«Voyez comme ils s’aiment…»

SiroisJean-RenéCette petite phrase écrite par l’auteur du livre des Actes des apôtres, relatant les circonstances et les actes des premiers disciples et donc les débuts de l’Église, a traversé les siècles et a été comme un leitmotiv qui a alimenté la foi et les œuvres d’amour que ces disciples ont inaugurées.

«Voyez comme ils s’aiment…» On peut encore, heureusement, le dire à haute voix aujourd’hui… L’amour a bien des facettes et surtout, il n’y a pas de limites à son expression. La fête de «la Saint-Valentin» chaque année vient rappeler à bien des personnes que sans amour, on ne vit pas… Il y a tellement à dire sur ce thème essentiel à la vie elle-même…

Quelqu’un disait récemment : «Dieu n’a pas besoin de nous, s’Il nous confie une mission, c’est uniquement parce qu’Il nous aime…» Se peut-il qu’on puisse demander quelque chose à quelqu’un avec et par amour?… Pour les chrétiens, on reconnaît que l’Amour est censé être leur marque distinctive… Si on demande à quelqu’un aux connaissances bibliques minimales, s’il peut citer un seul texte qui exprime le mieux les enseignements de Jésus, les chances sont grandes que ce sera cette citation : «Aimez-vous les uns les autres…» Ce thème de l’amour du prochain occupe de fait une place très importante dans tout le Nouveau testament, incluant les lettres de saint Paul; et dans l’Évangile de Jean elle revient plusieurs fois dans la bouche de Jésus dans ce que l’on appelle ‘La prière sacerdotale…’ (Jn ch. 14 à 17).

Mais, cela n’est pas exclusif à la foi chrétienne, loin de là… Si on peut retirer quelque chose de bon de la terrible tragédie de Québec à la fin de janvier, c’est bien les nombreux et édifiants témoignages de compassion des Québécois de toutes confessions à l’endroit des personnes éprouvées et spécialement les membres de la communauté musulmane de Québec. En échange, ceux-ci ont fait montre de tout autant de grandeur d’âme et de valeurs spirituelles vraiment édifiantes. Cette malheureuse tragédie a fait faire chez-nous des pas de géants à la tolérance mutuelle secondaire à une meilleure connaissance de la vérité de ce que nous sommes profondément les uns et les autres et a permis de changer la perception tellement déformée de cette réalité par les demi-vérités, voire les mensonges, les préjugés, les ‘qu’en-dira-t-on’, les flash et les aperçus éphémères transmis par les médias, qui, par ailleurs ne livrent que ce qui est à leur portée et ce qui se fait voir en façade…

On a pu ainsi constater que ce qui nous unit est beaucoup plus important que nos différences… Nous sommes unis tout d’abord par une même et unique humanité; et ainsi les traits qui nous distinguent sont aussi superficiels et d’importance beaucoup moindre que les sentiments et les pensées profondes qui jaillissent du cœur. Et aussi, cela nous permet de tous nous rejoindre dans une foi commune au même et unique Dieu : à l’origine de tout et qui se rend accessible à tous les humains qui se tournent vers Lui, quelques soient les différentes façons de le faire et qui, somme toute, sont des traits distinctifs davantage attribuables à la culture qu’à la religion.

Qu’on prie Dieu cinq fois par jour en étant prosternés vers la Mecque ou qu’on Le prie en psalmodiant à la manière juive, ou en chantant le Gloire à Dieu des chrétiens ou en se plongeant dans de longues méditations comme chez les Hindous ou les Bouddhistes, ou en offrant des libations aux Ancêtres ou en se reliant à un Esprit non-identifié que l’on reconnaît présent à nos vies, ou en faisant le choix libre de ne faire de tort à personne tout en acceptant d’agir pour le Bien de tous sans se dire relier à une Entité supérieure, ce qui compte par-dessus tout, comme l’Évangile le suggère, c’est ce qu’il y a dans le cœur…

Là, nous pouvons tous nous rejoindre, car là est le siège de l’amour…

Jean-René Sirois

Dans le cadre de la Journée mondiales des malades le 11 février 2017 : Toucher thérapeutique… spirituel!

lafontainemichelJe m’adresse d’abord à vous Messieurs, non pas par sexisme, mais parce qu’il s’agit d’une matière absolument masculine : il vous est recommandé, autour de la cinquantaine, d’avoir un toucher, euh, disons thérapeutique, pour l’exprimer en termes pudiques, par votre médecin, pour prévenir le cancer de la prostate!

