Quel avenir pour le catholicisme québécois?

MorinAlainFace aux réalités vécues au sein des communautés paroissiales de l’Église catholique du Québec, de plus en plus de catholiques de toutes tendances s’interrogent : quel avenir pour le catholicisme québécois ?

Dans la revue Recherches sociographiques de la Faculté des sciences sociales de l’université Laval, (Vol 52, no. 3, p 683-729), les sociologues É. Martin Meunier et Sarah Wilkins-Laflamme abordent cette question avec tout le sérieux méthodologique de leur formation. Suite à une analyse exhaustive de l’évolution de différents indicateurs de la vie de l’Église, de 1968 à nos jours, ils proposent les éléments de réponse suivants.

Pour eux, « il ne s’agit plus de déterminer le moment, la date et l’heure de l’agonie du catholicisme québécois, ou les voies cachées de sa renaissance, mais de mieux comprendre la transformation » du modèle de catholicisme québécois. Au Québec, le catholicisme a toujours été intimement lié à son origine ethnique française, et plus tard, dans tout le Canada, identifié aux Canadiens français et aux Irlandais. C’était l’époque du modèle de « catholicisme ethnique » qui a prévalu de 1840 à 1960.

Et depuis la révolution tranquille, le catholicisme a été exprimé et vécu comme une des principales fibres de l’identité et de la culture québécoises. Être de nationalité québécoise impliquait tout naturellement appartenir au catholicisme. À preuve, malgré la laïcisation du système scolaire avec la création du Ministère de l’Éducation, en 1964, la persistance de l’enseignement religieux confessionnel dans le cursus scolaire s’est poursuivie jusqu’en juin 2005 et a favorisé, au sein de la société québécoise, le maintien d’une morale commune, le transfert intergénérationnel de la foi catholique et la légitimation civile des rites de cette religion. Bref, pendant un peu plus de quarante ans, par une espèce d’entente tacite avec l’Église, la nation québécoise a vécu ce qu’on pourrait appeler un « catholicisme culturel ».

Trois événements viendront ébranler ce modèle. D’abord, sous une forte pression de sécularisation, en décembre 1997, la disparition des commissions scolaires confessionnelles (catholiques et protestantes). Ensuite, en juin 2000, la révocation du statut confessionnel des écoles. Enfin, en 2005, l’abolition de l’enseignement religieux confessionnel dans les écoles et l’imposition du cours d’éthique et de culture religieuse qui sera implanté en 2008. De sorte que, dès 2006, et de même par la suite, tous les indicateurs de vitalité du catholicisme (déclaration d’identité catholique au recensement, pourcentage des baptêmes par rapport aux naissances, taux de continuité sacramentelle baptême-eucharistie-confirmation-mariages religieux) amorcent un fléchissement inconnu jusque là. Ce qui fait dire aux auteurs que « sans parler explicitement de fin du catholicisme culturel, on perçoit néanmoins un étiolement des référents catholiques et les premiers moments d’une baisse progressive de pratiques qui liaient toujours une part de l’identité québécoise et la religion catholique encore récemment. Ce phénomène est surtout perceptible chez les générations les plus jeunes, porteuses de l’avenir et de moins en moins socialisées aux préceptes du catholicisme. »

Un peu comme si, petit à petit, pas à pas, se concrétisait un divorce ou une séparation entre le catholicisme et la culture dominante de la société québécoise.

Bref, tout semble indiquer que, en ce début de 21e siècle, le modèle de catholicisme vécu au Québec s’éloigne de plus en plus du modèle culturel et qu’il soit entré dans un processus de « déliaison » ou de rupture progressive entre religion, culture dominante et identité québécoise.

Ce qui laisse entrevoir une évolution croissante vers un modèle de religiosité marqué par le pluralisme religieux et un nombre croissant de « sans religion ». Ce qui, pour l’Église du Québec, devrait également entraîner d’inévitables et sérieux réaménagements institutionnels et pastoraux. N’est-ce pas ce que nous entrevoyons déjà au sein de nos communautés paroissiales?

Alain Morin

Sondage : l’Église vous a entendu!

Le Centre de Ressourcement de la Foi de Mont-Laurier a publié un sondage sur le site web du Diocèse de Mont-Laurier, et dans l’hebdo L’Écho de la Lièvre le 22 février dernier. Une relance a été faite le 14 mars. L’objectif étant, durant le temps du Carême, d’amorcer un dialogue avec les baptisés non-pratiquants ou pratiquants occasionnels afin de connaître les raisons pour lesquelles ils ont délaissé la pratique religieuse. Les objectifs du sondage furent atteints. Une centaine d’internautes ont visité la page du sondage sur le site web. Plusieurs formulaires ont été envoyés par la poste, par télécopieur et par l’adresse mail de la paroisse.

Les gens ont discuté de cette initiative entre eux m’abordant même à l’occasion dans les lieux publics. Le résultat le plus important est d’avoir réussi, en partie du moins, à créer un changement de perception, d’attitude et une plus grande ouverture de part et d’autre autant chez les non-pratiquants que dans l’Église. Les raisons évoquées pour l’abandon de la pratique religieuse varient d’une personne à l’autre, mais il y a deux thèmes qui reviennent constamment soient le désaccord avec les positions de l’Église dans certains dossiers et le manque d’esprit festif des célébrations dominicales.

Dans certains dossiers dont l’avortement, j’estime que nous aurions avantage à mieux articuler le fait que ce n’est pas tant que l’Église soit contre l’avortement, comme le fait qu’elle est pour la vie et, en étant pour la vie, elle ne peut cautionner l’avortement ou toute autre forme d’atteinte à la vie humaine. Si l’Église fait tout pour proposer le choix de la vie, à l’exemple du Seigneur, elle devient miséricordieuse après le fait du choix de l’avortement. Ultimement, c’est du cas par cas, d’autant la décision que seule peut prendre la personne en fidélité avec sa conscience profonde.   

 Quant au manque d’entrain dans les célébrations eucharistiques que j’aurais probablement attribué, avant le sondage, à un phénomène d’ordre culturel,  je sais que les fidèles qui participent à la messe dominicale ont soif d’entendre un message évangélique qui les rejoint dans leur vécu. Ils espèrent également que leur communauté locale soit en mesure d’offrir une animation entre autre par le chant liturgique. Je reconnais les déceptions lorsqu’il y a pauvreté d’animation et même quant l’homélie est ennuyeuse, alors que l’ensemble de la célébration doit  refléter davantage la joie que le Christ est ressuscité, et qu’Il est vivant.

Le sondage indique qu’avant de songer à ramener les non-pratiquants à la pratique religieuse, il faudrait mettre plus d’emphase sur certaines activités qui favorisent leur vie intérieure et spirituelle notamment l’accompagnement spirituel individuel, des sessions de formation humaine et spirituelle, des rencontres thématiques, des groupes de partage biblique et des conférences sur la spiritualité. Le grand défi pour notre Église est toujours de faire connaitre et aimer le Christ Jésus, sans diluer le message évangélique pour suivre les tendances ou pour plaire au plus grand nombre de personnes. Une réflexion de plus en plus sérieuse est amorcée en ce sens dont nous verrons les fruits, je l’espère, dans un avenir rapproché.

Je tiens à souligner le dévouement remarquable de Robert Belcourt, et la collaboration de Madeline Léonard et d’Henriette Despaties-Lachaine au sein de l’équipe du Centre de Ressourcement de la Foi.

Marc Richer

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