L’aide médicale à mourir: un soin? (deuxième partie)

ChalifouxAndréLa loi québécoise a été adoptée. Elle est en vigueur. Et la loi, c’est la loi. Il est cependant important de faire ici la distinction entre ce qui est légal et ce qui est moral.  Pour prendre un exemple extrême, mais qui fait bien comprendre le propos, dans l’Allemagne nazie d’Hitler, il était légal et obligatoire de dénoncer tous les juifs, de les arrêter, de les enfermer dans des camps de concentration et de les exécuter dans les chambres à gaz.  Était-ce moral?  Évidemment pas.

De même, dans la population en général, il est assez fréquent de mêler « euthanasie » et « soins palliatifs », c’est-à-dire de prendre l’euthanasie pour des soins palliatifs. J’en été témoin à plusieurs reprises.  Certains ne semblent pas réaliser que « euthanasie » veut dire, au vrai sens du mot, provocation volontaire de la mort.  Que cette provocation se fasse par personne interposée ou non, elle n’en reste pas moins un meurtre (ou un suicide assisté).

Quant à l’encadrement qu’on dit très strict de la loi québécoise sur l’aide à mourir, je parierais qu’il faudra peu de temps avant qu’on y fasse des brèches.  La position du gouvernement fédéral, qui arrivera bientôt, ira plus loin que la loi québécoise, on le sait déjà.  Et l’Ontario attend la loi fédérale avant de se situer, elle aussi, au-delà de la loi québécoise.  Peut-on penser que le Québec restera à l’intérieur des balises actuelles?  Illusion, à mon avis. On sait que dans les pays où l’euthanasie a été légalisée, les lois ont été vite débordées.  C’est le cas en Belgique, en France, en Suisse. Quant aux Pays-Bas, l’euthanasie s’est progressivement étendue.  Elle inclut désormais des personnes souffrant de maladies non mortelles et des enfants en bas âge.  Et on a vu l’an dernier un couple canadien se rendre en Suisse recourir à l’euthanasie,   – qui a effectivement eu lieu – Monsieur étant sérieusement malade, mais non pas Madame, celle-ci ne se voyant tout simplement pas poursuivre sa vie sans son mari. On  pourrait faire un parallèle avec l’avortement (situé, lui, au début de la vie), d’abord limité à quelques catégories de cas, mais maintenant accessible à beaucoup de situations.  Un cas rare mais significatif: à Gatineau, il y a peu de temps, une fille de 16 ans s’est fait avorter trois fois au cours une seule année.

Dans leur intervention, les évêques du Québec font évidemment appel à la foi, en plus de la liberté de conscience qu’ils réclament, appel à ce que les personnes vivent de plus intime. Ils se positionnent très clairement en reprenant les termes de la Conférence des évêques catholiques du Canada:  « Il faut continuer à demander avec insistance aux autorités politiques ainsi qu’aux organisations professionnelles de mettre en place des politiques et des directives qui respectent la liberté de conscience de tous les travailleurs et administrateurs de la santé qui ne voudront pas et qui ne pourront pas accepter le suicide comme une solution médicale à la souffrance et à la douleur. »  Ils insistent également sur « l’aide et le soutien spirituel qu’on peut offrir à l’approche de la fin de cette vie, une place tout spéciale revenant aux sacrements de la Pénitence et de la Réconciliation, de l’Onction des malades et de l’Eucharistie ».   Encore faudrait-il que nos chers catholiques soient mieux éduqués en particulier au sens de l’Onction des malades qu’on continue trop souvent à demander lorsque le malade est déjà inconscient.

Pour aller plus loin:  La bioéthique, repères d’humanité.  Mgr Bertrand Blanchet (évêque retraité, bachelier en biologie et docteur en sciences forestières).  Ed. Médiaspaul, 2009.