Vous voilà rassurées, Mesdames! Mais soyez confiants! Je ne transformerai pas, dans cette réflexion, ce toucher «thérapeutique» en symbolique spirituelle, tout de même! Il s’agit d’une réalité biologique, qui n’a rien à voir avec la spiritualité, sauf le fait de croire en nos professionnels de la santé que ce toucher préventif s’avère une bonne habitude à prendre pour demeurer en santé!

En ce qui concerne les soins physiques de la personne, en effet, le toucher, par le bout des doigts ou par la main entière, demeure une réalité normale, appropriée et c’est pourquoi nous acceptons de nous laisser toucher, même si cela nous plaît ou non, pour diverses raisons. Certaines personnes ont une sainte horreur qu’on les touche! Nous ne fermons pas les yeux sur les touchers qui assassinent… Néanmoins, le toucher médical accompli dans un contexte professionnel est positif et sert la vie.

Mais j’en viens à mon sujet à proprement dit… Comment qualifie-t-on le toucher dans les soins spirituels? Le toucher demeure, pour une part, un véritable contact physique : prendre la main, ou la déposer sur une épaule… Cependant, le toucher peut aussi acquérir une dimension plus symbolique… Par exemple, on peut toucher le cœur de quelqu’un par une parole appropriée, un mot de réconfort, d’encouragement, d’entraide, de compassion. Et ces deux types de touchers sont non seulement physique et spirituel, mais ils acquièrent par le fait même une dimension thérapeutique, car ces touchers font du bien, ces touchers restaurent quelque chose de brisé que l’on répare… Ils aident à retrouver la santé, ou du moins à se sentir mieux pendant quelques brefs instants ou une période prolongée.

Je pense à ce qui se passe, lorsque je célèbre l’onction des malades. Je touche avec l’huile bénie le front et les deux mains du patient, ce geste accompagné d’une parole rituelle, et chaque fois le «miracle» se reproduit… La personne malade semble s’apaiser… et même les proches qui sont présents se sentent « touchés» en leur être, sans qu’un frôlement, les touche physiquement!

Ce que je suis en train de démontrer n’est pas nouveau. La littérature médicale et théologique l’a déjà démontré plus d’une fois. Mais il est judicieux d’en reprendre conscience, à l’occasion de la Journée mondiale des personnes malades qui aura lieu le 11 février prochain. Cet événement instauré par le pape Jean-Paul II en 1992, nous aide à nous rappeler combien il est important d’être près de nos malades, de les toucher de notre présence, de notre affection, de notre amour. De réaliser aussi l’importance des soins médicaux prodigués dans une vision globale de la personne humaine. On ne soigne pas seulement un membre blessé, mais une « âme », un être « souffrant » dans son corps, et sûrement aussi à des niveaux insoupçonnés. La vie laisse des marques souffrantes sur divers plans : psychologique, physique, spirituel…

Les religions ont toutes créées des rituels de guérison, de libération, de « toucher » thérapeutique, et le christianisme n’y échappe pas. Au plafond de la chapelle Sixtine à Rome, une fresque évoque la création d’Adam : Dieu tend le bras vers l’homme qui, de sa main tendue, cherche à toucher son Créateur. Et en Jésus, Dieu a fait plus que nous tendre la main. Il est descendu vers l’être humain, il s’est fait homme. Il a littéralement touché (avec ses mains, ses doigts, ses paroles, son regard…) les malades qu’on lui apportait en grand nombre. Jésus avait un toucher de compassion pour les malades, les aveugles, les sourds, les muets, les paralysés, les lépreux… Il a touché le brancard où reposait un enfant mort, le fils unique d’une veuve, qu’il relève et remet à sa mère (Luc 7, 14).

