Shalom alekhem

lafontainemichelShalom! Pax! Paix!

C’est à ces mots, à cette réalité que je tente de m’accrocher pour demeurer dans l’espérance.

Au nom d’Allah , je vous arrête, je vous malmène, je vous hais, je vous ôte la vie car vous êtes impurs, infidèles, non-consacrés!

 Au nom de Yahvé, celui qui dit : Je suis! Jésus dit : « Avant Abraham, Je suis !» Je suis l’incarnation du Dieu amour, du Dieu paix, du Dieu miséricordieux ! Du Dieu qui a sauvé son peuple de la servitude, du péché, de l’aliénation. Du Dieu qui voit grand : pour lui, les frontières du véritable Israël sont ouvertes sur la multitude : toute personne humaine lui appartient et il l’introduit amoureusement dans son Peuple lorsqu’elle s’écrit : Je crois, Seigneur!

Vous me direz peut-être, voilà, l’abbé a perdu la raison. Il divague ! Il dit n’importe quoi ! Non, je ne dis pas n’importe quoi, car en ce moment notre humanité a peur, même très peur… En ce moment, le monde est inquiet. Une sombre menace semble faire trembler toutes les nations. Les grands pays de ce monde répondent maintenant à l’attaque de ceux qui ont engagé la Jihad, la guerre au nom d’Allah !

Des milliers de personnes, des centaines de chrétiens ont été chassés, abusés, désarmés et ont tout perdu à cause de cette nouvelle invasion barbare. Al-Jama’ah al-Islamiyah al-Musallaha (GIA), l’État islamique (EI), Boko Haram… Des noms de groupes terroristes (j’ajoute extrémistes) en Irak, en Syrie, en Afrique et qui menace même l’Amérique! Des otages sont décapités sans pitié aux yeux et aux vues de toute la planète. Ces gens du EI crient : « Si vous pouvez tuer un infidèle américain ou européen ou un Australien ou un Canadien, ou n’importe quel autre infidèle parmi les infidèles qui nous font la guerre, y compris les citoyens des pays qui font partie de la coalition contre l’État islamique, fiez-vous à Allah et tuez-le d’une façon ou d’une autre. Écrasez sa tête avec une roche, abattez-le avec un couteau, frappez-le avec votre automobile ou jetez-le d’un endroit élevé, étranglez-le ou empoisonnez-le. » Ces propos nous font frissonner d’horreur ! Que se passe-t-il ? « Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné ? »…

Pourtant Allah ne demande pas tous ces sacrifices humains. Juifs, musulmans et chrétiens, nous sommes tous frères et sœurs issus de la lignée d’Abraham. Le père des croyants. Le père du Dieu de la paix. Notre ancêtre dans la foi au Dieu amour.

Shalom! amis du monde entier : Shalom! frères, sœurs tendrement aimés

Shalom à tous ceux que je rencontrerai.

Par ce mot hébraïque qui appelle la paix

je viens vous saluer.

Je demande au Seigneur, je demande à Yahvé,

dans l’intimité secrète de mon cœur,

de rétablir le Shalom des chemins de lumière et d’espérance,

aux jours de ténèbres, de peine et d’impuissance,

de découragement, de deuil et de souffrance.

Plaise à Dieu que je vous revoie

ou que je fasse bientôt votre connaissance.

D’ici là je vous dis, dans la charité et la foi:

SHALOM ! SHALOM ALEKHEM!  

Paix! Sur vous tous soit sa paix! * 

 

Michel Lafontaine

*Poésie de André Bisaillon, Prier la Vie, Novalis, 2011.

Brûlé vif de «l’intérieur et de l’extérieur» du corps !

lafontainemichelC’est l’atrocité qu’a connue, dans la semaine du 1er juillet dernier, un jeune Palestinien de 16 ans de Jérusalem-Est. Le garçon a «été brulé de l’intérieur et de l’extérieur, car il a probablement été forcé à boire du carburant ». On a retrouvé des traces de fumée dans ses poumons, ce qui indique que l’adolescent était encore vivant lorsqu’on l’a enflammé comme une torche.

Il s’appelait Mohammed. Il a été assassiné en représailles au meurtre de trois jeunes Israéliens quelques jours plus tôt, Eyal (19 ans), Gilad (16 ans) et Naftali (16 ans).

