La solidarité n’est pas morte… et la nôtre?

Mgr Paul LortieL’événement tragique du déraillement du train au cœur de la Ville de Lac-Mégantic a permis de découvrir la beauté du cœur humain devant la misère humaine. Il est capable de s’émouvoir, de compatir et de se faire proche des personnes qui souffrent. Outre le montant de plus de 7 000 000 $ déjà recueilli par la Croix-Rouge pour venir en aide aux sinistrés de ce terrible accident, il est intéressant de constater les gestes, les paroles, les initiatives variées pour accompagner les personnes éprouvées. Chacun y est allé selon ses dons et ses talents! Nous ne cessons pas de nous émerveiller devant les heureuses surprises qui ont vu le jour pour exprimer la compassion, la mansuétude et la miséricorde.

Parmi les nombreux pompiers qui ont apporté leur collaboration pour tenter de retrouver les restes des victimes, il y eu quatre pompiers de Mont-Laurier et six de Kiamika. Des paroisses de notre diocèse ont aussi  procédé à une collecte spéciale pour recueillir des fonds qui seront envoyés à la paroisse Sainte-Agnès-de-Lac-Mégantic. Quelles sont les gestes ou actions qui vous ont davantage touchés ? Est-ce que vous  avez personnellement participé à ce courant de solidarité ?

 En me rendant sur les lieux le 18 juillet dernier, je suis allé me recueillir et prier à l’église Sainte-Agnès. Un magnifique mémorial a été érigé pour nous souvenir des défunts, prier pour leurs familles et témoigner nos sympathies. Des prêtres provenant des diocèses de Sherbrooke, Montréal et Québec étaient sur place pour écouter, accueillir et consoler des personnes déchirées par la mort d’un proche. De réconfortants  messages d’espérance  ont été exprimés par des milliers de personnes pour apaiser la douleur des personnes durement touchées par un deuil. Grâce à la foi en Dieu et en s’appuyant sur la mort et la résurrection de Jésus, il était beau de retenir que la mort n’a pas le dernier mot. Un jour, nous nous reverrons pour partager un bonheur éternel.  

L’événement survenu à Lac-Mégantic nous interpelle et nous invite à être des êtres de solidarité au quotidien car il n’est pas nécessaire d’attendre une catastrophe pour agir. Choisissons de poser notre pierre pour bâtir une civilisation de l’amour et de la solidarité. En empruntant cette route, nous serons nous-mêmes étonnés par le bonheur qui en découlera autour de nous. Dévoilons aux autres la grandeur de notre cœur en soulageant les personnes dans le besoin.  

Jésus dit : « Chaque fois, que tu l’as fait à l’un de ces petits qui sont mes frères et mes sœurs, c’est à moi que tu l’as fait » (Mt 25, 40).

Paul Lortie

L’homme derrière le prêtre!

RoyJean-FrançoisLes tragiques événements du mois dernier à Lac-Mégantic nous ont tous touchés profondément. Les images d’horreur d’une part, mais aussi les gestes d’entraide et les paroles d’amour et de compassion d’autre part. Personnellement, ce drame m’a touché au plus profond du cœur, parce que l’abbé Steve Lemay, curé de la paroisse Sainte-Agnès, est un confrère de séminaire, un ami important et un grand confident.

Le matin du 6 juillet, en voyant les premières images du drame à la télévision, et voyant que l’accident s’était produit tout près de l’église, j’ai tout de suite pensé à lui. Je lui ai envoyé un message texte : « Steve, est-ce que tu vas bien ? » Quelques secondes plus tard : « Oui, mais il n’y a plus de centre-ville et c’est l’Enfer ici ! » J’étais soulagé ! Je lui ai promis de prier pour lui et pour ses paroissiens. Depuis ce jour, on ne s’est presque pas parlé, sachant bien de mon côté qu’il doit mettre tout son temps au service du peuple qui lui est confié. Dans ce blogue, j’ai décidé de rendre hommage à mon confrère et à mon ami.

Cher Steve,

Les dernières semaines ont été éprouvantes pour toi et pour ta petite communauté dans laquelle, depuis près de 4 ans, tu mets ton cœur et tes prières à annoncer le Christ. Je te connais comme un homme d’espérance et de grand courage qui n’a jamais baissé les bras devant les nœuds de la vie, les courbes du chemin et les événements difficiles. Pourtant, je sais que derrière le prêtre qui se doit de maintenir bien fermement le gouvernail et bien au cap le bateau, tu es une personne profondément sensible qui se laisse constamment toucher au cœur et qui doit souffrir beaucoup de voir tes « enfants » dans la peine et dans le désarroi.