Cette main qui a fondé la terre (cf. Isaïe 48, 13) a aussi créé l’être humain : «Tes mains m’ont formé et m’ont façonné… comme de l’argile», s’écrit Job (10, 8-9). Et elle continue de nous secourir, de nous délivrer… Jésus nous tend la main par celle des disciples qui ont à cœur la parole de Jésus : «c’est moi que vous avez visité» (Matthieu 25, 36), lorsqu’ils se déplacent pour « toucher » le cœur de leur frère ou de leur sœur malade. Jésus touche et se laisse toucher : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est moi-même! Touchez-moi et voyez…!» (Luc 24, 38-40). Le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus est la preuve indélébile de son amour. Soyons des témoins de cet amour lorsque nous prenons soins des malades, que nous les visitons, que nous les touchons de nos mains, de nos caresses et surtout de notre présence. Une présence humaine qui prend soin et devient Présence de l’Autre qui touche et qui guérit.

Lors de votre prochaine visite chez le médecin, pensez à cela lorsque ce dernier vous « touchera » une partie du corps… Un toucher thérapeutique qui peut, à l’occasion, se revêtir d’une connotation toute spirituelle! Le pape François écrivait d’ailleurs ces derniers jours : « Jésus est avec les malades, avec ceux qui ont des problèmes. Et c’est vrai. Je sais que quand on souffre, quand il y a des problèmes, c’est difficile à comprendre mais il ne s’agit pas de comprendre, il s’agit de sentir, de sentir les caresses de Jésus. Seulement cela. Et cela console. » (lors d’une visite des malades à la paroisse romaine Sainte-Marie à Setteville de Guidonia, le dimanche 15 janvier 2017).

Bonne Journée mondiale des malades 2017!

Michel Lafontaine

En l’an 2017, est-ce que je choisis de Lui consacrer au moins 2 minutes par jour ?

Mgr Paul LortieNous commençons l’année 2017. Pouvons-nous faire nôtre ce souhait : consacrer au moins deux minutes par jour au Seigneur dans la prière? Deux minutes pour être plus conscient de notre relation personnelle avec Dieu. En entrant régulièrement dans cette dynamique spirituelle, nous fortifions l’alliance d’amour qui nous unit au Seigneur. Nous nous abreuvons à la Source de vie éternelle qui est cachée au plus intime de notre cœur. Humblement par cette prière quotidienne, nous mettons notre confiance en Dieu pour vivre les joies et les peines de notre journée. Nous nous exposons à un soleil capable de dissiper les nuages obscurcissant le paysage. Ce temps de recueillement et de silence deviendra une halte bienfaisante apportant paix, joie, force et espérance. Pouvons-nous nous offrir ce cadeau simple, humble et puissant? Il nous oriente vers l’essentiel et nous fait communier à un amour éternel que nous vivrons un jour en plénitude.

Deux minutes de prière par jour, c’est peu, mais à la fois beaucoup. Si nous y sommes persévérants, nous témoignons d’une fidélité, d’un amour, d’une foi et d’une confiance envers l’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu est avec nous. Des changements prometteurs sont à envisager. Nous trouverons le monde beau. Nous deviendrons des disciples-missionnaires d’une Bonne Nouvelle. Nous regarderons les autres de façon plus positive et nous serons émerveillés devant tant de gestes gratuits autour de nous. Nous percevrons mieux nos fragilités et nos limites en reconnaissant nos torts et nos faiblesses. Le chemin du pardon sera plus souvent emprunté, car nous expérimenterons que le Seigneur veut constamment nous donner une autre chance tout en nous invitant au même pardon pour autrui. Notre cœur sera plus compatissant pour les petits.

Deux minutes de prière par jour en 2017, c’est aussi faire sienne l’orientation pastorale du message de l’évêque lors du lancement diocésain de septembre 2016 pour demeurer une « eau vive » désaltérante, limpide, pure et libératrice qui rassasie les plus grandes soifs du cœur humain. Idéalement vivre une minute le matin et l’autre le soir. Notre prière du matin sera comme un élan du cœur, accompagnée d’intimité ou de brèves paroles. En voici des harmoniques : « Seigneur, guide-moi aujourd’hui »; « Seigneur, protège-moi et donne-moi ta paix ». Chacune, chacun est appelé à découvrir son refrain favori. Le soir, c’est le temps de la récolte et de peser le pour et le contre de notre quotidien : dire merci pour tout ce que nous avons vécu de beau et de bien et reconnaître devant le Seigneur en quoi notre cœur s’est parfois fermé à l’amour : « Seigneur, prends pitié de nous ».

