Bords de lacs et terres agricoles pour riches!

ChalifouxAndréDepuis quelques années une vague d’augmentation considérable de la valeur des maisons et des terres provoque un raz-de-marée financier. Autant certaines propriétés ont été et sont encore sous évaluées dans certains cas, autant  d’autres, et de plus en plus souvent, deviennent surévaluées simplement parce qu’elles sont situées sur la rive d’un lac ou d’une rivière.   Résultat: des propriétaires de résidences tout simples, bâties il y a longtemps à ces endroits, se retrouvent malgré eux étouffés par des taxes foncières qui ont explosé.

Phénomène particulier: des gens à l’aise achètent à très gros prix des chalets et des maisons de peu de valeur qu’ils s’empressent de transformer ou même de démolir ou de construire en mieux et plus cher, les faisant ainsi entrer dans une spirale de surenchère. D’autres offrent un prix démesuré pour un simple terrain non bâti, situé bien entendu au bord de l’eau. Résultat: certains propriétaires ne sont plus en mesure de payer leurs taxes ou cherchent à leur tour à les vendre au meilleur prix possible parfois « sous la table »  pour une bonne part, sachant très bien qu’en peu de temps ils pourront les revendre avec une large marge de profit, tandis que les enfants de certains propriétaires ne sont plus capables de les racheter à un prix qui conviendrait à leur bourse moins bien garnie. Résultat: la valeur des propriétés voisines monte en flèche, ajoutant encore à la spirale.

Je connais tel propriétaire qui a divisé son terrain au bord d’un lac pour en donner une partie à chacun de ses trois enfants. Mais voilà que depuis ce temps, pas si lointain, la valeur évaluée par la municipalité a été multipliée par huit. Les enfants se demandent vraiment s’ils vont garder la propriété… à cause des taxes municipales.

Les simples salariés, les retraités à faibles revenus, les jeunes qui n’ont pas encore pu faire des économies, si, même, ils ne sont pas déjà endettés, finissent par devoir se contenter de moins et s’appauvrir en bout de ligne, pendant que les riches continuent à s’enrichir. Et la spirale continue!

Il y a eu nombre de protestations individuelles et collectives. Rien n’y fait!  C’est le marché, dit-on. Vive la démocratie et l’équité!

Il me semble y avoir là une profonde injustice. Seuls les riches, avec le temps, pourront profiter de l’eau, s’il n’y a pas de changement d’attitude et d’habitude. Et encore!  Pour pouvoir pêcher en beaucoup d’endroits, il faut payer des frais démesurés. Les ZEC  (zones d’exploitation contrôlée) qui devaient démocratiser l’accès à de grands territoires de chasse et de pêche en sont rendus à demander de tels frais qu’on se retrouve presque au temps des Clubs privés, réservés aux riches, qu’on voulait pourtant, disait-on, rendre accessibles au plus grand nombre.

La situation est encore plus grave pour les terres agricoles, accaparées par des sociétés d’investisseurs. Des propriétaires privés, qui veulent agrandir leurs terres, ne le peuvent plus parce que le voisin a reçu une offre d’achat tellement alléchante et élevée qu’ils ne peuvent l’acheter. On se retrouve ainsi devant de grands propriétaires qui engagent des travailleurs agricoles à leur merci et qui ne possèdent plus rien. Finies les exploitations familiales.

Un article paru dans La Presse du 31 décembre dernier, sous la signature de Serge Genest se concluait ainsi:  « Avec l’acquisition de très grandes surfaces cultivables au Québec par des firmes d’investisseurs, nous retrouvons en quelque sorte le système de métayage des siècles passés: les paysans deviennent des travailleurs agricoles auxquels les grands propriétaires consentent l’utilisation d’une parcelle des terres pour la subsistance familiale. Difficile d’imaginer qu’une telle démarche signifie un quelconque progrès. »

André Chalifoux