Fatima

Ce mot, Fatima a une résonnance et une signification importante pour deux des grandes religions du monde : l’Islam et le catholicisme romain. Pour la première, ce nom réfère à la fille du prophète : «Considérée par Mahomet comme la reine des femmes du Paradis, il s’agit de l’un des personnages féminins les plus symboliques de la religion musulmane

Après la conquête arabe de la péninsule ibérique, incluant donc le Portugal, ce nom a été donné par les occupants à un petit village au centre du pays. Le territoire étant redevenu chrétien au 12e siècle, le nom est resté inchangé. La petite localité est devenue célèbre en 1917 par les apparitions répétées de la Vierge Marie à trois petits bergers : François et sa sœur Jacinthe et leur cousine Lucie. Les deux premiers sont décédés deux ans après ces manifestations extraordinaires : en 1919 lors de la terrible épidémie de grippe : appelée ‘Grippe espagnole’ qui fit plusieurs millions de morts à travers le monde. Leur cousine Lucie, est devenue religieuse et est décédée seulement en 2006 après avoir rencontré à quelques reprises le pape Jean-Paul II qui avait une très grande dévotion à la Vierge Marie ( on se rappelle le M de ses armoiries) et après l’attentat dont il a été victime en 1981, il a attribué sa survie à la protection de la Vierge de Fatima et plus tard, il a remis au sanctuaire portugais la balle qui s’est logé dans son corps en manquant de très peu un organe vital… Cette balle a été insérée dans la couronne offerte au sanctuaire par un groupe de femmes en 1942 pour remercier le ciel d’avoir protégé le pays lors de la deuxième guerre mondiale, dont le Portugal fut épargné. «Cette couronne réalisée gratuitement par 12 artisans joaillers a été officiellement déposée sur la tête de la statue de la Vierge le 13 mai 1946 par le cardinal Benedetto Aloisi Masella, légat pontifical de Pie XII. Cette couronne « de reine » fait référence à la décision du roi Jean IV du Portugal, en 1646, de proclamer la Vierge Marie « reine et patronne du Portugal » »… «L’évêque fait alors enchâsser la balle dans la couronne de la Vierge de Fátima, où, au dire du joailler, « elle s’insère parfaitement dans un espace resté libre (lors de sa réalisation en 1942) »

Le pape François s’est rendu à Fatima le 13 mai 2017, à l’occasion du centenaire de la première apparition : pour canoniser François et Jacinthe, qui avaient été béatifiés par le pape Jean-Paul II en l’an 2000.

Le petit village est devenu un lieu célèbre dans le monde entier et l’un des principaux centres de pèlerinage marial. Pour ma part, j’ai eu le privilège d’être ordonné prêtre à l’église Notre-Dame-de-Fatima de Ste-Agathe-des-Monts en 1988. Cette église est maintenant fermée au culte.

Le message principal qu’il faut retenir de Fatima est sûrement les appels de la Vierge :

1) à la prière intense et à l’adoration qui « transforme la foi en espérance et en amour » et qui fait référence à la prière de l’ange de Fatima « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne Vous aiment pas » et

2) à la pénitence pour la réparation des offenses faites au Créateur par des créatures qui ignorent ses bontés… «Cette réparation est un acte d’amour vécu non comme une imposition, mais comme « un acte libre d’amour de celui qui veut rendre heureux l’être cher, par qui il se sent infiniment aimé »

(Les citations ont été empruntées à un article de Wikipedia sous l’appellation : Notre-Dame-de-Fatima et qui sont souvent elles-mêmes empruntées aux Archives du Sanctuaire de Fatima)

Jean-René Sirois

«Voyez comme ils s’aiment…»

SiroisJean-RenéCette petite phrase écrite par l’auteur du livre des Actes des apôtres, relatant les circonstances et les actes des premiers disciples et donc les débuts de l’Église, a traversé les siècles et a été comme un leitmotiv qui a alimenté la foi et les œuvres d’amour que ces disciples ont inaugurées.