André Chalifoux

L’aide médicale à mourir: un soin? (première partie)

ChalifouxAndréLa loi 52 sur l’aide sur l’aide médicale à mourir fait beaucoup de vagues, tant chez les tenants de la loi que chez les opposants.  Émissions de radio et de télévision, journaux et revues, médias électroniques, prises de position, tantôt équilibrées, tantôt extrêmes, tout a concouru à publiciser la loi québécoise. Bien entendu les évêques du Québec sont de la partie. On les accuse d’intégrisme et de faire appel à la liberté de conscience des médecins pour que ceux-ci n’appliquent pas la loi.

Admettons que le sujet n’est pas facile. Il y va non seulement de soins mais de la vie elle-même. Les évêques du Québec ont pris position en assemblée générale et ont produit un document en date du 8 décembre dernier, intitulé « Approcher de la mort avec le Christ ». Ils y rappellent le caractère sacré de la vie, de son tout début jusqu’à sa toute fin.  Et ils font bien sûr référence à Dieu, à l’Évangile, à la foi, contrairement à beaucoup d’opinions, d’idées et de propositions qui ont cours dans le grand public.

Les évêques appuient les soins palliatifs et demandent même qu’ils soient intensifiés et garantis partout au Québec, sachant très bien que le gouvernement, par la Ministère de la santé, a encore pas mal de travail à faire là-dessus en certains endroits.  Mais ils indiquent bien que l’euthanasie n’est pas un soin, mais bel et bien le fait de mettre volontairement fin à la vie.  Ils y a en effet une énorme différence, et dans les faits et dans les intentions, entre donner des soins palliatifs qui peuvent éventuellement accélérer la fin de la vie et le fait de mettre carrément fin à la vie.

Là-dessus ils ont l’appui de nombreux médecins qui ont clairement affirmé leur opposition à l’euthanasie, que ce soit par leur opposition au projet de loi lorsqu’il a été présenté ou par leur intention de ne pas appliquer la loi une fois celle-ci votée. Rappelons que 59% des mémoires présentés à la Commission spéciale sur le projet de loi se prononçaient contre le projet et que plus de 600 médecins ont signé une pétition demandant le retrait du projet de loi. De plus, au moment du vote sur le projet, 22 députés ont voté contre, y compris le docteur Couillard, maintenant premier ministre, qui a depuis changé son fusil d’épaule.  Contrairement à ce que certains ont affirmé le projet n’a donc pas été adopté à l’unanimité.

Le docteur Barrette, ministre de la santé, a tout récemment invité à réfléchir ceux des médecins qui entendent ne pas appliquer la loi en laissant entendre qu’ils avaient l’obligation de l’appliquer.  C’est très grave, car il s’immisce dans leur conscience, eux qui ont affirmé clairement que donner la mort n’est pas un soin et qu’ils ne donneraient pas le cocktail qui y mène directement…     (à suivre)…

André Chalifoux

Le projet de loi 52… est-ce vraiment mourir dans la dignité?

Mgr Paul LortieUne importante réflexion s’impose au moment où l’Assemblée nationale se propose de faire adopter le Projet de loi 52, concernant les soins de fin de vie.

Certes, il y a lieu de nous réjouir des articles proposant d’étendre les soins palliatifs à l’ensemble du réseau de la santé. Toutefois, des réserves et même notre opposition  au projet de loi s’imposent, car la loi assimile l’euthanasie (elle consiste à tuer volontairement une personne, avec ou sans son consentement, pour éliminer toute souffrance) à un soin qui peut être prodigué à un patient et un droit à revendiquer.

Quelles seront les principales conséquences de cette orientation à l’égard de notre milieu de la santé au Québec?  L’euthanasie, c’est la fin de tous les soins, car les soins préparent un avenir. L’euthanasie  supprime tout avenir pour le malade. Irréversible, elle est un ultime abandon du patient. L’euthanasie compromettrait le rôle de la profession médicale, qui est de sauvegarder la vie, et minerait sérieusement la relation de confiance qui doit exister entre un patient et son médecin. L’euthanasie est une injustice pour les familles dont la confiance en les personnes soignantes et dans le système de santé sera habitée d’un soupçon inévitable qu’on ait accéléré sans le dire le départ d’un proche et qui hésitera à amener un malade à l’hôpital.  L’euthanasie est une injustice pour la société avec le grand nombre de personnes seules qui n’ont pas toujours des mains secourables sur qui compter et qui ne veulent pas peser sur les autres : elle confirme un échec relationnel de part et d’autre.

