Le sommet de… l’indexation!

MorinAlainLe Sommet sur l’enseignement supérieur a accouché d’une indexation de 3% des frais de scolarité des étudiants universitaires à compter de septembre 2013. Ce qui, selon Michèle Ouimet du journal  La Presse, représente une augmentation de $70.00 par année.

Mardi 26 février 2013, vers 16h00, bureau de la première ministre du Québec : j’imagine Mme Marois,  coupe de champagne à la main et sourire radieux illuminant son visage, ainsi que son fidèle lieutenant, le ministre Pierre Duchesne,  tout aussi souriant et décontracté, en train de célébrer de s’être aussi bien sortis du labyrinthe du « Sommet sur l’enseignement supérieur » dans lequel ils avaient résolu de s’engager.

Faut dire que ce labyrinthe, ils en avaient minutieusement tracé les « voies et impasses » (frais de scolarité, financement des université, vocation et finalités de l’enseignement supérieur, gestion administrative des universités…etc)  et restreint les issues. Avec si peu de temps pour se ménager une sortie politiquement honorable, il fallait bien s’attendre à ce que plusieurs de ces voies ne trouvent guère leur « lumière au bout du tunnel ».

Finalement, c’est la question des frais de scolarité qui aura monopolisé l’attention et les discussions,  du début jusqu’à la fin du débat. Et tout cela n’a produit qu’un seul fruit concret :  une indexation annuelle de 3% des frais de scolarité. Si, comme l’estime un économiste comme Pierre Fortin (Revue L’Actualité, 15 nov. 2012, p. 48), l’augmentation annuelle moyenne des coûts de la formation universitaire tourne autour de 4,5%,  même une indexation de l’ordre de 3% correspond ni plus ni moins qu’à  un « gel » des frais de scolarité. À tout le moins, cette indexation empêche que ne se creuse davantage l’écart, le retard ou le fossé entre le montant des frais de scolarité chargés aux étudiants et les frais réels supportés par les universités. Et en comparaison avec les augmentations qui avaient été prévues par le précédent gouvernement, et quoi qu’en disent certains porte-parole des associations étudiantes, ces dernières s’avèrent les grandes gagnantes de tout cet exercice. 

 Quant au gouvernement actuel, tout juste sorti du purgatoire de l’opposition, il a réussi à tourner la page sur une crise sociale dont il fut, à tout le moins, un « catalyseur » notoire, prenant alors partie pour la cause étudiante jusqu’au port du « carré rouge » à l’Assemblée Nationale. Bien consciente que cette stratégie avait pu déplaire à bon nombre d’électrices et d’électeurs, Mme Marois reconnaissait dernièrement que cela lui avait fort probablement coûté un gouvernement majoritaire. En imposant l’indexation des frais de scolarité, le gouvernement Marois a semblé vouloir donner l’impression qu’il a les coudées franches face aux associations étudiantes, redorer son image politique et acheter la paix sociale : une paix fragile qui repose sur le report à demain des problèmes qui assombrissent l’avenir de l’éducation supérieure au Québec. Bien sûr!  le gouvernement projette cinq grands chantiers pour trouver des solutions à des problématiques aussi complexes que la gouvernance, la gestion, la formule de financement et la mission des universités. Mais tellement de « si » en conditionne leur mise en œuvre et, plus particulièrement, le sort de ce gouvernement minoritaire.

Alain Morin

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