«Voyez comme ils s’aiment…» On peut encore, heureusement, le dire à haute voix aujourd’hui… L’amour a bien des facettes et surtout, il n’y a pas de limites à son expression. La fête de «la Saint-Valentin» chaque année vient rappeler à bien des personnes que sans amour, on ne vit pas… Il y a tellement à dire sur ce thème essentiel à la vie elle-même…

Quelqu’un disait récemment : «Dieu n’a pas besoin de nous, s’Il nous confie une mission, c’est uniquement parce qu’Il nous aime…» Se peut-il qu’on puisse demander quelque chose à quelqu’un avec et par amour?… Pour les chrétiens, on reconnaît que l’Amour est censé être leur marque distinctive… Si on demande à quelqu’un aux connaissances bibliques minimales, s’il peut citer un seul texte qui exprime le mieux les enseignements de Jésus, les chances sont grandes que ce sera cette citation : «Aimez-vous les uns les autres…» Ce thème de l’amour du prochain occupe de fait une place très importante dans tout le Nouveau testament, incluant les lettres de saint Paul; et dans l’Évangile de Jean elle revient plusieurs fois dans la bouche de Jésus dans ce que l’on appelle ‘La prière sacerdotale…’ (Jn ch. 14 à 17).

Mais, cela n’est pas exclusif à la foi chrétienne, loin de là… Si on peut retirer quelque chose de bon de la terrible tragédie de Québec à la fin de janvier, c’est bien les nombreux et édifiants témoignages de compassion des Québécois de toutes confessions à l’endroit des personnes éprouvées et spécialement les membres de la communauté musulmane de Québec. En échange, ceux-ci ont fait montre de tout autant de grandeur d’âme et de valeurs spirituelles vraiment édifiantes. Cette malheureuse tragédie a fait faire chez-nous des pas de géants à la tolérance mutuelle secondaire à une meilleure connaissance de la vérité de ce que nous sommes profondément les uns et les autres et a permis de changer la perception tellement déformée de cette réalité par les demi-vérités, voire les mensonges, les préjugés, les ‘qu’en-dira-t-on’, les flash et les aperçus éphémères transmis par les médias, qui, par ailleurs ne livrent que ce qui est à leur portée et ce qui se fait voir en façade…

On a pu ainsi constater que ce qui nous unit est beaucoup plus important que nos différences… Nous sommes unis tout d’abord par une même et unique humanité; et ainsi les traits qui nous distinguent sont aussi superficiels et d’importance beaucoup moindre que les sentiments et les pensées profondes qui jaillissent du cœur. Et aussi, cela nous permet de tous nous rejoindre dans une foi commune au même et unique Dieu : à l’origine de tout et qui se rend accessible à tous les humains qui se tournent vers Lui, quelques soient les différentes façons de le faire et qui, somme toute, sont des traits distinctifs davantage attribuables à la culture qu’à la religion.

Qu’on prie Dieu cinq fois par jour en étant prosternés vers la Mecque ou qu’on Le prie en psalmodiant à la manière juive, ou en chantant le Gloire à Dieu des chrétiens ou en se plongeant dans de longues méditations comme chez les Hindous ou les Bouddhistes, ou en offrant des libations aux Ancêtres ou en se reliant à un Esprit non-identifié que l’on reconnaît présent à nos vies, ou en faisant le choix libre de ne faire de tort à personne tout en acceptant d’agir pour le Bien de tous sans se dire relier à une Entité supérieure, ce qui compte par-dessus tout, comme l’Évangile le suggère, c’est ce qu’il y a dans le cœur…

Là, nous pouvons tous nous rejoindre, car là est le siège de l’amour…

Jean-René Sirois

Trump-manie ou Trump-erie?

SiroisJean-RenéRadio Vatican informe que selon un sondage réalisé par CNN à la sortie des bureaux de vote, les chrétiens auraient voté pour le candidat républicain. Sur l’ensemble des protestants, la victoire du candidat républicain est nette : 60 % contre seulement 37 % pour Hillary Clinton. La très grande majorité, 81%, des évangéliques blancs lui ont accordé leurs suffrages. Le vote catholique (25% de l’électorat américain) serait plus serré : ils sont 52 % à avoir donné leur voix à Trump contre 45 % à Clinton.