Quelle belle année 2017 en perspective! Bonne et heureuse année!

Pour aller plus loin sur le chemin de la prière : Des conseils pour être fidèle à la prière quotidienne : il est préférable de choisir de prier à la même heure. Il est plus facile de choisir le même lieu : dans sa chambre, en auto, avant d’aller à l’ordinateur, etc. D’autres prennent des prières familières : le signe de la croix, le Je vous salue Marie ou encore le Notre Père. Aimeriez-vous partager votre expérience spirituelle avec moi? Laissez-moi un commentaire afin que je puisse vous joindre.

Paul Lortie

Pour Noël, as-tu besoin d’un sauveur?

RicherMarcUn sauveur : pourquoi ? Pour nous sauver de quoi ?

Il y a au-delà de 2 000 ans, des bergers qui, gardant leurs brebis durant la nuit de la « Nativité », furent fort étonnés d’apprendre une nouvelle venant du ciel : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur ! »

Il me semble que nous avons un jour ou l’autre besoin de quelqu’un pour nous aider à passer à travers une épreuve tels la maladie, un deuil, une période de solitude, de dépression, de problèmes économiques, de remise en question dans la vie de couple, etc.

Il faut une bonne dose d’humilité pour accepter d’avoir besoin de quelqu’un. Accepter de ne pas connaître toutes les solutions. Accepter de laisser intervenir quelqu’un d’autre dans nos affaires personnelles.

Pas facile pour bien du monde de nos jours d’accepter d’avoir recours à Dieu!

Pourtant, il faut savoir que Dieu ne veut rien imposer, sinon il ne se serait pas fait petit enfant dans une crèche. Et quel est son désir ? Nous indiquer un chemin de vie qui part du cœur de son cœur, et qui rejoint le cœur de l’être humain.

À preuve, en ce temps des Fêtes, les élans de partage et de grande charité qui sont médiatisés, ou encore accomplis dans la plus grande discrétion. Oui, il se vit beaucoup de partage et d’entraide dans les communautés de notre région! Et ce, dans une période d’incertitude pour beaucoup de travailleurs et de gens d’affaires.

Je suis touché de lire les hebdos régionaux de notre diocèse et d’y apprécier ce qui se fait et se vit en terme d’activités de levée de fond, de guignolée, de repas communautaires. Bravo à tous les bénévoles, et merci à toute personne qui a pu contribuer, même modestement.

Je vous reviens avec la question d’introduction : « As-tu besoin d’un sauveur ? » Une réponse à cette interrogation : les mots de l’évangile de Luc que nous entendons à la messe du 24 décembre : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Luc 2, 10-11

Alors, comme la fête de Noël est le temps d’une bonne nouvelle, permettez-moi de vous offrir quatre vœux pour ce Noël 2016, en m’inspirant de ces mots d’Évangile.

D’abord, se faire dire « ne craignez pas » voilà un très beau vœu d’encouragement. N’ayons crainte des contradictions et des difficultés que nous rencontrons dans notre quotidien.

Ensuite, se faire dire « je viens vous annoncer une bonne nouvelle » voilà un très beau vœu d’espérance. Quant dans notre quotidien la misère, les déceptions et les injustices peuvent nous faire vivre dans le désespoir, le ciel vient nous redonner cet espoir qui nous semble perdu.

Également, se faire dire qu’il y a « une grande joie pour tout le peuple », voilà un autre très beau vœu de joie. Quant dans notre quotidien il y a de la maladie, de la solitude, un deuil, du chômage, et que ces réalités amènent de la tristesse, de l’angoisse et même des dépressions, tournons-nous vers l’Enfant de la crèche, car Il veut apporter sa joie, et même nous redonner la joie de vivre.

Enfin, entendre « aujourd’hui vous est né un Sauveur », ces mots résonnent le vœu d’avoir une belle qualité de vie. Le petit enfant couché dans la crèche, comme les tous petits de nos familles, nous disent l’importance et la valeur de chaque personne humaine. Chacun de nous a une valeur infinie. Toute personne est une histoire sacrée.

