25 ans de prêtrise: Credo sacerdotal !

Le mariage des époux est consommé dans l’amour… Un amour appelé à durer puisqu’il se définit sacrement de l’Amour de Dieu pour les époux eux-mêmes et l’humanité. Le prêtre devient lui aussi sacrement de l’Amour, après avoir été consumé par l’Amour trinitaire. «M’aimes-tu? M’aimes-tu vraiment? Est-ce que tu m’aimes?» «Mais oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime!» «Sois le pasteur de mes brebis!» Ces paroles du dernier chapitre 21 de saint Jean sont gravées non seulement sous mon calice doré, leg de mon défunt oncle l’abbé René Brault, mais elles sont inscrites en lettres de chair sur mon cœur et dans tout mon être! Quel mariage! Depuis 25 ans, jubilé d’argent, je suis consumé par l’Amour: “Amour pour Amour, jusqu’on don de soi-même/ S’offrir sans retour/ Est-il plus beau «je t’aime»?(chant de Robert Lebel).

Depuis les débuts de l’Église, c’est par l’imposition des mains par l’évêque, après une longue prière de consécration, qu’un nouveau prêtre advient. Comme la Vierge Marie, “l’Esprit me couvre de son ombre; me voici porteur de ton mystère”, dit un autre chant. C’est ce qu’écrit saint Jean-Paul II: «La première fidélité demandée à un prêtre est de continuer de croire à son propre mystère.» Ce mystère est celui de l’Amour. Un simple homme, par la grâce divine, devient signe et présence de Dieu appelé dans la bible: “Je suis Celui qui Suis”, “le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob” et celui que le Christ Jésus appellera familièrement “Abba!”, et dont il manifestera la bienveillance et la miséricorde dans ses actes et ses paroles.

Le prêtre devient, comme le dit saint Paul dans son discours aux anciens de Milet, ministre de l’Évangile de la grâce, qui signifie la Bonne Nouvelle du salut. J’aime beaucoup ce passage des Actes des Apôtres, chapitre 20, où l’Apôtres des Nations explicite, dans un testament spirituel, comment il a servi le Seigneur «dans les larmes et au milieu des épreuves», sans jamais rien négliger… Le terme “servir” utilisé ici ne désigne pas le service diaconal. «En effet, le verbe grec n’est pas diakoneuo, mais douleuo (“servir en esclave”)» (1). Mais attention, un service d’esclave qui aime son Maître: sa relation à Dieu est totalisante. Je suis tout entier au Seigneur, je lui appartiens dans toute ma personne! Dans l’Épitre aux Éphésiens (3,12), saint Paul ajoute qu’il a «été saisi par le Christ»… Et il a prêché, enseigné et exhorté les communautés chrétiennes dans ce don total de lui-même par amour. “Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime!”.

Dans une lettre pastorale du cardinal Godfred Danneels, Messagers de la Joie (1990), ce dernier exhorte ses diocésains à dire aux prêtres ce qu’ils attendent d’eux. «Demandez-nous d’être des ‘hommes de Dieu’. (…) Demandez-nous de rechercher sans nous lasser la sainteté. (…) Que nous proclamions l’Évangile sans la falsifier et sans concession. (…) Demandez-nous les sacrements et un cœur qui soit à l’unisson avec tout ce qui est bon et beau, mais aussi avec toutes les souffrances. (…) Demandez-nous de ne pas rester à l’écart. Demandez qu’en missionnaires et évangélisateurs, nous sortions aussi du cercle intime des familiers dans la foi…» (déjà, bien auparavant, une expression familière du pape François).

Tout comme le sacrement du mariage est exigeant pour les époux, il en est de même du sacrement de l’ordre pour celui qui a reçu cet appel. Cette exigence, au fond, vient du baptême où nous avons été oints et reconnus comme fils et filles bien-aimés de Dieu. Vivre en fidèles et dignes enfants du Père demande cette même fidélité et le même amour, que Jésus aussi a vécu pour sa mission, devenu semblable à nous dans notre humanité. Sauf le péché!

Ne croyez pas que je suis un SuperMan. Depuis mon “oui” du 14 juin 1992, mon corps, mon esprit, tout mon être ont été consumés par l’amour, pas le mien, mais celui du Dieu de l’Évangile de la grâce. Mon corps quinquagénaire ressent quelques courbatures après ces 25 ans. Mais je continue de croire! Oui!