Je ne parle pas d’un événement vécu au Moyen Âge. Non plus du drame new-yorkais du 11 septembre 2001, ou encore de celui du 6 juillet 2013 à Lac-Mégantic. Je ne vous mentionne même pas ce qui se passe présentement en Syrie ou dans quelques pays africains où le groupe terroriste Boko-Haram terrorise la population…

Je vous parle de Mohammed. De Eyal, Gilad et Naftali. Quatre jeunes hommes. Victimes d’un des nombreux conflits sans fin qui enflamment aujourd’hui notre monde.

En lisant sur ma tablette « La Presse + » des derniers jours, j’ai senti monté en moi une grande tristesse. Il y a tellement de beautés en ce monde que « Dieu vit que cela était bon. » (Genèse chapitre 1).Mais il y a aussi tellement de gâchis en ce monde que « Dieu n’a pas envoyé son Fils pour condamner le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé » (Jean 3).

Bien sûr, il y a tout ce sur quoi nous n’avons pas d’emprise immédiate ou concrète : les catastrophes naturelles, la pollution, les accidents, le cancer ou la maladie mentale. Il y a aussi toutes les injustices sociales, les nausées que suscitent chaque jour les dévoilements de la Commission Charbonneau, ou encore un train fantôme qui arrive à toute vitesse sur une petite ville endormie pour provoquer une catastrophe sans précédent !

Mais il y a aussi l’être humain que Dieu a créé à son image et sa ressemblance. Il y a aussi Jésus qui s’est incarné pour redonner dignité à notre chair en la faisant participer à sa divinité. Il y a encore l’Esprit de Pentecôte qui enflamme le cœur de millions de personnes pour que le Royaume de Dieu, Royaume de justice, d’amour et de paix, advienne enfin !

En attendant, je porte dans ma prière solitaire et solidaire, Mohammed, et tous les humains souffrants en quête de paix, d’amour et de bonheur. Sur ce, je vous souhaite de lire votre journal matinal, format papier ou tablette, en priant afin que votre cœur demeure solidaire en humanité de ceux et celles qui souffrent et qui espèrent.

Michel Lafontaine

Retour de la Trudeaumanie ?

lafontainemichelEn 1968, un grand engouement suscité par l’entrée en politique canadienne de Pierre Elliot Trudeau provoqua une vague d’optimisme appelée la trudeaumanie… Les yeux se tourneront vers cet homme jeune, énergique, et anticonformiste. Sa manière de révolutionner la culture, la manière de penser et de vivre amènera P.E. Trudeau à prendre position sur les droits de la personne, en légalisant l’homosexualité et en libéralisant les lois sur le divorce! Toute une révolution!

Presque 50 ans plus tard, le fils de Trudeau, Justin, qui tente de suivre les pas de son père en politique, déclare le 7 mai dernier que les futurs candidats du Parti libéral du Canada doivent obligatoirement être en faveur du droit à l’avortement. Si vous n’êtes pas d’accord avec cette ligne de parti, vous devez prendre la sortie… Évidemment, cette position rompt avec la tradition libérale d’un vote libre sur les questions dites « de conscience ».

Jérôme Lussier, juriste et journaliste à L’Actualité s’interroge d’ailleurs sur cette décision de Justin Trudeau : « La manœuvre de M. Trudeau était-elle politiquement et stratégiquement avisée ? » Ce mouvement sera-t-il décisif pour redonner ses lettres de créance au parti libéral du Canada? Lui qui désire « rajeunir » la politique et son parti, apporte un critère de sélection de ses partisans qui ébranle la démocratie. De plus, il ouvre à nouveau le débat sur l’avortement, débat qui couve sous le couvercle de la marmite depuis longtemps. Je vous avoue ma surprise devant un tel état de fait. De plus, Justin Trudeau argumente que l’avortement « est une question de démocratie ». Il appuie cette position sur l’avortement en citant son père…

On me rétorquera probablement, que, comme prêtre, je suis évidemment « pro-vie ». Donc, que je ne suis pas tout à fait objectif, car « mon Église et ma foi » me dictent de respecter le droit à la vie… Mais là n’est pas toute la question. Est-ce moral, ou peut-on éthiquement obliger les membres d’un parti ou d’un mouvement qui a pour devoir de servir les droits et les intérêts des êtres humains, d’une collectivité, de la démocratie, de la justice et de la paix, de voter en faveur ou non, selon le jugement de leur conscience profonde, ou selon leurs valeurs ou leurs croyances en faveur de telle position plutôt qu’une autre? Où sont les principes de liberté, de démocratie, de libre arbitre ?