Je souhaite que ce Noël 2016 apporte du courage, de l’espérance, de la joie et une belle qualité de vie. Que sur nos chemins de joie, ou parfois même de chagrin, Celui que l’on célèbre à Noël, nous accompagne de sa présence, puisque, nous pourrions avoir effectivement besoin d’un sauveur !

Je souhaite que Noël 2016 change un petit quelque chose en nous et transforme le milieu dans lequel nous vivons.

Quelle que soit notre façon de fêter Noël, le ciel nous fait signe : « Gloire à Dieu…Paix aux hommes qu’il aime ! »

Joyeux Noël ! Que nos mots tournent à la tendresse.

Joyeux Noël ! Que nos mains se tendent et que nos partages aient le goût de la générosité.

Joyeux Noël ! Qu’il y ait place à notre table pour celle ou celui qui nous est proche, comme pour l’éloigné.

Que Noël 2016 nous soit une naissance, un recommencement, un signe de Dieu.

Marc Richer

Brian !

jeanfrancoisJe l’ai rencontré au coin de la rue Sainte-Catherine et de la rue Peel, en plein centre-ville, juste en face du magasin de musique et de films HMV. Il était assis par terre, en fait assis sur une boîte de carton démontée, le dos appuyé contre le mur de la boutique Roots Canada. Il avait une tuque bien enfoncée sur la tête, elle était verte. Il portait une couverture sur les épaules, vous savez ces petites doudous de molleton? Il tenait un verre de Tim Horton vide entre ses mains. Brian ne demandait rien. Brian ne disait rien. Brian ne regardait personne. Il avait les yeux fixés au sol, enveloppé dans la honte, je suppose. Dans la honte d’avoir perdu une partie de sa dignité humaine et de devoir mendier la charité pour manger. D’autres nous interpellent. D’autres nous demandent de l’argent. D’autres sont insistants. Lui, non. Brian attendait simplement que la bonté se manifeste au cœur d’un passant ou d’une passante. Il n’attendait rien et il attendait tout en même temps. Mendiait-il vraiment pour de l’argent? Pour manger? J’ai pensé qu’il mendiait d’abord pour le réconfort, pour la tape sur l’épaule ou encore pour un simple sourire. Brian est jeune. Je ne lui donne pas 25 ans. Il a des origines asiatiques. Si on s’était croisé tout bonnement dans la rue, je me serais passé la réflexion qu’il est un étudiant universitaire, qu’il doit être brillant et qu’il doit réussir tout ce qu’il entreprend. Brian était peut-être étudiant universitaire. Brian réussissait peut-être tout ce qu’il entreprenait. Puis un jour l’échec. L’échec scolaire? L’échec amoureux? L’échec de subir la pression des autres? L’échec de subir sa propre pression? L’échec de ses attentes personnelles trop élevées? L’échec de ses relations familiales? L’échec de l’échec peut-être?

Il faisait froid. J’avais froid. Il devait avoir froid, assis-là, par terre. Je lui ai fait un sourire. Il m’a regardé avec un air triste. De la douleur dans les yeux. De la douleur dans l’âme. Je suis passé tout droit. De la douleur dans les yeux. De la douleur dans l’âme. J’ai passé deux coins de rue. J’ai trouvé le premier Tim Horton. J’ai acheté un grand chocolat chaud et un muffin aux carottes, puis j’ai rebroussé chemin. Il était recroquevillé. La tête entre les jambes. La couverture par-dessus la tête. Il pleurait, je crois. Je lui ai mis la main sur l’épaule. Il a relevé la tête. Je lui ai souri, lui ai donné ce que j’avais acheté pour lui et suis reparti. Sans rien dire, comme lui. J’ai respecté son silence. J’ai respecté sa tristesse. J’ai respecté ce qu’il était.