Jean Paul II qui a laissé un éloquent témoignage lorsqu’il fut en fin de vie, a écrit : « Je confirme que l’euthanasie est une grande violation de la loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu », L’Évangile de la vie, (65).

Comme catholiques et aussi comme citoyens, nous ne pouvons pas rester à l’écart. Il est important de prendre position et d’exprimer publiquement notre point de vue. L’alternative à l’euthanasie consiste à assurer aux grands malades, dont ceux en phase terminale, la présence la plus attentive possible. Cela se fera par le biais de soins palliatifs et par le meilleur contrôle de la douleur et de l’allègement de la souffrance. Une telle approche manifeste un grand respect pour tous les besoins de la personne mourante : besoins physiques, émotionnels, sociaux et spirituels. Voilà ce qu’on appelle mourir dans la dignité.

Qu’en pensez-vous? Avez-vous des suggestions? Portez-vous des questions?

Paul Lortie

Seigneur, viens donc me chercher !

lafontainemichelCe cri de désespoir, je l’entends souvent chez ceux avec qui je m’entretiens sur des sujets aussi profonds que les valeurs et le sens de leur vie : «Je demande tous les jours au Seigneur de venir me chercher ! Faut croire qu’il entend pas ma prière, car il ne m’exauce pas !»

La lourdeur du quotidien, la solitude, l’ennui, la fatigue ou le découragement, le mal de vivre, le sentiment d’inutilité, la perte d’un être cher, une maladie incurable, la perte de la mobilité, des facultés intellectuelles ou même le sentiment que sa mission sur terre est accomplie, peuvent apporter un élément de réponse à ce désir obsessionnel de vouloir partir et mourir. Cet appel à la mort peut indiquer bien sûr un état dépressif. Pourtant on ne peut à priori affirmer que le souffrant manifeste des idées suicidaires ou demande de façon plus ou moins consciente d’avoir accès à une aide médicale dont la finalité serait l’euthanasie ou le suicide assisté. L’instinct de vie et de survie sont si profondément ancrés dans notre humanité même blessée.
J’ai vu des bébés prématurés poursuivre leur croissance dans un incubateur, stigmatisés par de grosses perfusions… J’ai vu des enfants cancéreux recevoir un traitement de chimiothérapie supplémentaire… J’ai vu des adolescents souffrant de fibrose kystique ou de diabète, venir hebdomadairement à l’hôpital. Avec la détermination au fond des yeux, ils tentaient de vivre une existence «normale» pour un jeune… J’ai vu des parents aimer éperdument leur enfant autiste ou trisomique, prodiguant soins et tendresse… J’ai vu de jeunes adultes, diminués inexorablement par la progression des effets destructeurs de la sclérose en plaque, animés d’une volonté de vivre extraordinaire, bien qu’ils soient cloués désormais à leur chaise roulante ou leur lit… J’ai vu des personnes accidentées, réapprendre à vivre au cœur du quotidien, malgré les séquelles physiques et psychologiques inévitables… J’ai vu des personnes souffrant de profondes dépressions fidèles à prendre une médication aux effets secondaires insoutenables sans être soulagées… J’ai vu des gens continuer leur existence au jour le jour comme si tout allait bien, dans le silence et la discrétion, en dépit de maladies invisibles et incurables menaçant de les emporter d’un jour à l’autre… J’ai vu des personnes âgées et usées par le travail et la vie, alitées, souffrant de cécité, de surdité ou d’arthrite, mais souriantes à chaque visite… J’ai vu… J’ai vu… J’ai vu… tant et tant de personnes souffrantes de divers maux mais dont le combat ultime se résumait à vivre le moment présent… 

