant mon cœur à la réalité de l’universalité et de la pluralité de l’Église.

Comme tous les pays sud-américains, la Colombie est en grande mutation politique, idéologique et religieuse. Les débats éthiques, politiques et culturels que nous vivons au Nord, elle les vit également peu à peu, quotidiennement, au fur et à mesure qu’elle s’ouvre au monde : avortement, mariage de conjoints de même sexe, adoption d’enfants par des conjoints de même sexe, aide à mourir, laïcité. Les Colombiens sont-ils plus conservateurs sur ces questions? La réponse est non. Tout comme chez nous, la plupart des gens montrent une ouverture et un accueil plutôt favorable à ces idées modernes qui font peu à peu leur chemin. En ce cas, où donc est la différence entre eux et nous? Pourquoi les églises sont-elles remplies et pourquoi dit-on des Colombiens qu’ils sont un peuple de croyants? Tout simplement parce que les Colombiens n’abandonneront jamais l’Église même si elle pense différemment d’eux. Ils ne mettront jamais l’Église au banc des accusés parce que sa vision de la dignité humaine, du respect à la vie et de la famille est différente de la leur.

Le respect des idées va au-delà des débats éthiques et idéologiques, et même en ayant une divergence d’opinion avec l’Église, nous pouvons malgré tout célébrer notre foi. Les Colombiens regardent ce qui les unit, non ce qui les divise; et ce qui les unis par-dessus tout, c’est le Christ et le rassemblement dominical.

Depuis quelques mois, j’ai une nouvelle vision de l’Église, une nouvelle vision de son universalité, une nouvelle vision de sa diversité, une nouvelle vision de sa pluralité. Que me donne cette nouvelle vision? Elle me donne de l’espérance. Elle me donne de faire grandir cette seule vertu qui me reste quand je m’assois devant Dieu et lui demande : Pourquoi m’as-tu envoyé si loin?

Jean-François Roy

Comme le disait Winston Churchill !

jeanfrancoisWinston Churchill, la forteresse inébranlable de la Seconde Guerre mondiale, l’image par excellence de la résistance et l’apôtre de l’espérance. Il avait bien raison quand il déclarait : « Il n’y a rien de négatif dans le changement. Par contre, comment savoir si le changement se fait dans la bonne direction? ».

Nos vies sont pleines de surprises, remplies de côtes abruptes et moins abruptes, de courbes et de détours. Parfois, le Seigneur nous appelle. Avons-nous la force de répondre ? Avons-nous le courage du changement ? Je suis, de nature, une personne heureuse dans la stabilité et la routine. Mais voilà que depuis quelques années, je ressentais à l’intérieur de moi une voix qui m’appelait à relever de nouveaux défis dans la mission pastorale. « Non, Seigneur! » lui disais-je, « je n’ai pas les forces de changer, la force de me départir de mes biens et de quitter ma vie tranquille. Pourquoi moi, Seigneur? Pourquoi me demandes-tu cela?». Et finalement, j’ai trouvé la réponse : « Parce que c’est le chemin de ta vie! »

Voilà qu’après plusieurs années de discernement et de prière, j’ai décidé de faire le saut, et j’ai décidé d’oser le changement. Dans quelques mois, je partirai avec la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice pour la Colombie, en Amérique du Sud, afin de goûter à la culture latino-américaine et de poursuivre mes études en théologie à l’université pontificale bolivarienne. Moi, missionnaire! Qui l’eût cru? Dieu nous réserve souvent des surprises!

Au cours des deux prochaines années, c’est sur la culture et la vie de l’Église colombienne que je rédigerai mes blogues, en espérant que ceux-ci vous permettront de constater que l’Église est toujours vivante et rayonnante malgré tout ce qu’on peut en dire chez nous!

Hasta pronto e buenas vacacciones!

Jean-François Roy

« Se marier dans le nord : une expérience hors du commun! »

RicherMarcJe paraphrase, en changeant la direction de la boussole, le titre d’un article paru récemment dans un hebdo de notre région. On aura compris qu’on y a fait la description d’un mariage civil célébré sur une plage dans un pays beaucoup plus au sud qu’ici !

Vous connaissez probablement un couple d’amis et même de votre parenté qui a acheté un forfait semblable pour leurs noces? Une de mes nièces a opté pour ce « tout-inclus » d’un mariage dans le Sud. Va sans dire que « mon oncle curé » n’était pas inclus dans le forfait!

