Carême et jeûne: privation ou partage?

NdayiragijeGilbertIAu début de ce carême, j’ai demandé à certains de mes amis Lauriermontois ce qu’est le jeûne pour eux. Unanimement, ils m’ont indiqué que le jeûne est un temps de privation ou de sacrifice. Ils se privent de manger de la viande le mercredi des cendres et les vendredis, les desserts, les chocolats, ils se privent même de fumer pendant le carême.

Ils ont voulu savoir comment ça se fait dans mon pays. Après avoir expliqué que dans mon pays les desserts et les chocolats sont rares ou inexistants pour la majorité de la population, j’ai répondu que ce serait insensé de demander aux gens de se priver de quelque chose auquel ils n’ont pas accès. Concernant la viande, beaucoup de personnes n’ont pas de moyens pour s’acheter de la viande régulièrement et peuvent passer plus de 6 mois sans manger un morceau de viande. Là aussi on ne peut pas se priver de ce que l’on ne possède  pas.

Alors j’explique à base de trois exemples  que jeûner c’est se priver de quelque chose que l’on aime pour partager avec ceux qui sont dans le besoin. C’est se priver pour être plus généreux envers les pauvres. Au Grand Séminaire, pendant le carême, certains séminaristes se privaient de manger du pain le matin, de prendre un verre de bière le dimanche pour donner cet argent aux pauvres ou aux prisonniers. D’autres se privaient de faire le sport pour consacrer ce temps à cultiver les légumes, les patates, les tomates qui seront données aux pauvres. Bref, jeûner, ce n’est pas faire des économies mais c’est se priver pour partager, pour être plus généreux et plus attentifs aux pauvres.

Gilbert Ndayiragije

Pour quelle fin avoir faim ?

lafontainemichelAu cours de l’histoire, des humains ont volontairement cessé de s’alimenter pour éveiller les consciences. Cette stratégie ultime advient lorsque toute communication verbale devient inopérante. Méthode d’action considérée non violente, la grève de la faim le demeure toutefois pour l’individu, mettant en danger sa santé et sa vie. « S’exposant en victimes, les grévistes cherchent ainsi à alerter l’opinion publique et à provoquer une compassion massive capable d’ébranler les autorités et de les contraindre de modifier leur politique. ».

Nous nous souvenons du courage de Gandhi qui décide, à l’âge de 78 ans, de jeûner. Il demande, entre autres, que le Pakistan et l’Inde garantissent l’égalité pour la sécurité et les droits des pratiquants de toutes religions. Il dira : « La mort serait une glorieuse délivrance pour moi plutôt que d’être le témoin impuissant de la destruction de l’Inde, de l’hindouisme, du sikhisme et de l’islam

Autre figure emblématique, Bobby Sands, républicain irlandais impliqué dans l’IRA, sera considéré comme un héros ayant défendu la liberté et la dignité des prisonniers politiques. Il meurt le 5 mai 1981, suite à une grève de la faim qui aura duré 66 jours…

Plus près de nous, Theresa Spence, chef de la communauté d’Attawapiskat, persévère dans son jeûne volontaire depuis le 11 décembre. Symbole du mouvement Idle no More, elle se dit prête à mourir pour la cause de son peuple. « Mon esprit sera avec lui et d’autres chefs seront également là pour lui. » Elle réclame un dialogue constructif entre le gouvernement et la communauté autochtone pour de meilleures conditions d’existence.

Autour de moi, j’entends toutes sortes de réactions sur la position de Theresa Spence. Positives et négatives. A-t-elle tort, a-t-elle raison ? Qui peut prononcer un jugement juste et objectif ? Pour quelle fin avoir faim ?…

Comme disciples du Christ, ne savons-nous pas qu’Il a donné amoureusement sa vie sur la croix pour le salut du monde ? Et le 15 février prochain, pour quelle fin aurai-je faim en pratiquant le jeûne du carême, si toutefois je décide de jeûner?

Michel Lafontaine

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