Ces chrétiens et ces catholiques ont voté surtout en fonction des allusions du candidat Trump durant la campagne électorale au fait qu’il voulait lutter contre l’avortement… Qu’en sera-t-il vraiment? Ça reste à voir… Il semble que dans le passé, il se soit prononcé en faveur de l’avortement…

Je ne suis pas pour l’avortement, mais je ne suis pas favorable non plus à mettre des personnes en prison (réelle ou dans leur cœur) sous prétexte de défense de l’avortement… Je suis d’avis qu’un jour l’avortement ne sera plus un choix favori par les personnes qui penseront à y recourir… C’est par l’éducation et la conscientisation que ça se fera et que ça doit se faire, et non par la culpabilisation ou la condamnation… D’ailleurs, la miséricorde envers les femmes qui ont subi un avortement, était un des motifs du pape François pour instituer l’année de la Miséricorde qui se termine avec la fête du Christ-Roi (20 novembre). Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme recourt à ce choix… Elles sont souvent poussées à faire ce choix, que j’ose dire : contre-nature, à l’encontre sûrement de leur désir plus profond d’être mère… Et elles en souffrent…

Pour revenir à M. Trump, je laisse aux analystes politiques de commenter ce choix des électeurs américains; je veux plutôt regarder ce que signifie pour un chrétien de donner, par un vote, son appui au candidat Trump :

1- Il se dit pro-vie, mais pour une plus grande libéralisation de la circulation et de la vente des armes à feu : contradiction flagrante…

2- Il se dit en faveur de la construction d’un mur de 3,000 Kms à la frontière avec le Mexique; à ce sujet, le pape François a déclaré qu’un homme qui voulait construire des murs entre les états n’était pas chrétien.

3- Il alimente la haine envers les gens d’autres religions, d’autres races, d’autres cultures…

4- Il veut prendre des mesures pour favoriser grandement la pollution sous toutes ses formes et ainsi nuire gravement à l’évolution de l’environnement de toute la planète…

5- Il veut mettre fin au régime d’assurance-santé mis sur pieds avec grande peine par le Président Obama, ce qui priverait 20 millions de pauvres de soins de santé…

6- Son langage grossier, ses insultes répétées, son mépris pour les femmes et pour de nombreuses autres catégories de personnes (musulmans, noirs, mexicains etc…) sont, à première vue, très éloignées des enseignements du Christ dans l’Évangile…

7- Son attitude hautaine, ses constantes références à son unique personne pouvant apporter le salut aux gens vivant des difficultés diverses, me fait un peu penser à ce passage de l’évangile de dimanche le 13 novembre : « Prenez garde de ne pas vous laisser éga­rer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !…» (Lc 21,8)

8- Sa richesse mirobolante, avec laquelle il semble vouloir se glorifier plutôt que partager, et sa volonté de favoriser la classe la plus fortunée aux dépends des plus pauvres, pose aussi question en regard des enseignements du Christ et de la doctrine sociale de l’Église qui place au cœur de son message: la recherche du bien commun…

Enfin, je ne veux pas me faire ‘donneur de leçon’, mais il me semble que tout cela pèse très fort d’un côté de la balance pour faire contrepoids à sa supposée conviction pro-vie…Il reste à souhaiter que parmi ses contre-valeurs, il ait aussi celle de ne pas tenir parole…Quoiqu’il en soit, je prends cette position, car ses propos me font trop penser à d’autres manipulateurs de foules bien connus, qui se sont aussi fait élire et qui se sont transformés en dictateurs les plus terrifiants de l’Histoire… Quelques noms?… Hitler… Marcos … Duvalier…Le plus grand allié de tous ces personnages : le silence, la complaisance, voire l’indifférence des ‘gens ordinaires’…Je prie de toutes mes forces que je me ‘trump’e…

Jean-René Sirois

Départ des sœurs de la Charité d’Ottawa, une célébration le 22 octobre prochain !

SiroisJean-RenéLe 22 octobre 2016 à 16h30 à l’église de L’Assomption-de-la Bienheureuse-Vierge-Marie de Maniwaki aura lieu une messe très particulière. Il s’agira de constater le départ, et surtout souligner l’immense contribution des religieuses communément appelée les Sœurs Grises d’Ottawa (aujourd’hui désignée sous l’appellation Sœurs de la Charité d’Ottawa : s.c.o.), qui quittent la région après près de 150 ans d’une présence continue.

La population de la Haute-Gatineau, et plus spécialement celle de Maniwaki, exprime une immense reconnaissance envers cette communauté religieuse qui est présente ici depuis 1870 par la fondation du couvent Notre-Dame du Désert de Maniwaki et y implantant ainsi une institution d’enseignement de qualité qui est à l’origine de tout le secteur éducatif actuel. Elles devenaient ainsi la première communauté religieuse féminine à s’installer sur le territoire du futur diocèse de Mont-Laurier qui sera érigé en 1913. Elles se montreront encore pionnières dans le secteur Christ-Roi, quand en 1956, elles prennent en charge la nouvelle école établie face à l’église Christ-Roi dans la nouvelle paroisse du même nom fondée en 1953.

