Fin de vie prévisible…

SiroisJean-RenéSelon le projet de loi C-14 actuellement à l’étude au parlement fédéral, pour obtenir l’aide médicale à mourir, il doit être démontré qu’une personne est dans une situation médicale caractérisée par un «déclin avancé et irréversible de ses capacités» (…) et que «sa mort naturelle est devenue raisonnablement prévisible compte tenu de l’ensemble de sa situation médicale, sans pour autant qu’un pronostic ait été établi quant à son espérance de vie.»

Je n’ai ni l’intention ni la compétence pour commenter ce texte du projet de loi dans son aspect juridique. Je veux plutôt l’aborder ici du côté de la personne atteinte d’une maladie ou d’un handicap grave.

Au Québec, on sait que la situation est plus claire en ce que, pour recevoir l’injection mortelle, la personne doit être vraiment en phase terminale et atteinte de souffrances physiques ou psychologiques qui ne peuvent être apaisées par les traitements usuels…

– Article 26 du projet de loi 52 adopté le 5 juin 2014 à l’Assemblée Nationale du Québec –

Seule une personne qui satisfait à toutes les conditions suivantes peut obtenir l’aide médicale à mourir:

1° elle est une personne assurée au sens de la Loi sur l’assurance maladie (chapitre A-29);

2° elle est majeure et apte consentir aux soins;

3° elle est en fin de vie;

4° elle est atteinte d’une maladie grave et incurable;

5° sa situation médicale se caractérise par un déclin avancé et irréversible de ses capacités;

6° elle éprouve des souffrances physiques ou psychiques constantes insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions qu’elle juge tolérables.

En théorie, la personne malade doit savoir que si elle fait une demande pour avoir droit à ce «service», cela ne l’affectera que pour une période de temps à peu près connue et que sa survie, de toutes façons, serait brève si elle choisissait de laisser aller le cours naturel des choses…

Le projet de loi fédéral, tenant compte de l’arrêt Carter, ouvre une porte beaucoup plus grande pour la personne qui pourrait se poser la question à savoir si elle va ou non faire une demande pour qu’on mette fin à ses jours ou qu’on l’aide à le faire…   Et c’est ici qu’entre en jeu tout le questionnement du côté de la personne malade : que faire ? Demander la mort pour mettre fin à une vie estimée par les autres de mauvaise qualité ? Ou pour mettre fin à des souffrances physiques ou psychologiques ? Qui n’a pas de souffrance physique ou psychologique ? Qui peut dire que les souffrances de quelqu’un d’autre sont tolérables ou ne le sont pas ?… On peut presqu’entendre des commentaires qui diraient : «Ça n’a pas de sens de subir les souffrances que tu ressens ! Moi, à ta place, je demanderais l’aide à mourir…» Donc pression énorme sur ces personnes face à cette possibilité de choisir la mort… Il faudra énormément de courage à une personne pour résister à des pressions ressenties et cela même si elles ne sont pas exprimées verbalement…

En ce sens, le vendredi 6 mai, L’Arche Canada (Jean Vanier) a réagi en mettant en garde les législateurs pour que soit pris en compte la vulnérabilité des personnes visées par la loi : «Nous félicitons le gouvernement, qui affirme « la valeur inhérente et l’égalité de chaque vie humaine », décourage « les perceptions négatives au sujet de la qualité de vie des personnes âgées, malades ou handicapées » et indique clairement que « les personnes vulnérables doivent être protégées contre toute incitation à mettre fin à leur vie dans un moment de détresse ». Le projet de loi est à juste titre axé sur l’aide médicale s’adressant exclusivement aux personnes en fin de vie. Cependant, ces déclarations n’auront de sens que si des mécanismes sont mis en place pour fournir des garanties vigoureuses, tel que demandé dans la « Norme sur la protection des personnes vulnérables». 

Jean-René Sirois

L’aide médicale à mourir: un soin? (première partie)

ChalifouxAndréLa loi 52 sur l’aide sur l’aide médicale à mourir fait beaucoup de vagues, tant chez les tenants de la loi que chez les opposants.  Émissions de radio et de télévision, journaux et revues, médias électroniques, prises de position, tantôt équilibrées, tantôt extrêmes, tout a concouru à publiciser la loi québécoise. Bien entendu les évêques du Québec sont de la partie. On les accuse d’intégrisme et de faire appel à la liberté de conscience des médecins pour que ceux-ci n’appliquent pas la loi.

Admettons que le sujet n’est pas facile. Il y va non seulement de soins mais de la vie elle-même. Les évêques du Québec ont pris position en assemblée générale et ont produit un document en date du 8 décembre dernier, intitulé « Approcher de la mort avec le Christ ». Ils y rappellent le caractère sacré de la vie, de son tout début jusqu’à sa toute fin.  Et ils font bien sûr référence à Dieu, à l’Évangile, à la foi, contrairement à beaucoup d’opinions, d’idées et de propositions qui ont cours dans le grand public.