J’écris ce blogue alors que nous avons transmis au secrétariat général de la CECC (Conférence des Évêques Catholiques du Canada) le rapport de notre diocèse concernant la consultation menée à travers l’Église universelle en vue du prochain synode des évêques qui se tiendra à Rome en octobre prochain. Le thème du synode est : « La vocation et la mission de la famille dans l’Église et dans le monde contemporain ». Il me plait de signaler qu’au-delà d’une vingtaine de personnes engagées dans notre Église diocésaine, évêque, prêtres, diacres, laïques, ont collaboré à la rédaction de cette consultation synodale.

J’écris ce blogue une semaine après avoir eu le bonheur de célébrer avec Véronique et Frédéric leur sacrement de mariage. En ce samedi de mars, la neige tapissait le parvis de la cathédrale à Mont-Laurier. Le tapis rouge déroulé dans l’allée centrale pour cet heureux évènement traçait la voie aux futurs époux pour se rendre au pied de l’autel. Le sanctuaire de la cathédrale a été transformé en chapelle intimiste, puisqu’une quarantaine d’invités avaient été conviés.

Paraphrasant à nouveau le titre de l’article de l’hebdo, j’affirme que cette célébration du sacrement de mariage a été une expérience hors du commun! Si vous aviez vu le regard des quatre jeunes enfants des mariés qui étaient sidérés d’admiration en voyant leur maman faire son entrée au bras de leur grand-père maternel. Au moment de l’échange des consentements et de l’échange des alliances, les quatre petits garçons étaient debout, tout près de leurs parents. Ils ont été les témoins privilégiés de la promesse d’amour et de fidélité que leurs parents se sont échangée avant de recevoir la bénédiction nuptiale que j’ai conclue en traçant sur le front des nouveaux époux et de leurs quatre enfants, le signe de la croix.

Si tous les mariages chrétiens ne font pas l’objet d’un article de journal, pour tous ces couples amoureux de notre diocèse qui font confiance à leur Église, et qui célébreront aux cours des prochains mois leur sacrement de mariage à leur église paroissiale, que ces quelques mots soient la plus belle « publication des bans »!

Que le Christ ressuscité renouvelle sans cesse la grâce du : « Oui mon amour, et pour toujours! » Alléluia!

Marc Richer

Papaoutai ou les pelures de banane du pape François !

jeanfrancoisPapaoutai, ça vous dit quelque chose? Cette chanson de l’artiste belge Stromae a tourbillonné dans nos oreilles une bonne partie de l’été 2014, et je suis certain qu’elle vous est souvent restée dans la tête des journées entières. Quand on lit le titre de cette œuvre  on se demande où Stromae est allé chercher ce mot, mais on se rend compte assez vite, pendant la chanson, que le mot Papaoutai est utilisé en trompe-l’oreille pour dire : « papa où t’es ? » Stromae, un artiste qui pose des questions à la société dans une chanson qui traite de l’absence du père dans la vie de ses enfants.

À la fin du mois de janvier et au début du mois de février, le pape François a relevé le même problème lors des audiences publiques du mercredi. Il a évoqué les problèmes provoqués par l’absence du père dans la société : « Les enfants sont orphelins en famille, parce que les papas sont souvent absents, même physiquement de chez eux, mais surtout parce que, lorsqu’ils sont là, ils ne se comportent pas en pères. » Problème réel ? Sans doute que oui, vu le nombre d’enfants « sans père » que j’ai baptisés depuis mon ordination, il y aura bientôt 5 ans. Je ne juge pas, je constate ! En évoquant ce problème dans la société, le pape François ne s’attendait sans doute pas à glisser sur sa première grosse pelure de banane. C’est arrivé lors de sa deuxième catéchèse sur le sujet.

Tout le monde aime le pape François parce qu’il se fait proche des gens, qu’il les rejoint dans leur vie quotidienne, parce qu’il n’est pas timide et n’a pas peur de dire les choses, parce que rien ne semble formel avec lui, parce qu’il ne semble jamais faire de la haute théologie, parce qu’il sort souvent de son texte quand il parle aux gens… Et je suis sensiblement d’accord avec tout ça. Par contre, quand on parle au nom d’une institution, quand un simple mot a le pouvoir de chavirer le monde médiatique qui cherche toujours le moindre fil de couleur qui dépasse du vêtement blanc; très Saint-Père, il faut faire attention.