Je t’admire mon ami ! Oui ! J’admire ta force et ta maîtrise, j’admire ton courage et l’espérance qui jaillie de tes paroles, j’admire ta sagesse et ta foi. Malgré l’ampleur de cet événement catastrophique, tu as su trouver les mots justes pour remplir la mission qui t’a été confiée le 18 mai 2008 alors que tu étais ordonné prêtre : « Consolez, consolez mon peuple.  Parlez au cœur de la ville et criez-lui : voici le Seigneur qui se tient auprès de vous tel un berger et qui porte sur son cœur chacun de ses agneaux » Is 40, 1.10-11

Cher Steve, le prêtre est appelé à être le papa de la communauté chrétienne, il doit être avec ses enfants, il doit consoler ses enfants, il doit protéger ses enfants. Voilà ce que tu as démontré à toute la population du Québec depuis plus d’un mois. Tu es un pasteur selon le cœur de Dieu, j’en suis certain, je n’en douterai jamais !

Puisse mes prières accompagner ton ministère et mon amitié mettre un baume sur les moments plus difficiles.

Jean-François Roy

« À quelque chose, malheur est bon » …? ? ?

MorinAlain« À quelque chose, malheur est bon », nous apprenait cet adage forgé à même la sagesse populaire de nos ancêtres. Puisque, après son cortège de blessures et de plaintes, de sanglots et de deuils, tout malheur, tout drame, toute crise comporte aussi son propre lot de remises en question et de recherches de solutions pour éviter de revivre les souffrances à peine surmontées.

« À quelque chose, malheur est bon » Ah …oui ? Peut-on espérer qu’il en sera ainsi dans le cas de la tragédie qui vient de se dérouler à Lac-Mégantic et dont nous avons tous et toutes été des témoins impuissants?  Peut-on espérer que la mort des 37 personnes (en date du 16 juillet) retrouvées dans les décombres du centre-ville — en plus des millions de dollars de pertes économiques et de tous les autres types de dommages collatéraux — sera suffisante pour déclencher une révision en profondeur de la réglementation qui régit le transport ferroviaire de pétrole et de matières dangereuses en plein cœur de nos villes comme de nos villages ? Car, après l’explosion destructrice des wagons de pétrole, c’est toute une série de questions qui nous sautaient au visage, éclairant ainsi les raccourcis de plusieurs, les négligences des uns, le laxisme des autres,

Une fois vaincues les forces d’inertie issues du choc de la « commotion cérébrale » tout juste subie, l’esprit humain redémarrait et se mettait en quête de réponses. Comment comprendre que Transport Canada ait permis à la Montreal Maine & Atlantic Railways de n’assigner qu’un seul opérateur de train pour un tel convoi (5 locomotives et 73 wagons de pétrole lourd) ? Comment comprendre qu’un tel convoi soit laissé sans surveillance pendant une nuit entière, sur une voie principale, tout juste au sommet  d’une pente ? Comment comprendre que des wagons non sécuritaires (parois trop minces) puissent transporter, en plein cœur de communautés humaines,  des matières aussi dangereuses et explosives que du pétrole ? Comment expliquer que ces wagons satisfassent à ce qu’on désigne comme des normes « minimales » ? Comment expliquer les lacunes constatées concernant le contrôle de l’entretien régulier de réseaux de rails, des locomotives et de tout le matériel roulant  ?  Comment expliquer que les municipalités ne soient même pas informées du contenu des convois ferroviaires qui les traversent ? Comment expliquer que la réglementation du transport par voie ferrée n’ait pas été davantage resserrée malgré le fait que, au Canada, le volume de pétrole transporté par rail ait quadruplé depuis 2011 (Statistique Canada) ? Ces questions sont devenues les nouveaux  « rails » sur lesquels avance, péniblement et  à tâtons, une « locomotive » désignée sous le nom « d’enquête criminelle ».  Et les ruines fumantes et contaminées du centre-ville de Lac-Mégantic sont devenues…une « scène de crime ».

