Carême et jeûne: privation ou partage?

NdayiragijeGilbertIAu début de ce carême, j’ai demandé à certains de mes amis Lauriermontois ce qu’est le jeûne pour eux. Unanimement, ils m’ont indiqué que le jeûne est un temps de privation ou de sacrifice. Ils se privent de manger de la viande le mercredi des cendres et les vendredis, les desserts, les chocolats, ils se privent même de fumer pendant le carême.

Ils ont voulu savoir comment ça se fait dans mon pays. Après avoir expliqué que dans mon pays les desserts et les chocolats sont rares ou inexistants pour la majorité de la population, j’ai répondu que ce serait insensé de demander aux gens de se priver de quelque chose auquel ils n’ont pas accès. Concernant la viande, beaucoup de personnes n’ont pas de moyens pour s’acheter de la viande régulièrement et peuvent passer plus de 6 mois sans manger un morceau de viande. Là aussi on ne peut pas se priver de ce que l’on ne possède  pas.

Alors j’explique à base de trois exemples  que jeûner c’est se priver de quelque chose que l’on aime pour partager avec ceux qui sont dans le besoin. C’est se priver pour être plus généreux envers les pauvres. Au Grand Séminaire, pendant le carême, certains séminaristes se privaient de manger du pain le matin, de prendre un verre de bière le dimanche pour donner cet argent aux pauvres ou aux prisonniers. D’autres se privaient de faire le sport pour consacrer ce temps à cultiver les légumes, les patates, les tomates qui seront données aux pauvres. Bref, jeûner, ce n’est pas faire des économies mais c’est se priver pour partager, pour être plus généreux et plus attentifs aux pauvres.

Gilbert Ndayiragije

Sortie de crise sociale…

Difficile de passer sous silence les douze dernières semaines marquées au coin de la « grève » des étudiantes et étudiants des collèges et universités du Québec. Plusieurs se souviendront également du nombre record de manifestations qui l’ont accompagnée et des spasmes  de violence qui ont animé plusieurs d’entre elles.  Il y a longtemps que le Québec n’avait connu pareille agitation sociale. À certains égards, on se serait cru transposé dans l’effervescence du climat social de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Et au moment où j’écris ces lignes (8 mai), les associations étudiantes ont commencé de se prononcer sur une « proposition » de sortie de crise  issue d’une ronde intensive de négociation entre leurs représentants et le  gouvernement du Québec.

Je dis bien  « proposition » de sortie de crise car rien n’est moins sur que les étudiants puissent avoir fait quelque gain au terme de cette « grande aventure », si ce n’est l’élargissement du programme de prêts et bourses, ni que l’entente intervenue soit entérinée par la minorité étudiante toujours en grève. Et, pour le moment,  tout nous porte à croire que cette entente sera rejetée au fil des assemblées qui procéderont à la prise de vote. Force est de reconnaître que le gouvernement n’a en rien cédé sur la hausse des frais de scolarité et que la réduction escomptée des frais afférents demeure liée à un hypothétique « dégraissage » des budgets dévolus à l’administration des universités.  Enfin, les déclarations malhabiles du premier ministre et de la ministre de l’éducation, au sortir du marathon de pourparlers, n’ont pas aidé à favoriser un climat de confiance et de conciliation.

Dans ce conflit qui l’opposait au gouvernement, la gent estudiantine partait défavorisée. D’abord par son inexpérience face à du personnel rompu à ce genre de confrontations. De plus,  la seule arme à sa disposition (le « boycott » des cours présenté comme une « grève ») ne pouvait lui assurer un rapport de force susceptible de faire plier le gouvernement et, sur une longue période, devenait contre-productif en entraînant une série de complications administratives, de coûts supplémentaires de même que le risque de l’annulation pure et simple de la session d’hiver. D’autant plus que l’opinion publique, mise à mal par le climat de violence des manifestations et la rigidité des prises de position,  s’est graduellement cristallisée en faveur du gouvernement perçu comme le garant légitime de l’ordre social.

Quoi qu’il en soit du dénouement de cette crise, et des nombreux dommages collatéraux qui en résulteront, des enjeux ont été identifiés et des questions posées auxquelles on devra prêter attention et apporter des éléments de réponses aussi clairs que possible. L’État du Québec peut-il s’engager, à court comme à moyen terme, à  un gel assuré des frais de scolarité à tous les niveaux des études universitaires ? Est-il juste que ceux et celles qui s’investissent dans des études universitaires y contribuent financièrement en relation directe avec l’évolution dans le temps des coûts réels ? Peut-on songer à une modulation des frais de scolarité en lien avec les coûts spécifiques de certaines formations universitaires ? 

Bien sûr, on peut toujours dire que les Évangiles demeurent silencieux à ce  sujet et reconnaissons que Jésus n’a jamais été confronté à de pareilles questions… Mais la recherche du bien commun, une certaine compréhension du partage, de la justice et de la solidarité sociales pressent la société québécoise dans son ensemble, comme les élites sociales et politiques, de s’atteler à cette tâche de clarification. C’est aussi une question de développement intellectuel et économique  d’une société qui s’appuie toujours davantage sur la croissance des divers secteurs du savoir humain.

Alain Morin

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