L’aide spirituelle à mourir !

lafontainemichelAu cours d’un près d’un quart de siècle de ministère sacerdotal, je dois avouer que j’ai aidé des centaines de personnes à mourir. Tout particulièrement lorsque j’ai exercé mon ministère pastoral auprès des personnes malades, à titre d’intervenant en soins spirituels, qu’on appelle encore largement en Europe, « aumônier » d’hôpital ou de résidences de soins de longue durée.

Oui, vous avez bien lu. J’ai aidé volontairement des personnes à mourir, soit à leur demande personnelle ou à partir d’un appel des membres de la famille. (Merci de conserver cette information confidentielle, car je pourrais terminer mes jours en prison ou par injection intraveineuse judiciaire… )

En une seule matinée, à l’Hôpital Notre-Dame (CHUM), et je dis la vérité, pas moins de quatre patients sont décédés tandis que je leur tenais la main! J’étais « aumônier » de garde, et la pagette vibrait pour m’indiquer les malades qui avaient besoin d’assistance d’un « prêtre », sans trop de précisions. Pour l’onction de l’extrémité, pour une prière, une bénédiction,  du réconfort, ou une présence humaine signe d’une autre Présence? Je ne savais pas à l’avance ce qui m’attendait en pénétrant dans la chambre d’une personne agonisante entourée de quelques membres de la famille… Cette matinée en question, je fus donc appelé à intervenir surtout pour des personnes âgées en phase terminale. La plupart consciente, puisque je pouvais leur parler tout doucement à leur oreille, prendre la main, si celle-ci ne se retirait pas brusquement, caresser le dessus du front et, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, adresser quelques douces paroles apaisantes à la personne qui se «retenait» de mourir, je crois : « Bonjour monsieur X, je suis Michel, le prêtre de l’hôpital… N’ayez pas peur, vous n’êtes pas seul…Votre épouse, vos enfants sont là près de vous… Ils vous aiment et vous les aimez… Soyez tranquilles pour eux, ils sont prêts à ce que vous vous laissiez aller dans la paix de Jésus… Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon cœur, mon esprit, et ma vie… Je vous salue Marie… Notre Père… » Ces paroles s’exprimaient parfois à voix très discrète au creux de l’oreille, ou je regardais un membre de la famille… Est-ce qu’il entend bien?… Sinon, je parlais distinctement, posément. Parfois aussi, je célébrais dans une sobre simplicité solennelle le sacrement de l’onction des malades… L’imposition de la main, l’onction d’huile… Le Notre Père avec la famille réunie autour du lit se tenant par la main…

Et tout à coup… les yeux du malade se ferment ou restent ouverts, et tenant toujours sa main, voilà qu’il effectue «le grand passage»… Un silence s’installe. Paix. Calme. Délivrance. Fin de la souffrance et de la douleur. Alors, les membres de la famille, qui n’en pouvaient plus de voir partir leur être aimé, sans toutefois désirer sa mort, me remercient littéralement en ces mots : «Que vous êtes bon! Vous l’avez fait mourir! Vous l’avez délivré! Merci! Merci! » Et je repars tout penaud, la «queue» entre les jambes comme un chien, ne chantant pas un alléluia! Juste une paix sereine, mais aussi une étrange sensation… D’avoir été aidant spirituel à mourir. Et en une seule matinée, j’ai aidé spirituellement quatre patients à mourir! Je me suis caché ensuite au bureau de la pastorale. J’avais peur de moi!

Je n’ai pas prêté le serment d’Hypocrate. Je ne suis pas médecin. Je suis prêtre. Je sers le Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Je célèbre quotidiennement le mystère de sa mort et sa résurrection dans l’eucharistie, et cette Vie est en moi depuis le baptême. Mystère de mort. Mystère de vie. Mystère de mort et de vie dedans. Je suis ministre avec Jésus de la Vie et non de la mort. Je suis signe avec Jésus de la Vie qui triomphe de la mort. Je suis croyant en Jésus et je choisis la Vie et non la mort. Mais je réalise en même temps que j’accompagne des mourants… leur tenant la main pour les aider spirituellement à passer vers la Vie. Quelle Vie? Celle du Christ mort et ressuscité?

Tout cela pour dire que l’aide médicale à mourir? Qu’est-ce que j’en pense? Le patient n’est pas un robot : il est une personne humaine, corps et être. N’oublions pas que la dimension médicale ne représente qu’un aspect de cet homme, de cette femme, de cet enfant. Toutes les disciplines  médicales et humaines doivent pallier à la souffrance, à la douleur… Du corps à l’être spirituel…

P.S. – S.V.P. Ne me dénoncez pas aux autorités, car j’ai porté aide spirituellement à tant de gens à mourir!

Michel Lafontaine

Comme chrétiens et chrétiennes, nous avons encore notre mot à dire!

La nouvelle est sortie le jeudi 22 février. Un même sujet, mais des titres différents. Cyberpresse écrit :  Une commission parlementaire dit oui à « l’aide médicale à la mort » ; Radio-Canada : Commission parlementaire : oui à l’euthanasie, si elle est bien encadrée, comme quoi les choses ne sont pas toutes comprises de la même façon selon que l’accent est mis sur tel ou tel aspect de la question.

 Dans l’esprit de bien des gens, soins palliatifs, euthanasie et suicide assisté veulent à peu près dire la même chose. Ce qui est certain, c’est que cette question est posée régulièrement depuis quelques années. Le gouvernement du Québec a voulu connaître l’opinion des gens d’ici en faisant faire une étude de deux ans sur le droit de « mourir dans la dignité ».

 Une première réaction est que la question était déterminée à l’avance. Cependant, 32 experts en médecine, en droit, en psychologie, en éthique et en sociologie ont été consultés. La Commission a sillonné huit villes du Québec et a reçu 16 000 commentaires de citoyens. Ces audiences ont montré que 99 pour cent des Québécois veulent que les soins palliatifs soient d’abord et avant tout la solution à la question. Les deux tiers des personnes ayant présenté des mémoires rejettent toute introduction de l’euthanasie et du suicide assisté dans le système de santé. Un tiers seulement des personnes entendues par la Commission étaient en faveur de l’euthanasie et à peine deux pour cent en faveur du suicide assisté.

 Il est vrai que sur les 24 propositions de la Commission, les premières proposent les soins palliatifs. Mais il est à se demander si tout est bien compris à ce sujet. On ne parle pas de « suicide assisté » insistent les co-présidentes, parce qu’il faut alors l’intervention d’un proche de la personne en fin de vie. Mais on soulage grandement les médecins qui avaient peur d’en être accusé et deviendraient, sans inquiétude, les instruments de la mise en place de ces recommandations.

 Nous en sommes là dans notre réflexion de société et, comme chrétiens et chrétiennes, nous avons encore notre mot à dire. Comment faire pour empêcher les dérives même si la commission se défend bien de proposer qu’on arrive jusque-là? Chose certaine une image me vient toujours en tête quand tout part sur un bord : il est bien difficile de retenir un roc qui descend de la montagne. Un espoir reste : les travaux de la Commission ne sont qu’une proposition. Un projet de loi doit être présenté dans un an et le gouvernement du Québec n’est pas tenu d’aller dans tous les sens que la Commission propose.

 Gilbert Patry

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