Des repères chrétiens à redécouvrir !

Qui avait-t-il de particulier le 26 juillet? Autrefois, une réponse unanime et enthousiaste aurait jaillie d’un même cœur : la fête de la bonne Sainte Anne! De nos jours, la réponse s’avère bien loin d’un automatisme ancré dans les gênes de nos contemporains. Et qui est sainte Anne? Un simple sondage démontrerait une faible proportion de personnes la désignant comme la grand-mère de Jésus, et encore moins la mère de la Vierge Marie! Et même pour des chrétiens aguerris, je doute que d’aucuns sachent encore que sainte Anne est la patronne principale de la province civile du Québec!

Un jour que je visitais l’une des nombreuses boutiques installées sur le chemin du Roy tout près de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, où s’entassaient des milliers d’objets religieux éclectiques, une cliente me demande : « Cette statuette représente-t-elle saint Joseph? » Je lui réponds sans aucune hésitation : « Mais non, il s’agit de saint Jude! »; « Non, celle-là, c’est saint Antoine de Padoue!»; « Non, ce n’est pas encore celle-ci, il s’agit de saint Roch avec son chien! »… Et une longue rangée de figurines aux couleurs et aux formes diverses plus ou moins d’un goût douteux, me fit réciter devant la dame une litanie identifiant saint Pérégrin, saint François d’Assise, saint Jean-Paul II, saint Padre Pio, saint Curé d’Ars, saint Jean Bosco, et cela, sans compter toutes les figures féminines! Il fallut l’aide ultime du caissier qui nous informa que saint Joseph était en rupture de stock! Je conseillai donc à la dame d’aller visiter une autre boutique pour y dénicher le saint qu’elle cherchait désespérément. Cependant, après avoir démontré ma « culture » religieuse, la pèlerine me dit : « Vous êtes sûrement un curé pour connaître ainsi tous les saints! Mais surtout vous avez un de ces sourires qui touche le cœur!»

Croyez-le ou non, même le titre de « curé » ou de « prêtre » apparaît parfois comme un grand mystère. Un jour, une adolescente qui m’interrogeait pour un travail de classe, me demanda: « Vous me dites que vous êtes prêtre. Mais qu’est-ce qu’un prêtre? Quel est ce métier?», et je n’étais pas au-dessus de mes peines, quelques instants plus tard, elle me questionnait pour savoir à quoi pouvait bien servir l’armoire mystérieuse qui trônait sur l’une des tables de la chapelle!

En fait, la culture religieuse populaire connaît une chute sans précédent depuis quelques années au Québec… Je ne rapporte que des faits que j’ai observé, et ce bref portrait n’est que la pointe de l’iceberg, qui me semble aussi volumineux que le morceau de glace qui vient de se séparer de l’Antarctique ces dernières semaines… Entre une statue de Jésus crucifié ou sous forme de ressuscité, un Sacré-Cœur, ou l’image de Jésus miséricordieux : on ne distingue plus s’il s’agit de figurines montrant la même personne! Même réalité quant aux diverses icônes mariales.

Il est indéniable que nous vivons une époque charnière de sécularisation. Et cela explique en partie pourquoi les chrétiens qui ne sont plus enracinés dans leur être profond peuvent se sentir incompétents, menacés ou désabusés devant l’apparition d’autres religions ou courants religieux. Le danger subsiste aussi de tout mêler, de mettre tout sur le même pied ou encore faire une sorte de magasinage qu’on dénomme syncrétisme religieux. Saint Jude me dépanne en telle situation et Bouddha m’offre l’octuple chemin de la sérénité!

Quelle est ma position, ou plutôt ma réaction, comme prêtre catholique, devant ce nouveau paradigme? Je vous avoue, en premier lieu, bien que cela puisse paraître surprenant, ne pas me sentir déstabilisé dans ma foi au Christ mort et ressuscité. Plus que jamais, mon adhésion à Jésus qui enveloppe et donne du sens à toute ma vie demeure plus dynamique que jamais. Je ne suis pas naïf par contre. Je discerne que ma mission en ces terres humaines affamées et assoiffées de spiritualité, d’un souffle neuf et surtout en recherche de sens et de bonheur, s’avère celle-ci : être tout simplement un témoin humain (et sacramentel par la grâce du sacerdoce) plus authentique du Dieu Père révélé par Jésus et qui respire en chaque être humain par son Esprit. C’est annoncer l’essentiel de l’Évangile : l’avènement du Royaume de Dieu! Dans l’étalage de la boutique aux nombreux souvenirs hétéroclites de Beaupré, j’ai su être juste moi-même avec la dame qui m’avait interpellé, démontrant une attitude d’accueil, de respect et de bienveillance, comme Jésus. Je ne me suis pas moqué d’elle : « Quoi, vous ne reconnaissez pas saint Joseph? »… Rappelez-vous que les appareils photos n’existaient pas à l’époque! Oui, je crois qu’il faut prendre les choses avec un peu d’humour et de réalisme. Dans les années 1960, beaucoup ont rejeté l’Église pour diverses raisons, et encore aujourd’hui, malheureusement, suite aux scandales et à la non-transparence de l’institution Église, certains claquent la porte. D’aucuns par contre sont en véritable cheminement, en quête de la vérité. Chaque époque, depuis Jésus, a eu ses hauts et ses bas. Sommes-nous pires ou moins pires qu’au Moyen-Âge? Je ne le crois pas. Il y a encore une grande partie de l’humanité qu’on peut désigner comme les hommes et les femmes de bonne volonté que Dieu aime dans sa miséricorde.

C’est la période estivale… De plus en plus, les guides de voyage présentent les sites religieux ou spirituels comme des attraits à découvrir. Le tourisme s’avère une avenue d’évangélisation parmi d’autres. Nos communautés chrétiennes accueillent aussi, à cette époque, à l’occasion des messes dominicales, des mariages, des baptêmes ou des funérailles, des tas de chrétiens qui ne fréquentent plus l’église. Comment les accueillons-nous? Comment leur donnons-nous le goût de rencontrer ou de redécouvrir le Christ dans ses témoins, sa Parole et ses sacrements? Si la célébration est bâclée, nous venons de manquer le bateau! Les jeunes générations recherchent l’authenticité. On me dit souvent lorsque je préside l’eucharistie : « Tu as l’air de croire, toi, en ce que tu fais… Tu sembles habité d’une présence quand tu célèbres… On te sent calme et en prière… Les mots de ton homélie m’ont rejoint…  J’ai l’impression d’avoir prié et vécu la messe! »…

De toute façon, dites-vous que ce n’est pas la fin du monde si vous ne saviez pas que sainte Anne est la patronne de la province civile de Québec… Ni si vous ne reconnaissez pas saint Joseph parmi les innombrables statues de plastique ou de plâtre… Ce qui compte, c’est l’authenticité avec laquelle nous vivons notre foi, notre espérance et notre amour pour Jésus et pour notre prochain. Je demeure convaincu que c’est ainsi que les gens retrouveront l’adresse des repères chrétiens dans leur vie… « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples. » (Jean 13, 35)

Michel Lafontaine