En 1903, elles fondent à Maniwaki, ce qui deviendra aussi le premier hôpital sur le territoire du diocèse de Mont-Laurier. Cette œuvre permettra à la population de la grande région de Maniwaki et de la Haute-Gatineau, de bénéficier de services et de soins de qualité, grâce aux nombreuses religieuses qui s’y dévoueront dans à peu près tous les départements et cela jusqu’à aujourd’hui , alors que Sœur Denise Mallette et Sœur Suzanne Vallières y assurent encore une présence occasionnelle par leur implication auprès des plus grands malades comme bénévoles du Groupe Albatros. Sr Marie-Laure Boisclair aura été la dernière religieuse engagée à y œuvrer : longtemps au laboratoire et dans les dernières années, comme agente de pastorale auprès des malades.

L’apport des religieuses dans la région a donc été très marquant à plusieurs égards. On connaît aussi leur implication dans l’aide aux plus pauvres : par un service de dépannage et d’aide concrète spécialement au secteur Christ-Roi et ensuite en prenant la relève, avec des laïques, du Pain quotidien mis sur pied par Sœur Rita : religieuse du Sacré-Cœur de Jésus…

Elles ont aussi toujours été très présentes à la communauté chrétienne en apportant une aide concrète dans divers domaines de la vie paroissiale, dont le service des diverses célébrations à l’église, en collaboration avec les nombreux laïcs qui s’y impliquent aussi généreusement. Il ne faudrait pas non plus oublier l’implication très importante de cette communauté à la vie diocésaine, spécialement par les services rendus par Sr Denise Savard à titre de Chancelier du diocèse pendant vingt ans.

Aussi à Mont-Laurier même, leur présence fut très importante par leur implication à la vie paroissiale dont à la paroisse cathédrale et il ne faudrait pas passer sous silence la fondation de l’Hospice-Orphelinat Ste-Anne en 1932, et, selon l’historien Luc Coursol, s’y abritera aussi le premier hôpital à Mont-Laurier qui se transformera, en 1936 en un lieu adapté aux soins généraux pour l’ensemble de la population avec la présence d’un médecin permanent. Les religieuses s’y dévoueront jusqu’au transfert de la direction de l’Institution à un laïc en 1978 et elles quitteront cet établissement en 1979. Cette Institution avait déjà changé sa vocation pour devenir un centre d’accueil pour les personnes âgées et qui est maintenant le très imposant ‘CHSLD Ste-Anne de Mont-Laurier’.

Ce qu’elles ont apporté ne peut pas se mesurer puisque c’est du domaine de l’intangible, mais on peut sûrement l’imaginer en pensant à toutes ces innombrables personnes qui ont bénéficié de leurs services éducatifs ou de santé.

Qu’elles soient donc toutes remerciées, même si la plupart de celles qui ont œuvré ici ne sont plus parmi nous ou de cette terre, que le Seigneur, qui connaît toutes choses, permette que toutes ces semences jetées sur nos terres continuent à donner des fruits chez les descendants de leurs bénéficiaires pour que le Royaume d’amour, de justice et de paix qu’elles ont généreusement contribué à construire se maintienne et progresse encore longtemps…

Jean-René Sirois

 

En Haute-Gatineau, Sainte-Marie-de-l’Incarnation œuvre encore en charité appliquée à la vie courante!

SiroisJean-RenéC’est une grande faveur pour les paroissiens de la région sud de la Haute-Gatineau d’avoir pour patronne cette femme exceptionnelle* qui a profondément marqué notre pays et sa population à son origine et dont l’influence a été considérable sur plusieurs générations après elle et, je dirais jusqu’à maintenant, puisque l’œuvre qu’elle a largement contribuée à mettre en place au milieu du XVIIe siècle à Québec, continue aujourd’hui pour le bénéfice de nombreux enfants qui y reçoivent encore une formation de base de très haute qualité au Monastère des religieuses Ursulines à deux pas du Cap Diamant, de la Terrasse Dufferin et du célèbre Château Frontenac…

Sainte Marie-de-l’Incarnation est une Tourangère, i.e. originaire de Tours dans le sud de la France. Elle a eu, dès son tout jeune âge, d’importantes expériences mystiques qui ont eu une influence sur elle toute la durée de sa vie.

