Trump-manie ou Trump-erie?

SiroisJean-RenéRadio Vatican informe que selon un sondage réalisé par CNN à la sortie des bureaux de vote, les chrétiens auraient voté pour le candidat républicain. Sur l’ensemble des protestants, la victoire du candidat républicain est nette : 60 % contre seulement 37 % pour Hillary Clinton. La très grande majorité, 81%, des évangéliques blancs lui ont accordé leurs suffrages. Le vote catholique (25% de l’électorat américain) serait plus serré : ils sont 52 % à avoir donné leur voix à Trump contre 45 % à Clinton.

Ces chrétiens et ces catholiques ont voté surtout en fonction des allusions du candidat Trump durant la campagne électorale au fait qu’il voulait lutter contre l’avortement… Qu’en sera-t-il vraiment? Ça reste à voir… Il semble que dans le passé, il se soit prononcé en faveur de l’avortement…

Je ne suis pas pour l’avortement, mais je ne suis pas favorable non plus à mettre des personnes en prison (réelle ou dans leur cœur) sous prétexte de défense de l’avortement… Je suis d’avis qu’un jour l’avortement ne sera plus un choix favori par les personnes qui penseront à y recourir… C’est par l’éducation et la conscientisation que ça se fera et que ça doit se faire, et non par la culpabilisation ou la condamnation… D’ailleurs, la miséricorde envers les femmes qui ont subi un avortement, était un des motifs du pape François pour instituer l’année de la Miséricorde qui se termine avec la fête du Christ-Roi (20 novembre). Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme recourt à ce choix… Elles sont souvent poussées à faire ce choix, que j’ose dire : contre-nature, à l’encontre sûrement de leur désir plus profond d’être mère… Et elles en souffrent…

Pour revenir à M. Trump, je laisse aux analystes politiques de commenter ce choix des électeurs américains; je veux plutôt regarder ce que signifie pour un chrétien de donner, par un vote, son appui au candidat Trump :

1- Il se dit pro-vie, mais pour une plus grande libéralisation de la circulation et de la vente des armes à feu : contradiction flagrante…

2- Il se dit en faveur de la construction d’un mur de 3,000 Kms à la frontière avec le Mexique; à ce sujet, le pape François a déclaré qu’un homme qui voulait construire des murs entre les états n’était pas chrétien.

3- Il alimente la haine envers les gens d’autres religions, d’autres races, d’autres cultures…

4- Il veut prendre des mesures pour favoriser grandement la pollution sous toutes ses formes et ainsi nuire gravement à l’évolution de l’environnement de toute la planète…

5- Il veut mettre fin au régime d’assurance-santé mis sur pieds avec grande peine par le Président Obama, ce qui priverait 20 millions de pauvres de soins de santé…

6- Son langage grossier, ses insultes répétées, son mépris pour les femmes et pour de nombreuses autres catégories de personnes (musulmans, noirs, mexicains etc…) sont, à première vue, très éloignées des enseignements du Christ dans l’Évangile…

7- Son attitude hautaine, ses constantes références à son unique personne pouvant apporter le salut aux gens vivant des difficultés diverses, me fait un peu penser à ce passage de l’évangile de dimanche le 13 novembre : « Prenez garde de ne pas vous laisser éga­rer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !…» (Lc 21,8)

8- Sa richesse mirobolante, avec laquelle il semble vouloir se glorifier plutôt que partager, et sa volonté de favoriser la classe la plus fortunée aux dépends des plus pauvres, pose aussi question en regard des enseignements du Christ et de la doctrine sociale de l’Église qui place au cœur de son message: la recherche du bien commun…

Enfin, je ne veux pas me faire ‘donneur de leçon’, mais il me semble que tout cela pèse très fort d’un côté de la balance pour faire contrepoids à sa supposée conviction pro-vie…Il reste à souhaiter que parmi ses contre-valeurs, il ait aussi celle de ne pas tenir parole…Quoiqu’il en soit, je prends cette position, car ses propos me font trop penser à d’autres manipulateurs de foules bien connus, qui se sont aussi fait élire et qui se sont transformés en dictateurs les plus terrifiants de l’Histoire… Quelques noms?… Hitler… Marcos … Duvalier…Le plus grand allié de tous ces personnages : le silence, la complaisance, voire l’indifférence des ‘gens ordinaires’…Je prie de toutes mes forces que je me ‘trump’e…

Jean-René Sirois

Retour de la Trudeaumanie ?

lafontainemichelEn 1968, un grand engouement suscité par l’entrée en politique canadienne de Pierre Elliot Trudeau provoqua une vague d’optimisme appelée la trudeaumanie… Les yeux se tourneront vers cet homme jeune, énergique, et anticonformiste. Sa manière de révolutionner la culture, la manière de penser et de vivre amènera P.E. Trudeau à prendre position sur les droits de la personne, en légalisant l’homosexualité et en libéralisant les lois sur le divorce! Toute une révolution!

Presque 50 ans plus tard, le fils de Trudeau, Justin, qui tente de suivre les pas de son père en politique, déclare le 7 mai dernier que les futurs candidats du Parti libéral du Canada doivent obligatoirement être en faveur du droit à l’avortement. Si vous n’êtes pas d’accord avec cette ligne de parti, vous devez prendre la sortie… Évidemment, cette position rompt avec la tradition libérale d’un vote libre sur les questions dites « de conscience ».

Jérôme Lussier, juriste et journaliste à L’Actualité s’interroge d’ailleurs sur cette décision de Justin Trudeau : « La manœuvre de M. Trudeau était-elle politiquement et stratégiquement avisée ? » Ce mouvement sera-t-il décisif pour redonner ses lettres de créance au parti libéral du Canada? Lui qui désire « rajeunir » la politique et son parti, apporte un critère de sélection de ses partisans qui ébranle la démocratie. De plus, il ouvre à nouveau le débat sur l’avortement, débat qui couve sous le couvercle de la marmite depuis longtemps. Je vous avoue ma surprise devant un tel état de fait. De plus, Justin Trudeau argumente que l’avortement « est une question de démocratie ». Il appuie cette position sur l’avortement en citant son père…

On me rétorquera probablement, que, comme prêtre, je suis évidemment « pro-vie ». Donc, que je ne suis pas tout à fait objectif, car « mon Église et ma foi » me dictent de respecter le droit à la vie… Mais là n’est pas toute la question. Est-ce moral, ou peut-on éthiquement obliger les membres d’un parti ou d’un mouvement qui a pour devoir de servir les droits et les intérêts des êtres humains, d’une collectivité, de la démocratie, de la justice et de la paix, de voter en faveur ou non, selon le jugement de leur conscience profonde, ou selon leurs valeurs ou leurs croyances en faveur de telle position plutôt qu’une autre? Où sont les principes de liberté, de démocratie, de libre arbitre ?

Qu’on exige comme critère de sélection d’être parfaitement bilingue pour appartenir au parti, s’avère une exigence non pas basée sur la moralité, mais sur les capacités réelles du candidat ou de la candidate à pouvoir s’adresser à tous ses concitoyens. Mais d’exiger d’être « pro-avortement », est-ce un critère de choix pour assurer les qualités humaines des nouvelles recrues ? Pour ma part, je crois que les chances de vivre une nouvelle « trudeaumanie » sont bien minces !

Michel Lafontaine