Ce jour-là, en sortant de son texte comme il le fait régulièrement, François a déclaré qu’ «un bon père sait attendre et pardonner, mais aussi corriger avec fermeté. Il n’est ni faible, ni laxiste, ni sentimental. Une fois dans une réunion, j’ai entendu un père déclarer: ‘je dois parfois frapper un peu mes enfants. Mais jamais sur le visage pour ne pas les humilier’. Cela, c’est beau, il a le sens de la dignité. Il doit punir, et le fait de manière juste ».

Il s’est fallu de peu de temps pour que la communauté internationale réagisse. D’abord l’Allemagne, puis le Royaume-Uni, jusqu’au chef d’État de l’Irlande qui a publié une lettre ouverte dans les journaux. Les arguments se tiennent : comment le représentant d’un État qui a signé la convention internationale sur la protection de l’enfance peut-il déclarer de pareilles choses ?

J’ai été un peu peiné de la situation, parce que je me dis qu’au cours des dernières années, l’Église a suffisamment été éclaboussée dans sa manière de voir et de gérer les choses dans ses relations avec les enfants. Ceci dit, cette pelure de banane me donne à réfléchir, puisque je pourrais moi-même, à tout moment, risquer de mettre le pied dessus par accident.

Dans la vie, du moment où chacune de nos paroles est en mesure de faire du tord à l’institution que nous représentons, je crois que nous avons le devoir moral de réfléchir et de peser chacune de nos phrases. Qu’on soit pape, évêque, prêtres, président d’un mouvement, chef d’État ou ministre, nous ne parlons jamais pour nous-mêmes devant les gens, mais au nom de l’institution que nous représentons. Souvenons-nous en toujours, c’est un principe à ne jamais oublier.

Jean-François Roy

Un roi partit en guerre contre un autre roi !

jeanfrancois« La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal! » Chers lecteurs, sortez cette réplique à un jeune de ma génération – parce que malgré l’apparition de mes premiers cheveux blancs, je me considère encore comme un jeune ! – et d’emblée, un sourire apparaîtra sur ses lèvres, une profonde nostalgie envahira son cœur et une envie presque vitale de revoir ce film d’André Melançon se manifestera aussitôt.

La guerre des tuques a bercé des années durant mes vacances de Noël, et je dois vous confier secrètement que du haut de mes 30 ans (en passant, le film à le même âge que moi!), ciné-cadeau demeure un moment très réconfortant dans ma vie, surtout quand je suis bien emmitouflé dans une doudou, un christmas tea au creux des mains. Le temps passe, je vais célébrer mon 31ième Noël, mais la réplique reste, et est toujours d’actualité : « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! »

 Aujourd’hui, c’est le 11 novembre. Aujourd’hui, on se souvient qu’il y a eu une grande guerre il y a de cela exactement 100 ans. Aujourd’hui, on se souvient que le Canada y a pris part, activement. Aujourd’hui, on se souvient que l’assassinat de François-Ferdinand de Habsbourg, Archiduc d’Autriche, a causé plus de 18 millions de morts sur la planète. Quand j’y pense! Un meurtre politique qui entraine 18 millions de morts! Aujourd’hui, je me souviens… Aujourd’hui, je me souviens… que le Canada est en guerre contre l’État Islamique!

Est-ce que cette guerre est plus juste que celle dont nous célébrons l’amnistie aujourd’hui ? Je laisse ça aux politicologues et aux moralistes, mais une chose est certaine, selon moi, le Canada se devait d’intervenir afin de protéger les droits, la liberté et la dignité de la personne humaine, et ce, malgré tout ce que les grands idéalistes de la société peuvent en dire.

Parfois, il devient légitime d’arrêter l’agresseur injuste. Je ne dis pas ici bombarder ou faire la guerre, mais arrêter. Les moyens par lesquels l’agresseur doit être arrêté doivent toujours être évalués, et la manière de stopper l’ennemi est aussi importante que le résultat qui en découle. « Quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix. » (Lc 14, 31-32) La guerre peut être juste, elle n’est pas obligée d’être sanglante !

La réplique de La guerre des tuques prend alors tout son sens : « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! »

Jean-François Roy