En 1617, à l’âge de dix-huit ans, elle épouse Claude Martin, Maître soyeux (travail de la soie); deux ans plus tard elle donne naissance à un fils : Claude et son époux décède la même année. Elle continue d’avoir des expériences mystiques très importantes et une intense vie de prière, tout en devenant gérante d’une entreprise appartenant à son beau-frère (époux de sa sœur). Très douée pour l’efficacité de l’action, elle redonne à cette entreprise de transport, une certaine prospérité, tout au moins elle la sauve de la faillite. S’étant déjà engagée devant Dieu à poursuivre sa vie dans le célibat et la chasteté, à l’âge de trente ans, elle cède au désir brûlant qui l’habite depuis longtemps de devenir religieuse. Son fils étant âgée de 11 ans peut mieux s’adapter à son départ et à vivre sous la gouverne de sa tante maternelle (sœur de Marie), même si ce ne fut pas sans protestations de sa part.

La communauté à laquelle elle se joint est celle des Ursulines qui ont un monastère à Tours. Tiraillée par ce qu’elle pressent comme des appels de Dieu, elle concrétise un projet de s’embarquer, avec deux compagnes, sur un bateau en direction du Canada : pays sauvage et réputé très difficile où une petite communauté française vit tant bien que mal depuis la fondation de Québec par Samuel de Champlain en 1608. Les difficultés et les tracasseries de toutes sortes n’ont pas manqué avant le départ et se poursuivent lors de l’installation dans une première résidence des plus modestes.

La mission à laquelle elle se consacre a pour but premier d’apporter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ à une population autochtone diversifiée, et de culture évidemment très étrangère aux valeurs qu’elle porte et veut transmettre. Les populations locales accueillent plutôt bien ces femmes reconnues courageuses, généreuses et totalement dédiées à cette mission évangélisatrice. Elles accueillent donc rapidement de jeunes filles autochtones que leurs parents n’hésitent pas à leur confier; et bientôt, les demandes dépassent largement les capacités de les accueillir.

Après trois ans, la communauté aménage dans une nouvelle bâtisse sur les hauteurs du Cap Diamant où est encore le monastère actuel. Elles connaîtront des difficultés multiples dont celle de l’incendie de l’édifice en 1650, qui laisse toutes les occupantes sans toit le dernier jour de l’année, en plein hiver. Cette dure épreuve est accueillie par la communauté très croyante avec un Te Deum (chant de louange au Père).

Mère de L’Incarnation mènera de front différentes tâches très lourdes, dont l’administration de l’Institution religieuse avec toutes les situations angoissantes qui s’y rattachent, l’enseignement aux jeunes filles autochtones et françaises : sa tâche préférée. Elle entretient une très imposante correspondance avec de nombreuses personnes, totalisant probablement plus de mille lettres dont les deux-tiers auraient été perdues. Les plus importantes sont adressées à son fils Claude, devenu lui-même moine bénédictin, qui écrira plus tard la vie de sa mère dans une perspective de témoignage de l’action de Dieu dans le cœur de cette femme exceptionnelle.

Parmi ses entreprises, il ne faudrait pas passer sous silence, à part sa correspondance, ses précieux écrits sur sa vie de relation à Dieu qui se veulent surtout un vibrant témoignage de l’Amour incommensurable de Dieu notre Père pour toutes ses créatures terrestres… Aussi, pour mieux communiquer avec les peuples autochtones, «elle apprend les langues des Hurons, des Montagnais, des Algonquins et des Iroquois. Elle rédige des dictionnaires bilingues, des grammaires, des catéchismes pour ses compagnes.»

Ses écrits sont aussi une importante source historique pour la vie en Nouvelle France, tel que vécue au quotidien par la population locale. À sa mort, en 1672, elle laissera donc un héritage considérable de foi et de tradition implantée solidement chez une population qui grandira, jusqu’à ce jour, sous l’influence, souvent non identifiée, mais pour sûr bien réelle, de cette pionnière de la vie à la manière évangélique, i.e. vécue dans la charité appliquée à la vie courante.

Oui! Les gens de la Haute-Gatineau peuvent être très fiers d’avoir pour patronne cette femme choisie et bénie par son divin Maître pour le bénéfice de cette nation canadienne et québécoise et modèle d’autonomie féminine éclairée par l’Évangile. De plus, elle n’est pas qu’une femme du passé et pour le rappeler, j’emprunte cette citation de notre évêque, Mgr Paul Lortie: «elle devient un témoin, un modèle et une inspiration pour transmettre la foi aujourd’hui en tenant compte des coutumes et de la culture des gens à qui on annonce la Bonne Nouvelle de l’évangile.»