Qu’on exige comme critère de sélection d’être parfaitement bilingue pour appartenir au parti, s’avère une exigence non pas basée sur la moralité, mais sur les capacités réelles du candidat ou de la candidate à pouvoir s’adresser à tous ses concitoyens. Mais d’exiger d’être « pro-avortement », est-ce un critère de choix pour assurer les qualités humaines des nouvelles recrues ? Pour ma part, je crois que les chances de vivre une nouvelle « trudeaumanie » sont bien minces !

Michel Lafontaine

Nuage sur la joie de la résurrection!

lafontainemichelLe monde chrétien a célébré ces derniers jours la Semaine sainte! Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem… dont la popularité s’effrite bien vite… puisque dès les agapes terminées de la Cène, c’est la nuit, la nuit de la trahison, de l’abandon, de la condamnation, des ténèbres de la mort. Mort sur un arbre arraché lui aussi à la vie… Descente au tombeau… Et brusquement, revirement dramatique de situation, celui que l’on croyait mort est vivant, il est revenu à la vie, il est la lumière, il est la Résurrection! Alléluia! Et depuis ce temps on chante presque joyeusement dans la préface des défunts : « si la loi de la mort nous afflige, la promesse de l’immortalité nous apporte la consolation. Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée…»

Par le baptême, les chrétiens croient qu’ils sont associés à la mort et à la résurrection de Jésus. Et ce paradigme de la foi chrétienne (qu’on appelle aussi kérygme) influence la manière d’envisager la mort, notre mort, ma mort personnelle, avec tous ses contours. Nous sommes aussi conscients que dans le monde existent d’autres conceptions, manières, philosophies pour donner sens ou non-sens à la vie et la mort du corps charnel. Pour la plupart des milliards d’êtres humains, la vie apparaît comme la valeur primordiale. D’ailleurs, nous tentons de la protéger par tous les moyens. Par exemple, en ce moment, les autorités chinoises tentent de diminuer le smog dans certaines grandes agglomérations urbaines… Le but ultime n’est-il pas d’améliorer la qualité de la vie… Certes, pour mille et une raisons, dont le manque de santé ou de conditions nécessaires à la dignité humaine, on fait parfois le choix de la mort, parce que ces existences semblent inhumaines et indignes.

Je suis bien naïf, je l’avoue. Je croyais le projet de loi 52 relégué aux calendes grecques! Mais l’informateur Proximo du 11 avril dernier a déclenché une alarme! On annonce que ce fameux projet de loi sur la question de « mourir dans la dignité » sera de retour à l’Assemblée nationale très bientôt. Le nouveau chef élu a indiqué que ce projet de loi, introduit par le parti adverse mais interrompu par la période des élections, sera non seulement réintroduit, mais qu’il fera l’objet d’un vote libre pour les députés.

Nuage sur la joie de la résurrection! Oui, le Christ a triomphé de la mort! Mais cette assertion ne règle pas tout, comme le rappelait la philosophe et mystique Simone Weil (1909-1943) : « la grandeur extraordinaire du christianisme n’est pas de nous procurer un remède contre la souffrance, mais de lui donner un sens ». La personne malade, souffrante, cherche à retrouver du sens à sa vie. Elle cherche «quelqu’un qui, par son calme, peut la persuader que ce qu’elle vit n’est pas une fin, mais un commencement, une entrée dans la paix » rappelle le trappiste écrivain Yves Girard. C’est ce que le Christ en croix, défiguré, abandonné, torturé nous apprend peut-être… Le sens de la croix est le triomphe de la vie. Quand la douleur physique, psychologique ou spirituelle est incontrôlable, elle interpelle les « aidants », les proches ou les soignants à une attitude de plus grande humanité afin de soulager le mieux possible le patient. L’option de société de développer des soins palliatifs qui permettent à la dignité humaine de ne pas sombrer parce que le malade est accompagné et ne reste pas isolé demeure sûrement l’alternative ultime qui ouvre sur un passage, une pâques vers une Vie digne… comme celle du Christ ressuscité!

Michel Lafontaine

Les chimpanzés ont aussi leurs droits!

lafontainemichelTel était le titre d’un article du Journal de Montréal en date du 4 décembre 2013! « Les chimpanzés peuvent-ils prétendre aux droits de l’homme? Une organisation de défense des animaux vient en tout cas de saisir la justice américaine pour faire établir qu’ils sont ‘légalement des personnes’ ».