Quelques jours plus tard, j’ai fait de même. Le même Brian. La même tuque verte. La même couverture de molleton. La même honte dans les yeux. Le même silence. Il regardait vers le sol. Il ne m’a pas vu passer. J’ai fait deux coins de rue. J’ai acheté un grand chocolat chaud et un sandwich, puis j’ai rebroussé chemin. Cette fois, il me regardait venir. Il m’a souri. Il m’a demandé mon nom. Je lui ai demandé le sien. Il m’a dit merci. Il m’a dit qu’il me reconnaissait. Il m’a dit qu’il était content de me revoir. Je lui ai mis la main sur l’épaule. Je lui ai dit d’être courageux. Je lui ai dit que j’allais repasser. Il m’a souri. Je suis parti. Je ne sais rien de son histoire. Je ne sais rien de lui. Je sais seulement qu’il est humain, et cela me suffit. Il ne sait rien de moi. Il ne sait pas que je suis prêtre. Il ne sait pas que je suis chrétien. Il ne sait pas que j’ai la foi. Il n’a pas besoin de le savoir. Il sait que je suis humain, et cela lui suffit. Nous sommes humains, cela ne pourrait-il pas toujours nous suffire?

Brian a disparu. Je ne l’ai pas vu depuis plus d’une semaine. Je ne le connais pas, et pourtant je suis inquiet. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais le revoir. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais lui parler. Je ne le connais pas, et pourtant j’aimerais l’encourager. J’espère qu’il va bien. J’espère qu’il n’a pas de problème. J’espère qu’il est entre bonnes mains. Il est humain, et cela me suffit.

Jean-François Roy

Trump-manie ou Trump-erie?

SiroisJean-RenéRadio Vatican informe que selon un sondage réalisé par CNN à la sortie des bureaux de vote, les chrétiens auraient voté pour le candidat républicain. Sur l’ensemble des protestants, la victoire du candidat républicain est nette : 60 % contre seulement 37 % pour Hillary Clinton. La très grande majorité, 81%, des évangéliques blancs lui ont accordé leurs suffrages. Le vote catholique (25% de l’électorat américain) serait plus serré : ils sont 52 % à avoir donné leur voix à Trump contre 45 % à Clinton.

Ces chrétiens et ces catholiques ont voté surtout en fonction des allusions du candidat Trump durant la campagne électorale au fait qu’il voulait lutter contre l’avortement… Qu’en sera-t-il vraiment? Ça reste à voir… Il semble que dans le passé, il se soit prononcé en faveur de l’avortement…

Je ne suis pas pour l’avortement, mais je ne suis pas favorable non plus à mettre des personnes en prison (réelle ou dans leur cœur) sous prétexte de défense de l’avortement… Je suis d’avis qu’un jour l’avortement ne sera plus un choix favori par les personnes qui penseront à y recourir… C’est par l’éducation et la conscientisation que ça se fera et que ça doit se faire, et non par la culpabilisation ou la condamnation… D’ailleurs, la miséricorde envers les femmes qui ont subi un avortement, était un des motifs du pape François pour instituer l’année de la Miséricorde qui se termine avec la fête du Christ-Roi (20 novembre). Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme recourt à ce choix… Elles sont souvent poussées à faire ce choix, que j’ose dire : contre-nature, à l’encontre sûrement de leur désir plus profond d’être mère… Et elles en souffrent…

Pour revenir à M. Trump, je laisse aux analystes politiques de commenter ce choix des électeurs américains; je veux plutôt regarder ce que signifie pour un chrétien de donner, par un vote, son appui au candidat Trump :

1- Il se dit pro-vie, mais pour une plus grande libéralisation de la circulation et de la vente des armes à feu : contradiction flagrante…

2- Il se dit en faveur de la construction d’un mur de 3,000 Kms à la frontière avec le Mexique; à ce sujet, le pape François a déclaré qu’un homme qui voulait construire des murs entre les états n’était pas chrétien.