En conclusion, je cite le pape François à la fin de son homélie à l’occasion de la messe d’action de grâce pour les deux nouveaux saints canadiens** en octobre 2015: «Prions le Seigneur pour que le Québec revienne sur ce chemin de la fécondité, pour donner au monde de nombreux missionnaires. Que ces deux-ci qui ont – pour ainsi dire – fondé l’Église du Québec, nous aident comme intercesseurs. Que la graine semée croisse et donne comme fruit de nouveaux hommes et femmes courageux, clairvoyants, avec le cœur ouvert à l’appel du Seigneur. Aujourd’hui, on doit demander cela pour votre pays. Eux, du ciel, seront nos intercesseurs. Que le Québec redevienne cette source de bons et de saints missionnaires.» 

Jean-René Sirois

* On sait que depuis le 1er juillet dernier, est entré en vigueur le décret de notre évêque, Mgr Paul Lortie, donné le 26 janvier 2016, officialisant le regroupement des anciennes paroisses La Visitation de Gracefield (incluant l’ancienne desserte de N.-D.-du-Perpétuel-Secours de Point-Comfort), Saint-Félix de Blue Sea et Saint-Gabriel de Bouchette : qui deviennent ou demeurent des communautés conservant leur ancienne appellation, pour former une nouvelle paroisse sous le patronyme : Sainte-Marie-de-l’Incarnation.

** Sainte-Marie-de-l’Incarnation canonisée par un décret du pape François, en même temps que François de Laval.

Fin de vie prévisible…

SiroisJean-RenéSelon le projet de loi C-14 actuellement à l’étude au parlement fédéral, pour obtenir l’aide médicale à mourir, il doit être démontré qu’une personne est dans une situation médicale caractérisée par un «déclin avancé et irréversible de ses capacités» (…) et que «sa mort naturelle est devenue raisonnablement prévisible compte tenu de l’ensemble de sa situation médicale, sans pour autant qu’un pronostic ait été établi quant à son espérance de vie.»

Je n’ai ni l’intention ni la compétence pour commenter ce texte du projet de loi dans son aspect juridique. Je veux plutôt l’aborder ici du côté de la personne atteinte d’une maladie ou d’un handicap grave.

Au Québec, on sait que la situation est plus claire en ce que, pour recevoir l’injection mortelle, la personne doit être vraiment en phase terminale et atteinte de souffrances physiques ou psychologiques qui ne peuvent être apaisées par les traitements usuels…

– Article 26 du projet de loi 52 adopté le 5 juin 2014 à l’Assemblée Nationale du Québec –

Seule une personne qui satisfait à toutes les conditions suivantes peut obtenir l’aide médicale à mourir:

1° elle est une personne assurée au sens de la Loi sur l’assurance maladie (chapitre A-29);

2° elle est majeure et apte consentir aux soins;

3° elle est en fin de vie;

4° elle est atteinte d’une maladie grave et incurable;

5° sa situation médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités;

6° elle éprouve des souffrances physiques ou psychiques constantes insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle juge tolérables.

En théorie, la personne malade doit savoir que si elle fait une demande pour avoir droit à ce «service», cela ne l’affectera que pour une période de temps à peu près connue et que sa survie, de toutes façons, serait brève si elle choisissait de laisser aller le cours naturel des choses…

Le projet de loi fédéral, tenant compte de l’arrêt Carter, ouvre une porte beaucoup plus grande pour la personne qui pourrait se poser la question à savoir si elle va ou non faire une demande pour qu’on mette fin à ses jours ou qu’on l’aide à le faire…   Et c’est ici qu’entre en jeu tout le questionnement du côté de la personne malade : que faire ? Demander la mort pour mettre fin à une vie estimée par les autres de mauvaise qualité ? Ou pour mettre fin à des souffrances physiques ou psychologiques ? Qui n’a pas de souffrance physique ou psychologique ? Qui peut dire que les souffrances de quelqu’un d’autre sont tolérables ou ne le sont pas ?… On peut presqu’entendre des commentaires qui diraient : «Ça n’a pas de sens de subir les souffrances que tu ressens ! Moi, à ta place, je demanderais l’aide à mourir…» Donc pression énorme sur ces personnes face à cette possibilité de choisir la mort… Il faudra énormément de courage à une personne pour résister à des pressions ressenties et cela même si elles ne sont pas exprimées verbalement…