Pour ces souffrances consenties à travers ma santé fragile, pour cet abattement devant qui il en coûte, pour toutes les épreuves au travers de ma route, pour cette confiance en moi lorsque je doute… Je crois en toi! Pour cette exaltation à servir mieux mon roi, pour l’eau du baptême sur l’enfant qui vagit, pour ce couple amoureux que par moi tu unis, pour tous les moribonds que je mène à la vie… Je crois en toi! Pour mes mains consacrées sur le pain et le vin, viatique d’espoir pour qui a soif et faim, pour ta sainte présence au tabernacle saint… Je crois en toi! Pour ma mère l’Église, ma joie, mon refuge, pour mes bras élevés vers l’amour qui ne juge, pour ces trois “oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais!… Je crois en toi! Je crois en toi! Je crois en toi, mon sacerdoce, lié dans l’amour au Coeur du Bon Pasteur! (2)

Amour pour Amour!/ Tendresse pour tendresse…/ S’offrir sans retour/ Tant que l’amour nous blesse!(Robert Lebel).

Michel Lafontaine

1-Cardinal Carlo Maria Martini, Prêtres, quelques années après, Cerf, 1992, p.68.

2-Texte librement inspiré des strophes du Credo sacerdotal, par André Bisaillon, Prier la Vie, Novalis, 2011, p. 51ss.

L’homme derrière le prêtre!

RoyJean-FrançoisLes tragiques événements du mois dernier à Lac-Mégantic nous ont tous touchés profondément. Les images d’horreur d’une part, mais aussi les gestes d’entraide et les paroles d’amour et de compassion d’autre part. Personnellement, ce drame m’a touché au plus profond du cœur, parce que l’abbé Steve Lemay, curé de la paroisse Sainte-Agnès, est un confrère de séminaire, un ami important et un grand confident.

Le matin du 6 juillet, en voyant les premières images du drame à la télévision, et voyant que l’accident s’était produit tout près de l’église, j’ai tout de suite pensé à lui. Je lui ai envoyé un message texte : « Steve, est-ce que tu vas bien ? » Quelques secondes plus tard : « Oui, mais il n’y a plus de centre-ville et c’est l’Enfer ici ! » J’étais soulagé ! Je lui ai promis de prier pour lui et pour ses paroissiens. Depuis ce jour, on ne s’est presque pas parlé, sachant bien de mon côté qu’il doit mettre tout son temps au service du peuple qui lui est confié. Dans ce blogue, j’ai décidé de rendre hommage à mon confrère et à mon ami.

Cher Steve,

Les dernières semaines ont été éprouvantes pour toi et pour ta petite communauté dans laquelle, depuis près de 4 ans, tu mets ton cœur et tes prières à annoncer le Christ. Je te connais comme un homme d’espérance et de grand courage qui n’a jamais baissé les bras devant les nœuds de la vie, les courbes du chemin et les événements difficiles. Pourtant, je sais que derrière le prêtre qui se doit de maintenir bien fermement le gouvernail et bien au cap le bateau, tu es une personne profondément sensible qui se laisse constamment toucher au cœur et qui doit souffrir beaucoup de voir tes « enfants » dans la peine et dans le désarroi.

Je t’admire mon ami ! Oui ! J’admire ta force et ta maîtrise, j’admire ton courage et l’espérance qui jaillie de tes paroles, j’admire ta sagesse et ta foi. Malgré l’ampleur de cet événement catastrophique, tu as su trouver les mots justes pour remplir la mission qui t’a été confiée le 18 mai 2008 alors que tu étais ordonné prêtre : « Consolez, consolez mon peuple.  Parlez au cœur de la ville et criez-lui : voici le Seigneur qui se tient auprès de vous tel un berger et qui porte sur son cœur chacun de ses agneaux » Is 40, 1.10-11

Cher Steve, le prêtre est appelé à être le papa de la communauté chrétienne, il doit être avec ses enfants, il doit consoler ses enfants, il doit protéger ses enfants. Voilà ce que tu as démontré à toute la population du Québec depuis plus d’un mois. Tu es un pasteur selon le cœur de Dieu, j’en suis certain, je n’en douterai jamais !

Puisse mes prières accompagner ton ministère et mon amitié mettre un baume sur les moments plus difficiles.

Jean-François Roy