Bref, comme le démontrait un commentaire de Charles Côté (La Presse, 7 juillet 2013), Lac-Mégantic s’avère « une victime de l’essor pétrolier » (sic). Une victime d’un type de développement économique : la croissance fulgurante de la circulation du pétrole brut sur tout le continent nord-américain (20 fois plus de pétrole brut sur les voies ferrées qu’il y a à peine 5 ans). L’histoire nous a appris que, chez plusieurs civilisations, l’offrande de sacrifices humains était de mise pour apaiser la colère des divinités, pour leur plaire ou encore pour se mériter leurs faveurs. La tragédie de Lac-Mégantic, comme beaucoup d’autres sur la surface du globe (tous systèmes économiques et politiques confondus), nous démontre, encore une fois, qu’il nous faille presque toujours payer le trop lourd prix de pertes humaines pour nous attaquer aux lacunes des systèmes qui régissent nos activités humaines. En serions-nous encore au stade des sacrifices humains aux « divinités » du développement économique à tout crin ? Ou allons-nous choisir de dompter notre insatiable appétit de la hausse du niveau de vie pour investir davantage dans le développement humain?  Pourrons-nous encore dire, dans quelques années, avec la communauté de Lac-Mégantic, « à quelque chose, malheur est bon » ? Ou, malgré le foisonnement actuel de nos connaissances et de nos savoirs, aurons-nous rompu avec la sagesse des générations qui nous ont transmis leurs acquis ?

Alain Morin

Lac-Mégantic : de l’horreur à la quête de sens!

lafontainemichelTout comme vous, j’ai suivi, grâce aux médias, la catastrophe du 6 juillet à Lac-Mégantic. Un train «fantôme » roulant à vitesse folle, sans chauffeur, avec ses wagons remplis de pétrole, a déraillé et explosé telle une bombe de forte puissance au centre-ville, désintégrant maisons et commerces, tuant des dizaines d’êtres humains.

Cet événement a été le « top 3 » de l’actualité mondiale. Reportages et images ont permis de vivre « en direct » avec la communauté de Lac-Mégantic, la colère, la tristesse, la perte, l’incompréhension et l’horreur. Pompiers, policiers, secouristes, médecins, experts, psychologues et bénévoles sont venus immédiatement en aide à la population sous le choc. Plusieurs personnalités politiques ont aussi apporté un soutien aux gens. On a répondu également aux besoins vitaux (nourriture, vêtement, refuge) d’une population en détresse, bouleversée et en exil.  Un vent de solidarité et de communion humaine s’est concrétisé via le réseau social Facebook.

 Ce déploiement d’entraide et de générosité pour rassurer les gens, sécuriser les lieux, procéder aux enquêtes et aux leçons à tirer, m’ont gardé en haleine. Mais, au-delà de l’aide matérielle et du soutien psychologique, je me demandais, comment répond-on au besoin existentiel et vital des personnes à donner un sens à ce qui apparaissait inexplicable pendant ces jours d’enfer ?  Tandis que je regardais les images de la zone sinistrée, je ne pouvais faire autrement que remarquer, se dressant avec presque humilité et gênée, à quelques pas des ruines, l’église Sainte-Agnès, avec son clocher et sa croix. Personne n’a souligné que le temple a été épargné. Personne n’a relevé qu’une aide spirituelle et religieuse a été apportée aux gens qui réalisaient progressivement l’ampleur du drame et la perte d’êtres chers…

Il m’a fallu attendre 7 jours pour « me contenter ». Vendredi le 12 juillet au matin, Radio-Canada annonçait « en primeur » que l’église paroissiale était ouverte toute la journée afin de permettre aux gens, dans l’intimité, loin des journalistes et des caméras, de s’y recueillir, méditer, réfléchir, prier, poser des gestes symboliques. La dimension spirituelle de l’être humain fait partie des besoins fondamentaux à combler lorsque survient une « fin du monde ». Le besoin de revenir à la source, à ses valeurs, à ses croyances, à ce qui aide à donner du sens, s’avère essentiel pour survivre à un tel chaos…

Paul Claudel a écrit : «Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer. Il est venu la remplir de sa présence…» Même si la réponse au besoin spirituel de sens a semblé tarder, n’oublions pas que, pendant toute la semaine, des messages de sympathies sont arrivés à Lac-Mégantic de partout dans le monde, même du pape lui-même! Des célébrations de prières et de lumière se sont vécues au cours de la fin de semaine, un peu partout au Québec, en communion avec la communauté de Lac-Mégantic… Enfin, je m’en réjouis, un lieu physique et spirituel, l’église, évoquant la présence divine, a été mis à la disposition des gens pour les aider à passer de l’horreur à la quête de sens ! Le pasteur et la communauté de Lac-Mégantic sauront trouver dans les prochains jours les mots et les gestes traduisant la présence apaisante et réconfortante de celui qui est avec nous au cœur de nos souffrances !

Michel Lafontaine

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