En ce sens, le vendredi 6 mai, L’Arche Canada (Jean Vanier) a réagi en mettant en garde les législateurs pour que soit pris en compte la vulnérabilité des personnes visées par la loi : «Nous félicitons le gouvernement, qui affirme « la valeur inhérente et l’égalité de chaque vie humaine », décourage « les perceptions négatives au sujet de la qualité de vie des personnes âgées, malades ou handicapées » et indique clairement que « les personnes vulnérables doivent être protégées contre toute incitation à mettre fin à leur vie dans un moment de détresse ». Le projet de loi est à juste titre axé sur l’aide médicale s’adressant exclusivement aux personnes en fin de vie. Cependant, ces déclarations n’auront de sens que si des mécanismes sont mis en place pour fournir des garanties vigoureuses, tel que demandé dans la « Norme sur la protection des personnes vulnérables». 

Jean-René Sirois

Miséricorde pour tous… Vraiment pour tous?

SiroisJean-RenéPour les catholiques, en cette année jubilaire de la Miséricorde, et en ce temps privilégié du carême, nous voulons spécialement nous rappeler la très grande tendresse de notre Dieu qui s’est fait connaître à nous par son Fils Jésus qui est venu acquérir le salut pour le publicain avant le pharisien… Qu’elle le veuille ou non, notre société, québécoise en particulier, est imprégnée de la culture chrétienne qui inclut l’attitude miséricordieuse héritée de son Seigneur.

Par ailleurs, comme on le constate dans les médias, la tolérance vis-à-vis les comportements jugés déviants par la majorité, est variable selon les conséquences qu’ils entraînent; ainsi, depuis un certain nombre d’années, grâce beaucoup à des campagnes publicitaires bien construites et pertinentes, l’abus d’alcool, surtout pour les conducteurs d’un véhicule, sont marqués d’une tolérance «zéro»; aussi de plus en plus, pour la fumée du tabac dans les lieux publics; la violence gratuite envers les personnes les plus vulnérables est aussi, à juste titre, marquée d’une tolérance «zéro»; et surtout et de plus en plus il en est de même pour les sévices sexuels envers des personnes aussi en situation de vulnérabilité : femmes, enfants et surtout les jeunes enfants… Pour ces derniers, on comprend assez facilement combien il faut soutenir cette attitude de tolérance «zéro», parce que les conséquences sont extrêmement graves et de longue durée.

Comment faire comprendre à ces personnes, stigmatisées par la société, qu’elles demeurent des personnes infiniment aimées de Dieu, sans briser cette tolérance «zéro» tout en étant l’intermédiaire par lequel ou laquelle Dieu veut rejoindre cette personne pour lui dire son amour?… Il est classique et toujours vrai de dire que Dieu aime le pécheur mais non le péché…

Il paraît assez évident que l’attitude de tolérance «zéro» fait reculer ces comportements déviants; comment donc concilier le mieux-être de l’ensemble de la société par la diminution de ces comportements inacceptables avec le non-rejet des personnes qui pratiquent ces comportements?… Voilà un défi pour l’ensemble de la société qui reste le lieu premier d’appartenance d’un être humain, avec sa famille… Peut-on montrer et dire à ces personnes qu’elles sont aimables et aimées sans rompre cette tolérance «zéro» qui semble donner des résultats favorables?…

Autrement dit, peut-on jouer Ponce Pilate et dire à ces personnes qu’elles sont aimées de Dieu tout en se lavant les mains du rejet qu’elles subissent? Pour moi, cette question est un peu un dilemme… Je sens monter en moi cette attitude d’intolérance absolue vis-à-vis tout comportement intolérable : les bourreaux d’enfants, de populations entières massacrées par leurs dirigeants, les abuseurs de la faiblesse et de la vulnérabilité des autres; ceci inclut tous les assassins qui devant le problème auquel ils (elles) sont confrontés choisissent lâchement l’élimination de l’autre plutôt que de l’affronter courageusement par le dialogue, l’intelligence et l’amour…

À quand une campagne publicitaire sur la tolérance «zéro» vis-à-vis toute forme d’intolérance?…

Tolérance «zéro» et miséricorde : un couple pas facile à marier… Bon carême!…

Jean-René Sirois