«Seigneur, viens me chercher !»… Cette requête qui vient du cœur n’exprime pas nécessairement que la personne renonce à se battre pour vivre. Elle signifie néanmoins le souhait d’enfin d’accéder à une autre étape de la Vie… Qui sait? Néanmoins, toutes ces personnes ont besoin de notre compassion et de notre affection… pour vivre…

Michel Lafontaine

 

Mourir dans la dignité… de la main d’un médecin!

SiroisJean-RenéN’est-ce pas que cette association paraît incongrue et choquante?… Tout simplement parce que l’on n’associe pas spontanément ‘médecin’ et ‘donner la mort’. Depuis des temps immémoriaux, et spécialement depuis l’époque du célèbre Hippocrate (IVe s. av. J.-C.), le code de déontologie des médecins a toujours balisé l’exercice de la médecine en excluant la possibilité de donner la mort pour quelque motif que ce soit. S’agit-il de changer les mots pour légitimer ce qui, dit autrement, paraitrait inacceptable?

‘Mourir dans la dignité’, n’y a-t-il pas plus belle expression pour désigner les soins palliatifs? Le rapport de la Commission spéciale ‘Mourir dans la dignité’ paru en mars 2012, emploie aussi l’expression ‘aide médicale à mourir’; combien cette appellation convient aussi, plus que bien, aux soins palliatifs! Car, y a-t-il meilleure façon pour un médecin qui, reconnaissant son impuissance et les limites de son art et qui veut véritablement agir en médecin aidant auprès de son patient, que de lui fournir le meilleur support possible pour terminer son parcours terrestre? Et les soins palliatifs, tels que les offrent un grand nombre d’hôpitaux québécois et aussi des maisons spécialisées, sont vraiment ce qu’il faut pour permettre à une personne en fin de vie de quitter les siens dans une ambiance favorable à une expérience chaleureuse, paisible, confortable, où la douleur physique est atténuée au maximum, et où la souffrance est rendue tolérable par l’entourage des proches, une médication appropriée, et une aide véritable à prendre conscience que la souffrance n’est pas une malédiction, mais une composante inéluctable dans la vie de tout humain et qu’il n’y a pas meilleure façon de l’atténuer que de l’assumer et de l’accepter…

Voilà, me semble-t-il, le beau champ d’action de la médecine qui maintient ainsi son rôle primordial dans la société comme science par excellence de la santé physique, psychologique, sociétale, morale et spirituelle. Dans chacun de ces aspects, le chemin parcouru, surtout au cours des dernières décennies, est impressionnant par les progrès réalisés; mais, la médecine, comme toute science, se doit de reconnaître qu’elle ignore le chemin qu’elle peut encore parcourir dans chacun des aspects de la santé précédemment énumérés et que reconnaître cette ignorance est le moteur de son progrès encore à poursuivre. Que serait-il advenu des immenses progrès réalisés au cours du dernier siècle si l’aide médicale à mourir avait signifié ‘tuer le malade’, il y a cent ans?

Aide médicale à mourir ne peut jamais signifier autre chose qu’une aide véritable et non une démission devant les limites présentes de la science médicale. Il me semble qu’aide médicale et tuer sont incompatibles… Associer ces mots et surtout leur donner suite par une loi gouvernementale et en changeant le Code de déontologie des médecins, serait une véritable déviation du sens même de la raison d’être de la profession médicale…

Que ce soit IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) ou aide médicale à mourir : changer le sens des mots ne change pas la réalité de l’avortement et de l’euthanasie qui touchent des personnes humaines qui méritent d’être traitées avec dignité et dans le respect de leur qualité d’êtres vivants et qui portent en elles un désir inextinguible de vivre…

Jean-René Sirois

%d blogueurs aiment cette page :