Miséricorde pour tous… Vraiment pour tous?

SiroisJean-RenéPour les catholiques, en cette année jubilaire de la Miséricorde, et en ce temps privilégié du carême, nous voulons spécialement nous rappeler la très grande tendresse de notre Dieu qui s’est fait connaître à nous par son Fils Jésus qui est venu acquérir le salut pour le publicain avant le pharisien… Qu’elle le veuille ou non, notre société, québécoise en particulier, est imprégnée de la culture chrétienne qui inclut l’attitude miséricordieuse héritée de son Seigneur.

Par ailleurs, comme on le constate dans les médias, la tolérance vis-à-vis les comportements jugés déviants par la majorité, est variable selon les conséquences qu’ils entraînent; ainsi, depuis un certain nombre d’années, grâce beaucoup à des campagnes publicitaires bien construites et pertinentes, l’abus d’alcool, surtout pour les conducteurs d’un véhicule, sont marqués d’une tolérance «zéro»; aussi de plus en plus, pour la fumée du tabac dans les lieux publics; la violence gratuite envers les personnes les plus vulnérables est aussi, à juste titre, marquée d’une tolérance «zéro»; et surtout et de plus en plus il en est de même pour les sévices sexuels envers des personnes aussi en situation de vulnérabilité : femmes, enfants et surtout les jeunes enfants… Pour ces derniers, on comprend assez facilement combien il faut soutenir cette attitude de tolérance «zéro», parce que les conséquences sont extrêmement graves et de longue durée.

Comment faire comprendre à ces personnes, stigmatisées par la société, qu’elles demeurent des personnes infiniment aimées de Dieu, sans briser cette tolérance «zéro» tout en étant l’intermédiaire par lequel ou laquelle Dieu veut rejoindre cette personne pour lui dire son amour?… Il est classique et toujours vrai de dire que Dieu aime le pécheur mais non le péché…

Il paraît assez évident que l’attitude de tolérance «zéro» fait reculer ces comportements déviants; comment donc concilier le mieux-être de l’ensemble de la société par la diminution de ces comportements inacceptables avec le non-rejet des personnes qui pratiquent ces comportements?… Voilà un défi pour l’ensemble de la société qui reste le lieu premier d’appartenance d’un être humain, avec sa famille… Peut-on montrer et dire à ces personnes qu’elles sont aimables et aimées sans rompre cette tolérance «zéro» qui semble donner des résultats favorables?…

Autrement dit, peut-on jouer Ponce Pilate et dire à ces personnes qu’elles sont aimées de Dieu tout en se lavant les mains du rejet qu’elles subissent? Pour moi, cette question est un peu un dilemme… Je sens monter en moi cette attitude d’intolérance absolue vis-à-vis tout comportement intolérable : les bourreaux d’enfants, de populations entières massacrées par leurs dirigeants, les abuseurs de la faiblesse et de la vulnérabilité des autres; ceci inclut tous les assassins qui devant le problème auquel ils (elles) sont confrontés choisissent lâchement l’élimination de l’autre plutôt que de l’affronter courageusement par le dialogue, l’intelligence et l’amour…

À quand une campagne publicitaire sur la tolérance «zéro» vis-à-vis toute forme d’intolérance?…

Tolérance «zéro» et miséricorde : un couple pas facile à marier… Bon carême!…

Jean-René Sirois