Selon la « Non Human Rights Project », les chimpanzés ont « liberté de mouvement » et sont considérés comme des « êtres autonomes ». L’objectif ultime de cette association, qui tente de libérer les animaux en cage est de les réunir dans un sanctuaire pour primates en Amérique du Nord!  Les membres ont même fait la demande  d’un mandat « d’habeas corpus » qui énonce le droit de ne pas être emprisonné sans jugement. Les esclaves américains pouvaient référer à cet « habeas corpus » pour établir qu’ils avaient droits à la liberté.

Tandis que la population québécoise discute de ses valeurs et de la protection de ses droits et libertés par rapport à la religion, des gens se portent à la défense des droits des chimpanzés.

Ces primates auraient-ils déjà établi une charte humaniste pour établir leur droit à l’autonomie intégrale et accéder à un sanctuaire paradisiaque?

 Alors que tant d’hommes, de femmes et d’enfants sur la planète sont opprimés au point de leur faire perdre le sens de la dignité humaine : que ce soit dans les mines de diamant ou d’or exploitées par les pays riches; que ce soit à cause de guerres ethniques ou politiques; que ce soit à cause de la drogue et du blanchissement d’argent; que ce soit par l’exploitation des personnes qui travaillent dans des conditions minables pour un salaire ridicule; que ce soit à cause d’une catastrophe naturelle comme un tremblement de terre ou un ouragan…

Des personnes sûrement très intelligentes, douées de générosité et engagées dans la protection de l’environnement en protégeant des espèces animales, travaillent selon moi avec détermination pour une cause notable et légitime. Mais peut-on appliquer la notion de d’humanité à ces animaux? Pourquoi alors tant de personnes ne se lèvent-elles pas pour protéger l’espèce humaine, assurer sa dignité et sa sécurité partout sur la terre, alors qu’ils font partie intégrante de la famille humaine, contrairement à des primates? Des ONG, ou des organismes comme Développement et Paix, et plusieurs projets pilotés par des individus assurent la protection des droits de l’homme. Mais parfois, il nous semble que nous ne viendrons jamais à bout de la corruption, de la pauvreté et de la maladie! Le défi peut sembler insurmontable!

Réfléchissons quelques instants. Oui, il est important de sauvegarder les richesses de notre planète, qu’elles soient d’ordre minéral, végétal et animal. N’oublions jamais cependant, comme croyant et chrétien, que Dieu a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance le 6e jour (Genèse 1,27). Il se reposa ensuite. Cette création de l’être humain se voulait l’ultime travail de Dieu qui, en 5 jours, avait créé le cosmos et la terre…  Nous avons pour devoir de préserver l’humanité, ses droits, sa vie et ses libertés! Et cela est à la portée de toutes et tous! Jésus a dit: « Si l’un d’entre vous possède une seule brebis, et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne va-t-il pas la saisir pour la faire remonter ? Or, un homme vaut tellement plus qu’une brebis!» (Matthieu  12,11). Si les chimpanzés peuvent aspirer à l’autonomie, combien plus l’être humain!

Michel Lafontaine

Passer le flambeau de la foi dans « la joie de l’évangile » !

lafontainemichel Nous sommes gâtés, avouons-le ! Non pas un seul message, mais deux lettres pastorales du pape François viennent donner le ton pour continuer de « passer le flambeau de la foi ! » Depuis douze mois, ce thème évocateur a ponctué les divers événements qui se sont déroulés dans le diocèse de Mont-Laurier pour souligner son 100e anniversaire de création ! Les fêtes, vivantes et rassembleuses, sont maintenant terminées, ouf ! et alléluia ! Mais la vie de foi de nos communautés chrétiennes et nos cheminements personnels comme baptisés se poursuivent !

C’est pourquoi, je suis très touché par le fait que le pasteur de l’Église catholique nous envoie une lettre « personnelle » adressée spécifiquement à nous, fidèles du diocèse de Mont-Laurier, nous encourageant « à préserver le trésor de la foi catholique et les richesses des traditions religieuses ».

Heureuse Providence, au même moment, est rendue publique une lettre pastorale du même François à l’Église universelle l’invitant à vivre dans « la joie de l’Évangile »… Écrite tout à fait dans le même sens : le pape nous invite à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par la joie et le souffle de l’Évangile. Le pape François demande à tous les catholiques  d’avoir « un souci particulier pour les personnes les plus abandonnées ». Son exhortation apostolique évoque le même thème : « Je désire une Église pauvre pour les pauvres car ils ont beaucoup à nous enseigner ». Il écrit aussi : « Prenons soin des plus faibles ». « Passons le flambeau de la foi !», « avec audace, à voix haute, en tout temps et en tout lieu et même à contre-courant » ! Soyons des évangélisateurs dans le souffle de l’Esprit de joie de l’Évangile !