3- Il alimente la haine envers les gens d’autres religions, d’autres races, d’autres cultures…

4- Il veut prendre des mesures pour favoriser grandement la pollution sous toutes ses formes et ainsi nuire gravement à l’évolution de l’environnement de toute la planète…

5- Il veut mettre fin au régime d’assurance-santé mis sur pieds avec grande peine par le Président Obama, ce qui priverait 20 millions de pauvres de soins de santé…

6- Son langage grossier, ses insultes répétées, son mépris pour les femmes et pour de nombreuses autres catégories de personnes (musulmans, noirs, mexicains etc…) sont, à première vue, très éloignées des enseignements du Christ dans l’Évangile…

7- Son attitude hautaine, ses constantes références à son unique personne pouvant apporter le salut aux gens vivant des difficultés diverses, me fait un peu penser à ce passage de l’évangile de dimanche le 13 novembre : « Prenez garde de ne pas vous laisser éga­rer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !…» (Lc 21,8)

8- Sa richesse mirobolante, avec laquelle il semble vouloir se glorifier plutôt que partager, et sa volonté de favoriser la classe la plus fortunée aux dépends des plus pauvres, pose aussi question en regard des enseignements du Christ et de la doctrine sociale de l’Église qui place au cœur de son message: la recherche du bien commun…

Enfin, je ne veux pas me faire ‘donneur de leçon’, mais il me semble que tout cela pèse très fort d’un côté de la balance pour faire contrepoids à sa supposée conviction pro-vie…Il reste à souhaiter que parmi ses contre-valeurs, il ait aussi celle de ne pas tenir parole…Quoiqu’il en soit, je prends cette position, car ses propos me font trop penser à d’autres manipulateurs de foules bien connus, qui se sont aussi fait élire et qui se sont transformés en dictateurs les plus terrifiants de l’Histoire… Quelques noms?… Hitler… Marcos … Duvalier…Le plus grand allié de tous ces personnages : le silence, la complaisance, voire l’indifférence des ‘gens ordinaires’…Je prie de toutes mes forces que je me ‘trump’e…

Jean-René Sirois

La laïque laïcité s’envole ! Vive la neutre neutralité : projet de loi 62!

lafontainemichelNos cousins français, qui vivent dans une république laïque, ont célébré le 1er novembre dernier, la fête très chômée de la Toussaint, comme ils le font aussi pour d’autres fêtes très « chrétiennes » comme l’Ascension ou l’Assomption! Pendant ce temps, au Québec, l’étude du projet de loi 62, mis de l’avant en juin 2015, est à l’ordre du jour. Au cours des prochaines semaines, nous serons interpellés par les médias et nos élus sur la fameuse « laïcité » de l’appareil gouvernemental.

Or, surprise ! Aucun mot sur la laïcité dans dit projet de loi proprement dit, du moins dans le corpus du texte ! La laïque laïcité s’envole pour donner place à la neutre neutralité ! Peut-être cette prise de position est-elle légitime ? Car, en religion, « laïc » signifie « qui n’appartient au clergé ». Dans l’Église, le Peuple de Dieu est partagé entre les laïcs et les ecclésiastiques ! On peut aussi donner une autre définition au mot laïc : « qui est indépendant de toute confession religieuse », ce qui signifie qu’une personne laïque n’est pas religieuse ! En France, la laïcité exprime ainsi la nette séparation entre ce qui appartient au domaine religieux et au domaine civil.

Je vous avoue que, sur un sujet aussi sensible, je ne suis pas fâché par le fait qu’on préfère orienter la discussion et les débats publics en parlant de « neutralité ». Le texte législatif débute ainsi : « Considérant la neutralité religieuse de l’État, la présente loi a pour objet d’établir des mesures visant à en favoriser le respect. À cette fin, elle impose notamment aux membres du personnel des organismes publics le devoir de neutralité religieuse dans l’exercice de leurs fonctions ». Or, tout au long des 6 chapitres, divisés en 18 articles, la loi 62 fait silence sur tous les signes religieux (y compris le crucifix de l’Assemblée Nationale), insiste sur le fait d’être à « visage découvert » lors de la prestation de service, et entend ne pas légiférer sur les « éléments emblématiques ou toponymiques du patrimoine culturel du Québec (y compris le religieux). Ainsi, il n’est pas question de « débaptiser », par exemple, le nom du Centre hospitalier de « l’Hôtel-Dieu » de Saint-Jérôme !