Les évêques appuient les soins palliatifs et demandent même qu’ils soient intensifiés et garantis partout au Québec, sachant très bien que le gouvernement, par la Ministère de la santé, a encore pas mal de travail à faire là-dessus en certains endroits.  Mais ils indiquent bien que l’euthanasie n’est pas un soin, mais bel et bien le fait de mettre volontairement fin à la vie.  Ils y a en effet une énorme différence, et dans les faits et dans les intentions, entre donner des soins palliatifs qui peuvent éventuellement accélérer la fin de la vie et le fait de mettre carrément fin à la vie.

Là-dessus ils ont l’appui de nombreux médecins qui ont clairement affirmé leur opposition à l’euthanasie, que ce soit par leur opposition au projet de loi lorsqu’il a été présenté ou par leur intention de ne pas appliquer la loi une fois celle-ci votée. Rappelons que 59% des mémoires présentés à la Commission spéciale sur le projet de loi se prononçaient contre le projet et que plus de 600 médecins ont signé une pétition demandant le retrait du projet de loi. De plus, au moment du vote sur le projet, 22 députés ont voté contre, y compris le docteur Couillard, maintenant premier ministre, qui a depuis changé son fusil d’épaule.  Contrairement à ce que certains ont affirmé le projet n’a donc pas été adopté à l’unanimité.

Le docteur Barrette, ministre de la santé, a tout récemment invité à réfléchir ceux des médecins qui entendent ne pas appliquer la loi en laissant entendre qu’ils avaient l’obligation de l’appliquer.  C’est très grave, car il s’immisce dans leur conscience, eux qui ont affirmé clairement que donner la mort n’est pas un soin et qu’ils ne donneraient pas le cocktail qui y mène directement…     (à suivre)…

André Chalifoux

Journée mondiale des personnes malades – « Guichet libre-service »

lafontainemichelDepuis plus de 20 ans, à l’initiative de Jean-Paul II, le 11 février est consacré comme une journée de sensibilisation mondiale à la cause des personnes malades et du rôle « vocationnel » du personnel qui en prend soin. La semaine dernière, la Cour suprême du Canada a ouvert la porte au « libre-service », i.e. qu’elle a dit oui à ce qu’on appelle « l’aide médicale à mourir ». La Presse + qualifie même cette décision d’ « énorme victoire » par les défenseurs des droits des patients. Un homme atteint de la terrible maladie de Lou Gehrig s’exprime : « C’est comme un passeport. Je pourrai l’utiliser si je veux. Mais je ne serai pas obligé. »

D’autre part, à l’occasion de la semaine de prévention du suicide, un auteur et enseignant en sociologie, Vincent Paris, affirme dans une lettre ouverte : « Les vrais tabous du suicide »,  que le suicide « n’est pas un problème de santé mentale, mais bien de santé sociale. » Curieusement, le taux de suicide est plus élevé aux beaux jours de l’été que pendant le mois de froid extrême de février…Il écrit également que la famille, l’entourage de proches, un climat social sain, s’avèrent le meilleur rempart pour atténuer le goût d’en finir et de mourir.

Profitons de l’occasion de la journée mondiale des malades 2015 pour réfléchir sur les valeurs évangéliques axées sur le « prendre soin » du prochain. La pastorale, le pasteur, et les soignants sont tous « des intervenants en soins spirituels » en quelque sorte. Ils contribuent à donner du sens à ce qui n’a pas de sens, à trouver des forces vives enfouies au cœur de la personne et à se rattacher à sa spiritualité, ses croyances, ses valeurs. La foi chrétienne amène les croyants à faire tout ce qui est possible pour soulager la douleur physique et la souffrance du cœur… Découvrir de nouveaux médicaments qui soulagent, investir davantage et rendre accessible à plus de personnes à de véritables soins palliatifs humanisés qui apportent le soulagement non seulement médical, mais une présence humaine et compatissante.

Les évêques du Canada ont réagi fortement à la décision de la Cour Suprême : ils disent clairement qu’il faut promouvoir les meilleurs soins en fin de vie.  Le « guichet libre-service » doit aussi posséder un bouton supplémentaire : «Je veux des soins palliatifs professionnels et rassurants» pour vivre la dernière étape de ma vie. S’il y a un seul choix : l’aide médicale à mourir, qui s’appelait autrefois « euthanasie » peut apparaître comme un passeport… Quoi en penser? Se réjouir, se sentir soulagé ou s’inquiéter du déclenchement d’une lumière jaune ou rouge?

Michel Lafontaine