Deux messages, un même pasteur, un programme unique : à nous qui cherchons de nouvelles voies d’évangélisation (sortons de nos sacristies), ouvrons nos églises « afin que ceux qui cherchent ne rencontrent pas la froideur d’une porte close » (comment gérer alors la sécurité de nos lieux de culte ?), plus de place aux laïcs et aux femmes (mais pas encore l’ordination), défendons-nous « contre les atteintes à la liberté religieuse » (ici, au Québec, cela nous fait penser à une certaine Charte…), n’ayons pas peur de promouvoir la promotion humaine et même le droit des pasteurs « d’émettre des opinions  sur tout ce qui concerne la vie des personnes » (un blogue des prêtres n’est-il pas une avenue formidable pour prendre la parole sur la « toile » publique ?)…

Tous les chrétiens : chez nous dans les Hautes-Laurentides, La Lièvre ou la Haute-Gatineau, ainsi que du monde entier sont appelés dans la joie à cette même mission de « prendre part avec le Christ à l’œuvre du salut ! ». Un souhait présent afin que nous vivions pleinement dans « la joie de l’Évangile » ! 

Michel Lafontaine

Seigneur, viens donc me chercher !

lafontainemichelCe cri de désespoir, je l’entends souvent chez ceux avec qui je m’entretiens sur des sujets aussi profonds que les valeurs et le sens de leur vie : «Je demande tous les jours au Seigneur de venir me chercher ! Faut croire qu’il entend pas ma prière, car il ne m’exauce pas !»

La lourdeur du quotidien, la solitude, l’ennui, la fatigue ou le découragement, le mal de vivre, le sentiment d’inutilité, la perte d’un être cher, une maladie incurable, la perte de la mobilité, des facultés intellectuelles ou même le sentiment que sa mission sur terre est accomplie, peuvent apporter un élément de réponse à ce désir obsessionnel de vouloir partir et mourir. Cet appel à la mort peut indiquer bien sûr un état dépressif. Pourtant on ne peut à priori affirmer que le souffrant manifeste des idées suicidaires ou demande de façon plus ou moins consciente d’avoir accès à une aide médicale dont la finalité serait l’euthanasie ou le suicide assisté. L’instinct de vie et de survie sont si profondément ancrés dans notre humanité même blessée.
J’ai vu des bébés prématurés poursuivre leur croissance dans un incubateur, stigmatisés par de grosses perfusions… J’ai vu des enfants cancéreux recevoir un traitement de chimiothérapie supplémentaire… J’ai vu des adolescents souffrant de fibrose kystique ou de diabète, venir hebdomadairement à l’hôpital. Avec la détermination au fond des yeux, ils tentaient de vivre une existence «normale» pour un jeune… J’ai vu des parents aimer éperdument leur enfant autiste ou trisomique, prodiguant soins et tendresse… J’ai vu de jeunes adultes, diminués inexorablement par la progression des effets destructeurs de la sclérose en plaque, animés d’une volonté de vivre extraordinaire, bien qu’ils soient cloués désormais à leur chaise roulante ou leur lit… J’ai vu des personnes accidentées, réapprendre à vivre au cœur du quotidien, malgré les séquelles physiques et psychologiques inévitables… J’ai vu des personnes souffrant de profondes dépressions fidèles à prendre une médication aux effets secondaires insoutenables sans être soulagées… J’ai vu des gens continuer leur existence au jour le jour comme si tout allait bien, dans le silence et la discrétion, en dépit de maladies invisibles et incurables menaçant de les emporter d’un jour à l’autre… J’ai vu des personnes âgées et usées par le travail et la vie, alitées, souffrant de cécité, de surdité ou d’arthrite, mais souriantes à chaque visite… J’ai vu… J’ai vu… J’ai vu… tant et tant de personnes souffrantes de divers maux mais dont le combat ultime se résumait à vivre le moment présent… 

«Seigneur, viens me chercher !»… Cette requête qui vient du cœur n’exprime pas nécessairement que la personne renonce à se battre pour vivre. Elle signifie néanmoins le souhait d’enfin d’accéder à une autre étape de la Vie… Qui sait? Néanmoins, toutes ces personnes ont besoin de notre compassion et de notre affection… pour vivre…

Michel Lafontaine