J’ai été embauché récemment comme intervenant en soins spirituels (aumônier) à l’Hôpital de Rivière-Rouge du CISSS des Laurentides. Rappelons que nos établissements de santé, comme nos écoles publiques, relèvent entièrement du gouvernement. Depuis longtemps, l’Église n’a plus son mot à dire dans l’administration de ces institutions. Même pour les services des soins spirituels, comme on les appelle maintenant depuis une dizaine d’années dans les milieux publics de santé. Mon « patron » n’est pas l’évêque du diocèse, pour ainsi dire, mais plutôt le gouvernement qui me paie mon salaire. Mais le fait d’être « fonctionnaire » n’enlève rien au fait que je suis un « vrai » prêtre. Donc, un membre du clergé, appelé en milieu public, à ne pas « convertir » les gens, mais à les accompagner au plan spirituel et religieux, avec grand respect, dans l’épreuve qu’ils traversent (voir note 1). J’ai œuvré depuis près de 20 ans au CHUM, au CHU Sainte-Justine, au CSSS Sud-Ouest Verdun, et je me faisais un point d’honneur, même comme prêtre, de ne pas porter de signes religieux dans ces institutions publiques. Non pas parce que j’étais gêné ou honteux, ou voulais cacher ma religion ou mon sacerdoce, mais par respect des personnes hospitalisées dans ces établissements, venant de tous horizons et de toutes cultures, particulièrement en milieu urbain.

Cependant, avec le temps, ma notion de respect a progressé. Cette fois-ci, lorsque j’ai été engagé à l’Hôpital de Rivière-Rouge, j’ai décidé de porter une petite croix. Non pas ostentatoire. Délicate, discrète, du même modèle de l’artiste Devele que porte le Saint-Père. On y aperçoit le Bon Pasteur tenant une brebis sur ses épaules. Il faut dire que les populations de nos régions se révèlent plus homogènes que les milieux urbains au plan culturel et religieux. Et j’affirme ne pas manquer de respect pour ceux et celles que je dessers dans le domaine spirituel et religieux en portant délibérément cette petite croix. J’ai croisé à maintes reprises des professionnels de la santé portant un voile, comme nos religieuses autrefois, et je constate que présentement, dans le gouvernement Trudeau, qu’il y a un ministre important qui porte son turban sans offenser qui que ce soit.

J’ai accompagné de très près, des dizaines de familles musulmanes, juives, ou « sans religion », mais qui trouvaient dans leur spiritualité (leurs valeurs, leurs croyances) des mots et un sens aux maux qu’ils vivaient. Je crois que le respect de l’autre passe aussi par le respect de mes propres valeurs. Le respect de la spiritualité de mes patients m’amène à respecter mes propres croyances. Je me réjouis que le projet de loi 62 ne tombe pas dans le piège des « détails », mais demeure neutre, pour laisser place, comme en France, au respect, même d’un patrimoine culturel ou religieux.

Je termine par ces mots : la croix que je porte au cou, discrètement, mais sûrement, interpelle tout autant la clientèle hospitalisée que les professionnels soignants. Presque chaque jour, un patient ose palper ou saisir cette croix. Une dame qui hospitalisait son mari pour le « placer », me disait en touchant ma croix : « Moi et mon mari, ne sommes pas pratiquants, mais vous savez, nous sommes croyants! »Le projet de loi étant silencieux sur les signes, peut-être cela me permet-il de moins paraître hors la loi, mais les accommodements raisonnables n’existent pas, justement, pour les partisans d’un seul bord. D’autant plus, que dans son préambule, le projet de loi « prévoit que ce devoir ne s’applique pas aux membres du personnel qui, dans certains organismes, offrent des services d’animation spirituelle ou sont chargés de dispenser un enseignement de nature religieuse ». La loi me donne raison en quelque sorte. Mais n’oublions pas que le respect doit se vivre dans tous les camps. Suis-je trop large d’esprit? Qu’en pensez-vous?

Michel Lafontaine

Note 1 : Il est important de préciser que je n’ai pas été embauché en qualité de « prêtre », mais pour mes qualifications (études et stages) et ma longue expérience en soins spirituels. Le fait d’être prêtre n’est pas requis pour le titre d’emploi comme intervenant en soins spirituels. Ce n’est qu’un « plus » à l’emploi, non négligeable, car je peux ainsi célébrer les sacrements de rite catholique.